Asclépios

Asclépios

MythologieSciencesPhilosophieAvant J.-C.Grèce antique — monde divin et héroïque de la mythologie grecque, honoré du VIe siècle av. J.-C. jusqu'à la fin de l'Antiquité

Dieu grec de la médecine et de la guérison, fils d'Apollon et de Coronis. Élevé par le centaure Chiron, il acquit un art médical si parfait qu'il parvint à ressusciter les morts, ce qui lui valut d'être foudroyé par Zeus.

Faits marquants

  • Fils d'Apollon et de la mortelle Coronis, il est élevé par le centaure Chiron qui lui enseigne l'art de guérir
  • Ses sanctuaires, les Asclépions, servaient à la fois de temples et de lieux de soin ; le plus célèbre était à Épidaure (IVe s. av. J.-C.)
  • Son attribut, le bâton entouré d'un serpent (rod of Asclepius), reste le symbole universel de la médecine
  • Zeus le foudroie pour avoir ressuscité des mortels (dont Hippolyte), transgressant ainsi l'ordre cosmique
  • Ses filles Hygie et Panacée personnifient respectivement la prévention et le remède universel, racines de notre vocabulaire médical

Œuvres & réalisations

L'art médical (iatrikè technè) — don divin (Mythique)

Asclépios est crédité d'avoir porté l'art médical à sa perfection, maîtrisant chirurgie, remèdes et résurrection. Sa tradition fut transmise à ses fils Machaon (chirurgien) et Podalire (médecin interniste), ancêtres mythiques des Asclépiades.

Résurrections mythiques (Hippolyte, Capanée, Tyndare…) (Mythique)

Asclépios est crédité de plusieurs résurrections dans la mythologie grecque. Ces actes transgressifs de rappel des morts valurent sa foudroiement par Zeus, qui craignait que la frontière entre mortels et immortels ne soit définitivement abolie.

Fondation du réseau des Asclépiéions (VIe–IIIe s. av. J.-C.)

Plus de 200 sanctuaires-hôpitaux dédiés à Asclépios ont été recensés dans le bassin méditerranéen, offrant soins rituels, incubation et consultations médicales — un réseau de santé publique sans précédent dans l'Antiquité.

Corpus Hippocraticum (héritage de sa lignée) (Ve–IVe s. av. J.-C.)

Hippocrate et ses disciples, se réclamant de la descendance d'Asclépios, composèrent ce corpus de traités fondateurs de la médecine rationnelle occidentale. Le serment d'Hippocrate commence par invoquer Asclépios, Hygie et Panacée.

Catastérisme : constellation du Serpentaire (Ophiuchus) (Antiquité)

Après sa mort foudroyée par Zeus, Asclépios fut placé dans le ciel sous la forme de la constellation du Serpentaire (Ophiuchus), le « porteur de serpent ». Visible depuis l'hémisphère nord, elle rappelle pour l'éternité son destin tragique et glorieux.

Anecdotes

Asclépios était le fils d'Apollon et de la mortelle Coronis. Lorsque celle-ci trahit le dieu solaire en s'éprenant d'un mortel, Apollon la fit tuer par Artémis. Avant que le bûcher ne la consume, il arracha lui-même l'enfant de son ventre : une naissance si miraculeuse que certains Anciens y virent l'origine mythique de ce qu'on appelle aujourd'hui l'opération césarienne.

Confié au centaure Chiron sur les pentes boisées du mont Pélion en Thessalie, Asclépios apprit la botanique, la chirurgie et les arts de guérison auprès de ce maître exceptionnel. Il surpassa bientôt son mentor : selon certaines versions du mythe, Athéna lui remit le sang de la Gorgone Méduse, dont la veine gauche donnait la mort et la veine droite pouvait ressusciter les morts.

Zeus décida de foudroyer Asclépios lorsque celui-ci rappela à la vie plusieurs mortels, notamment Hippolyte et Capanée. Le roi des dieux craignait que cette transgression de la frontière entre vie et mort ne bouleverse l'ordre du cosmos et ne prive les dieux de leur prérogative immortelle. Après sa mort, Asclépios fut placé parmi les étoiles sous la forme de la constellation du Serpentaire, appelée Ophiuchus.

