Anna Girò(1710 — ?)
Anna Girò
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Anna Girò (vers 1710–1748) était une cantatrice italienne de contralto, élève et proche collaboratrice d'Antonio Vivaldi. Elle créa de nombreux rôles dans les opéras du compositeur vénitien, devenant l'une des interprètes les plus célèbres de son temps.
Faits marquants
- Vers 1710 : naissance à Mantoue, fille d'un perruquier français
- Années 1720 : devient l'élève puis la protégée d'Antonio Vivaldi
- 1726 : débuts remarqués sur les scènes vénitiennes dans les opéras de Vivaldi
- 1730-1740 : crée de nombreux rôles dans les œuvres de Vivaldi, notamment Farnace et Orlando furioso
- 1748 : mort à Graz, Autriche
Œuvres & réalisations
Opéra de Vivaldi créé au Teatro Sant'Angelo avec Anna Girò dans le rôle de Tamiri, reine de Pont. Ce fut l'un de leurs premiers grands succès communs et l'opéra que Vivaldi révisa à plusieurs reprises pour elle.
Opéra spectaculaire tiré du poème épique de l'Arioste, dans lequel Girò incarna la magicienne Alcina. Cette production illustre le goût baroque pour le merveilleux et les personnages féminins puissants.
Mise en musique du livret célèbre de Métastase, l'un des plus adaptés par les compositeurs du XVIIIe siècle. Girò y interpréta le rôle d'Aristea, contribuant au rayonnement de cet opéra dans toute l'Europe.
Adaptation du livret de Zeno sur la patience et la vertu conjugale, Anna Girò incarnant la résignation noble de Griselda. Ce rôle de femme forte et vertueuse correspondait parfaitement à l'image qu'elle cherchait à projeter.
L'un des derniers opéras créés à Venise par Vivaldi avec Girò avant son départ pour Vienne. Cette œuvre marque l'aboutissement et le crépuscule d'une collaboration artistique exceptionnelle.
Anecdotes
Anna Girò était surnommée 'Annina del Prete Rosso' — 'Annina du prêtre roux' — en référence à Antonio Vivaldi, lui-même surnommé ainsi à cause de la couleur de ses cheveux. Ce surnom affectueux témoigne de l'étroite complicité artistique qui unissait les deux musiciens pendant près de deux décennies de collaboration.
En 1737, le cardinal légat du pape refusa à Vivaldi l'autorisation de monter ses opéras à Ferrare, scandalisé par la relation jugée inconvenante entre le prêtre compositeur et la cantatrice. Vivaldi répondit en envoyant une longue lettre défensive à son mécène le marquis Bentivoglio, affirmant n'avoir jamais hébergé Girò chez lui et insistant sur sa vertu exemplaire.
La sœur d'Anna, Paolina Girò, accompagnait partout le compositeur comme infirmière et dame de compagnie, car Vivaldi souffrait d'une forme d'asthme chronique qui le rendait dépendant de soins constants. Ce trio inséparable parcourait les villes italiennes pour monter les opéras du maître, suscitant autant la curiosité que les ragots.
Vivaldi composa plus d'une vingtaine de rôles d'opéra spécialement pour la voix d'Anna Girò, dont le timbre de contralto peu habituel était pourtant jugé limité par certains critiques de l'époque. Le compositeur défendait passionnément sa protégée, considérant que sa présence scénique et son expressivité dramatique compensaient largement les éventuelles faiblesses techniques.
Après la mort de Vivaldi à Vienne en 1741, Anna Girò continua à se produire sur scène pendant quelques années encore, avant de se retirer définitivement vers 1748. Elle disparaît alors presque totalement des archives historiques, laissant planer un mystère sur la fin de sa vie.
Sources primaires
Voilà quatorze années environ que je suis le maître d'Anna Girò [...] elle n'est jamais entrée dans ma maison [...] c'est une femme vertueuse et honnête, dont l'honneur ne saurait être mis en doute.
Vivaldi s'est fort lié avec moi [...] Il m'a fait entendre sa virtuose, qu'il protège avec beaucoup de zèle, et qui ne m'a pas semblé être d'une habileté supérieure.
La signora Girò a rempli avec un art expressif le rôle principal, captivant l'audience du Teatro Sant'Angelo par sa présence dramatique et son intelligence du texte.
