Catilina(107 av. J.-C. — 61 av. J.-C.)
Catilina
Rome antique
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Patricien romain du Ier siècle av. J.-C., Catilina est célèbre pour avoir fomenté une conjuration contre la République romaine en 63 av. J.-C. Dénoncé par Cicéron dans ses célèbres Catilinaires, il mourut au combat à Pistoia en 62 av. J.-C.
Citations célèbres
« O tempora, o mores ! (prononcé par Cicéron à son sujet, In Catilinam I) »
Faits marquants
- Vers 108 av. J.-C. : naissance de Lucius Sergius Catilina dans une famille patricienne déchue
- 66-65 av. J.-C. : premières tentatives présumées de coup d'État contre les consuls
- 63 av. J.-C. : découverte de la conjuration de Catilina ; Cicéron prononce les quatre discours des Catilinaires au Sénat
- 63 av. J.-C. : exécution sans procès des principaux conjurés à Rome, décidée par le Sénat sous Cicéron
- 62 av. J.-C. : mort de Catilina à la bataille de Pistoia face aux armées républicaines
Œuvres & réalisations
Organisation d'un vaste complot visant à renverser la République romaine par l'assassinat des consuls, l'incendie de Rome et un soulèvement armé en Italie. C'est l'acte politique central de sa vie, immortalisé par Cicéron et Salluste.
Exercice de la fonction de propréteur en Afrique romaine. Son mandat fut controversé : accusé de concussion devant les tribunaux romains, il dut différer ses candidatures au consulat, alimentant une rancœur durable envers le système républicain.
Participation active aux guerres civiles aux côtés de Sylla, puis aux proscriptions. Catilina acquit une solide expérience militaire et une réputation de brutalité qui marquèrent durablement son image dans la mémoire romaine.
Catilina se présenta à plusieurs reprises aux élections consulaires, mobilisant des réseaux de partisans et un programme d'annulation des dettes. Ses échecs successifs face à l'opposition du Sénat le conduisirent à choisir la voie insurrectionnelle.
Anecdotes
Le 8 novembre 63 av. J.-C., Catilina ose se présenter au Sénat romain malgré les soupçons qui pèsent sur lui. Cicéron, consul, lui adresse alors cette apostrophe restée célèbre : « Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? » (Jusques à quand abuseras-tu de notre patience, Catilina ?). Face au regard hostile des sénateurs qui s'écartent de lui comme d'un pestiféré, Catilina quitte Rome le soir même pour rejoindre ses partisans armés en Étrurie.
Pour financer sa conjuration et recruter des partisans, Catilina promettait l'annulation de toutes les dettes (les fameuses tabulae novae) et une redistribution des terres. Il recrutait ainsi parmi les anciens soldats de Sylla ruinés, les jeunes nobles criblés de dettes, et les paysans italiens appauvris. Cette promesse lui valut un soutien populaire réel, ce qui en faisait une menace sérieuse pour l'ordre républicain.
Des ambassadeurs allobroges (un peuple gaulois récemment soumis à Rome) furent sollicités par les conjurés pour rallier le complot. Prudents, ils préférèrent informer Cicéron. Le consul leur demanda d'obtenir des lettres signées des conjurés comme preuves : ces documents, interceptés au pont Milvius dans la nuit du 2 au 3 décembre 63 av. J.-C., permirent au Sénat de condamner les complices restés à Rome.
À la bataille de Pistoia, en janvier 62 av. J.-C., Catilina se battit avec une bravoure remarquable, sachant que toute retraite était impossible. Salluste rapporte que son corps fut retrouvé loin en avant des lignes romaines, encore empreint de la fierté patricienne qui l'avait caractérisé toute sa vie. Pas un seul de ses soldats ne prit la fuite : ils moururent tous au combat.
Cicéron accusa Catilina d'avoir séduit une Vestale, Fabia, demi-sœur de sa propre femme Terentia. Catilina fut traduit en justice mais acquitté. Cet épisode illustre bien les ambitions dévorantes et la réputation sulfureuse que lui valurent ses adversaires politiques, qui n'hésitaient pas à exploiter les rumeurs pour le discréditer.
Sources primaires
Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? Quam diu etiam furor iste tuus nos eludet? Quem ad finem sese effrenata iactabit audacia? (Jusques à quand abuseras-tu de notre patience, Catilina ? Combien de temps encore cette folie nous défiera-t-elle ? Jusqu'où s'emportera cette audace effrénée ?)
Rem publicam, Quirites, vitamque omnium vestrum, bona, fortunas, coniuges liberosque vestros atque hoc domicilium clarissimi imperii conservavi. (Citoyens, j'ai sauvé la République, vos vies à tous, vos biens, vos fortunes, vos épouses, vos enfants, et ce siège du plus illustre empire.)
Video, patres conscripti, in me omnium vestrum ora atque oculos esse conversos; video vos non solum de vestro ac rei publicae, verum etiam, si id depulsum sit, de meo periculo esse sollicitos. (Je vois, pères conscrits, que tous vos regards sont tournés vers moi ; je vois que vous êtes inquiets non seulement pour vous et pour la République, mais aussi, si le danger est écarté, pour moi.)
L. Catilina, nobili genere natus, fuit magna vi et animi et corporis, sed ingenio malo pravoque. (L. Catilina, né d'une famille noble, était doué d'une grande vigueur de corps et d'esprit, mais son caractère était mauvais et perverti.)
Lieux clés
Cœur politique de la République romaine, où Catilina siégea comme sénateur et fut dénoncé par Cicéron lors des Catilinaires. Le Sénat se réunit notamment au temple de Jupiter Stator pour la Première Catilinaire.
Ville d'Étrurie où se déroula la bataille finale en janvier 62 av. J.-C. Catilina y trouva la mort en combattant à la tête de ses troupes, encerclées par les légions du consul Pétreius.
Ville d'Étrurie proche de Florence où Manlius, lieutenant de Catilina, avait levé une armée de vétérans de Sylla. C'est là que Catilina rejoignit ses partisans armés après avoir fui Rome en novembre 63 av. J.-C.
Catilina y exerça la fonction de propréteur (gouverneur) entre 67 et 66 av. J.-C. Son administration fut marquée par des accusations d'extorsion qui retardèrent ses ambitions consulaires à Rome.