Dans les Asclépiéions, ces sanctuaires-hôpitaux dédiés au dieu, les malades pratiquaient l'« incubation » : après purification et jeûne, ils s'étendaient dans l'abaton, le dortoir sacré, espérant recevoir en rêve la visite du dieu qui leur révélerait leur remède. Des serpents non venimeux circulaient librement dans l'enceinte ; les patients guéris déposaient des ex-voto anatomiques en terre cuite représentant leur membre ou organe malade.

Lorsque Socrate, condamné à mort, avala la ciguë, ses dernières paroles furent : « Criton, nous devons un coq à Asclépios. » Ce sacrifice traditionnel remerciant le dieu après une guérison suggérait que Socrate considérait la mort comme une guérison définitive de la maladie de la vie — une phrase énigmatique que les philosophes commentent encore aujourd'hui.

Sources primaires

Pindare, Pythiques III (v. 474 av. J.-C.)
Il délivra les uns de douloureuses maladies, les autres de plaies pénibles […] mais même lui fut séduit par l'or, et il ramena un homme déjà retenu par la mort. Zeus, de la main, lui lança la foudre.
Homère, Iliade, chant II (Catalogue des vaisseaux) (VIIIe siècle av. J.-C.)
Puis venaient ceux de Tricca, de la rocheuse Ithôme et ceux d'Œchalie : trente nefs les suivaient, commandées par les deux fils d'Asclépios, Podalire et Machaon, tous deux habiles médecins.
Pausanias, Description de la Grèce, II, 26-27 (IIe siècle ap. J.-C.)
Les Épidauriens disent qu'Asclépios est né dans leur territoire […] Le sanctuaire d'Asclépios est entouré de bornes de tous côtés ; ni les hommes ni les animaux n'y meurent, et les femmes n'y accouchent pas.
Platon, Phédon, 118a (v. 360 av. J.-C.)
Ce furent ses dernières paroles. Puis il dit : « Criton, nous devons un coq à Asclépios ; acquitte-toi de cette dette, ne la néglige pas. » — « Cela sera fait, dit Criton. Mais vois si tu n'as rien d'autre à nous dire. » Il ne répondit plus rien.
Ovide, Métamorphoses, XV, 622-745 (v. 8 ap. J.-C.)
« Je suis celui que tu cherches. Dépose ton bâton. Je serai plus grand que lui et je prendrai la forme serpentine que tu vois. » Il dit, et, grandissant, il se plaça parmi les astres célestes, brillant comme une divinité propice.

Lieux clés

Asclépiéion d'Épidaure (Argolide, Grèce)

Principal sanctuaire d'Asclépios dans le monde grec, fondé vers le VIe siècle av. J.-C. Son théâtre parfaitement conservé et ses vestiges archéologiques exceptionnels sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988.

Mont Pélion (Thessalie, Grèce)

Massif montagneux de Thessalie où vivait le centaure Chiron, maître d'Asclépios. C'est sur ces pentes boisées que le jeune dieu apprit les arts de la guérison, de la botanique médicinale et de la chirurgie.

Tricca / Trikala (Thessalie, Grèce)

Ville de Thessalie considérée comme le lieu de naissance mythique d'Asclépios, mentionnée par Homère dans l'Iliade comme le foyer de ses fils médecins. Elle abrite le plus ancien sanctuaire connu du dieu.

Île Tibérine — Asclépiéion de Rome (Italie)

En 293 av. J.-C., un serpent sacré transporté d'Épidaure s'y établit spontanément, désignant l'emplacement du temple d'Esculape. L'île reste aujourd'hui un centre hospitalier, perpétuant une vocation médicale vieille de plus de deux mille ans.

Asclépiéion de Cos (Grèce)

Sanctuaire construit au IVe siècle av. J.-C. dans la patrie d'Hippocrate, symbolisant le dialogue entre médecine sacrée et médecine rationnelle. Il comprend trois terrasses de temples et portiques dominant la mer Égée.

Asclépiéion de Pergame (Turquie)

Grand complexe thermal et religieux d'Asie Mineure, très fréquenté à l'époque romaine pour ses cures, son eau sacrée et son école médicale. Galien de Pergame, le plus grand médecin de l'Antiquité romaine, y débuta sa carrière.

Voir aussi