Ben Webster(1909 — 1973)

Ben Webster

États-Unis

10 min de lecture

MusiqueXXe siècleÂge d'or du jazz américain, de la Grande Dépression à l'après-guerre

Ben Webster (1909–1973) est un saxophoniste ténor américain, figure majeure du jazz. Il s'illustre notamment au sein de l'orchestre de Duke Ellington dans les années 1940, développant un style chaleureux et expressif qui l'impose comme l'un des plus grands solistes de l'histoire du jazz.

Faits marquants

  • Né le 27 mars 1909 à Kansas City, Missouri, dans un contexte musical riche
  • Rejoint l'orchestre de Duke Ellington en 1940, période considérée comme son apogée créatif
  • Enregistre 'Cotton Tail' (1940) avec Ellington, solo devenu référence du saxophone jazz
  • S'installe en Europe à partir de 1964, notamment aux Pays-Bas et au Danemark
  • Décède le 20 septembre 1973 à Amsterdam, laissant une œuvre discographique considérable

Œuvres & réalisations

Cotton Tail (1940)

Enregistré avec l'orchestre de Duke Ellington pour RCA Victor, ce morceau construit sur les accords de 'I Got Rhythm' contient l'un des solos de saxophone ténor les plus célébrés de l'histoire du jazz. Webster y déploie une énergie et une maîtrise techniques qui en font une référence absolue étudiée par tous les saxophonistes.

All Too Soon (1940)

Ballade enregistrée avec Duke Ellington qui révèle le côté lyrique et tendre de Ben Webster. Ce morceau illustre parfaitement sa capacité à produire un son chaleureux et intimiste sur les tempos lents, faisant de lui l'un des plus grands interprètes de ballades de l'histoire du jazz.

Perdido (1942)

Standard de jazz composé par Juan Tizol et popularisé par l'orchestre d'Ellington avec Webster au ténor. Ce morceau aux accents latins devint un classique incontournable du répertoire jazz, repris par d'innombrables musiciens pendant des décennies.

Soulville (1957)

Album enregistré pour le label Verve avec un quartette, témoignant de la pleine maturité artistique de Ben Webster. Considéré comme l'un de ses chefs-d'œuvre en petite formation, il démontre sa capacité à s'adapter à des contextes plus intimes que les grands orchestres de sa jeunesse.

Ben Webster Meets Oscar Peterson (1959)

Session de rencontre entre deux géants du jazz enregistrée pour Verve, où Webster dialogue avec le pianiste canadien Oscar Peterson dans une alchimie d'une grande sensibilité. Acclamé par la critique internationale, cet album reste une référence de la collaboration entre solistes du jazz classique.

See You at the Fair (1964)

Dernier grand album enregistré aux États-Unis avant son départ pour l'Europe, pour le label Impulse!. Webster y démontre une pleine maîtrise de son art et une profondeur émotionnelle qui caractérisent ses meilleures années, marquant symboliquement la fin de son chapitre américain.

Anecdotes

Ben Webster était surnommé « The Brute » (la Brute) en raison de la puissance et de l'intensité de son jeu sur les morceaux rapides. Pourtant, sur les ballades, il produisait un son velouté et presque murmuré qui le distinguait de tous ses contemporains, comme si deux musiciens très différents cohabitaient en lui.

En mai 1940, Ben Webster enregistra « Cotton Tail » avec l'orchestre de Duke Ellington, construisant son solo sur les accords de « I Got Rhythm » de Gershwin. Ce solo fulgurant fit l'effet d'une bombe dans le monde du jazz et est encore aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands solos de saxophone de toute l'histoire de la musique.

Ben Webster avait un caractère volcanique et il lui arrivait de se battre lors de disputes dans les clubs de jazz, parfois sous l'effet de l'alcool. Pourtant, ses collègues témoignaient unanimement d'une générosité et d'une sensibilité profondes dès qu'il tenait son saxophone, comme si la musique le transformait entièrement.

Dans les années 1960, Ben Webster s'installa définitivement en Europe, estimant que le public européen appréciait davantage le jazz classique que le public américain, qui délaissait alors les anciens pour le free jazz et le rock. À Amsterdam, la ville l'adopta comme une légende vivante et lui fournit même un logement.

À Amsterdam où il passa ses dernières années, des habitants ordinaires invitaient régulièrement Webster à dîner chez eux, appréciant autant l'homme que le musicien. À sa mort en 1973, il fut rapatrié au Danemark, premier pays européen qui l'avait accueilli, et enterré à Copenhague parmi les artistes qu'il avait côtoyés.

Sources primaires

Enregistrement 'Cotton Tail' avec Duke Ellington et son orchestre (RCA Victor/Bluebird) (4 mai 1940)
Document sonore enregistré le 4 mai 1940, mettant en vedette le solo de ténor de Ben Webster sur une grille harmonique dérivée de 'I Got Rhythm'. Ce disque 78 tours constitue l'une des premières traces d'un style de saxophone qui allait influencer des générations de musiciens.
Interview de Ben Webster, Down Beat Magazine (1944)
Webster y évoque son apprentissage du saxophone et son admiration pour Coleman Hawkins, qu'il considère comme son modèle absolu : « Coleman m'a montré ce qu'on pouvait vraiment faire avec cet instrument. Je l'écoutais et je recommençais encore et encore. »
Album 'Soulville', Verve Records (prod. Norman Granz) (1957)
Les notes de pochette rédigées par le producteur Norman Granz décrivent Webster comme « le dernier grand ténor romantique du jazz », soulignant son art unique de la ballade et la chaleur incomparable de son son dans ce contexte de petite formation.
Duke Ellington, 'Music Is My Mistress' (autobiographie, Doubleday) (1973)
Ellington écrit à propos de ses solistes vedettes des années 1940 : Ben Webster y est décrit comme un musicien d'une expressivité hors du commun, capable de douceur absolue sur une ballade et d'une puissance brute sur les tempos rapides.

Lieux clés

Kansas City, Missouri

Ville natale de Ben Webster, Kansas City était dans les années 1920-1930 un carrefour majeur du jazz américain, réputé pour ses jam sessions nocturnes qui duraient jusqu'à l'aube et pour son style swing particulièrement swinguant. C'est là que Webster découvrit la musique et commença son apprentissage.

Harlem, New York

Quartier emblématique de Manhattan où Ben Webster fit ses armes auprès des grands orchestres des années 1930. Harlem concentrait les clubs les plus importants de la scène jazz noire américaine, où se côtoyaient les plus grands noms du genre.

Cotton Club, Harlem, New York

Célèbre club de jazz de Harlem (142e rue) où Duke Ellington et son orchestre se produisaient régulièrement et étaient diffusés à la radio nationale. Webster y joua lors de son passage dans la formation d'Ellington, paradoxalement devant un public exclusivement blanc alors que les musiciens étaient tous noirs.

Copenhague, Danemark

Première ville européenne où Ben Webster s'installa dans les années 1960, attiré par une scène jazz très active et un public scandinave chaleureux et connaisseur. Il y enregistra de nombreuses sessions et y trouva une seconde patrie, au point d'y être enterré à sa mort.

Amsterdam, Pays-Bas

Ville où Ben Webster passa ses toutes dernières années à partir de la fin des années 1960 et où il mourut en 1973. Il y fut adopté comme une légende vivante, la ville lui fournissant un logement et les habitants l'invitant régulièrement à partager leur quotidien.

Voir aussi