Astor Piazzolla(1921 — 1992)

Astor Piazzolla

Argentine

7 min de lecture

MusiqueCultureCompositeur/triceMusicien(ne)XXe siècleXXe siècle — période des avant-gardes musicales et des croisements entre musiques populaires et savantes

Compositeur et bandonéoniste argentin (1921-1992), Astor Piazzolla révolutionna le tango traditionnel en créant le « tango nuevo », fusion entre tango, jazz et musique classique. Il est considéré comme l'un des musiciens les plus influents d'Amérique latine du XXe siècle.

Citations célèbres

« Le tango est une pensée triste qui se danse. »
« Je n'ai pas tué le tango. J'ai essayé de l'améliorer. »

Faits marquants

  • Né le 11 mars 1921 à Mar del Plata (Argentine), mort le 4 juillet 1992 à Buenos Aires
  • Élève d'Alberto Ginastera à Buenos Aires puis de Nadia Boulanger à Paris (1954)
  • Composition de « Libertango » en 1974, œuvre emblématique du tango nuevo
  • Fondation de son premier quintet en 1955, formation qui définit le style tango nuevo
  • Collaboration avec des artistes de jazz comme Gary Burton et des orchestres classiques

Œuvres & réalisations

Adiós Nonino (1959)

Composée en quelques heures après la mort subite de son père Vicente, cette pièce est considérée comme son chef-d'œuvre absolu. Elle synthétise toute l'émotion et la complexité harmonique du tango nuevo.

María de Buenos Aires (1968)

Opéra-tango en deux actes sur un livret du poète Horacio Ferrer, racontant la mort et la résurrection symbolique d'une jeune femme de Buenos Aires. Œuvre majeure qui élève le tango au rang de genre lyrique.

Libertango (1974)

Composition emblématique dont le titre fusionne liberté et tango. Repris par des centaines d'artistes du monde entier, il est devenu le symbole universel du tango nuevo et l'une des pièces de musique argentine les plus jouées.

Las Cuatro Estaciones Porteñas (Les Quatre Saisons de Buenos Aires) (1965–1970)

Suite de quatre pièces évoquant les saisons de Buenos Aires, composée sur plusieurs années. Souvent jouée en regard des Quatre Saisons de Vivaldi, elle illustre le dialogue permanent entre tango et musique savante européenne.

Oblivion (1982)

Composée pour le film Enrico IV du cinéaste italien Marco Bellocchio, cette mélodie mélancolique et épurée est l'une de ses œuvres les plus diffusées dans le monde. Sa beauté simple et poignante en a fait un standard international.

Tango: Zero Hour (1986)

Album enregistré avec son Quinteto Tango Nuevo, unanimement salué par la critique comme l'un des plus grands disques de tango de l'histoire. Il consacre définitivement Piazzolla sur la scène musicale internationale.

Anecdotes

À 9 ans, le père d'Astor lui rapporte un bandoneón de New York, un instrument qu'il ne voulait pas apprendre au départ. Ce cadeau inattendu allait pourtant transformer sa vie entière et faire de lui le plus grand interprète de cet instrument au XXe siècle.

En 1934, à 13 ans, Astor rencontre Carlos Gardel, la légende vivante du tango, lors de son séjour à New York. Gardel lui propose un rôle dans l'un de ses films, mais le père refuse, jugeant que le jeune Astor n'est pas encore assez bon musicien. Cette rencontre reste l'un des souvenirs les plus marquants de sa jeunesse.

En 1954, après avoir composé de la musique classique à Paris, Piazzolla joue ses œuvres à la célèbre pédagogue Nadia Boulanger. Elle l'arrête et lui dit qu'elle entend 'le vrai Piazzolla' uniquement quand il joue du tango. Cette révélation le convainc de retourner à ses racines et d'inventer le 'tango nuevo'.

De retour à Buenos Aires avec son tango nuevo fusionnant jazz et musique classique, Piazzolla est violemment rejeté par les puristes du tango traditionnel. Des musiciens lui tournent le dos en concert et il reçoit des menaces. Il faudra des décennies pour que l'Argentine reconnaisse officiellement son génie.

Piazzolla composa 'Adiós Nonino' en 1959 en quelques heures, terrassé par le chagrin après la mort soudaine de son père Vicente. Cette pièce bouleversante, qu'il considérait comme sa meilleure œuvre, porte le surnom affectueux 'Nonino' que Vicente utilisait avec ses proches.

Sources primaires

Entretien accordé au journal Clarín (Buenos Aires) (1969)
El tango es música ciudadana. Nació en los arrabales de Buenos Aires y fue creciendo, cambiando, evolucionando. Yo no lo traicioné, lo hice crecer.
Témoignage de Nadia Boulanger rapporté dans la biographie de María Susana Azzi et Simon Collier (1954)
Quand Piazzolla m'a joué son tango, j'ai immédiatement compris que c'était là sa voix propre, authentique. Je lui ai dit : ne l'abandonne jamais, c'est toi.
Interview pour la RAI (télévision publique italienne) (1983)
Il bandoneón non è uno strumento di folklore. È uno strumento da camera, da concerto. Io l'ho portato nelle sale da concerto di tutto il mondo.
Entretien avec le journaliste musical Gonzalo Zaragoza, reproduit dans le recueil Piazzolla en primera persona (1970)
Cuando compuse Adiós Nonino, lloré toda la noche. No era música, era mi padre. Fue la única vez que no pensé en el público, sólo pensé en él.

Lieux clés

Mar del Plata, Argentine

Ville côtière où Piazzolla naît en 1921. Il y passe ses premières années avant que sa famille ne parte s'installer à New York en 1925.

Greenwich Village, New York, États-Unis

Quartier populaire new-yorkais où la famille Piazzolla s'installe en 1925. Astor y grandit, baigne dans le jazz et le blues américains, et rencontre Carlos Gardel lors de son passage dans la ville.

Buenos Aires, Argentine

Capitale du tango et cœur de toute sa carrière. C'est là qu'il rejoint l'orchestre d'Aníbal Troilo, fonde ses propres ensembles et révolutionne le tango, malgré les résistances acharnées des puristes.

Paris, France

Ville où Piazzolla étudie avec Nadia Boulanger en 1954, tournant décisif de sa carrière artistique. Il y séjourne à plusieurs reprises et c'est là qu'il est victime de son AVC en 1990.

Rome, Italie

Piazzolla y vit plusieurs années dans les années 1970 et au début des années 1980, y composant et enregistrant une grande partie de son répertoire avec des musiciens européens dont il apprécie la rigueur technique.

Voir aussi