Clytemnestre
Clytemnestre
Figure majeure de la mythologie grecque, Clytemnestre est l'épouse du roi Agamemnon de Mycènes. Elle l'assassine à son retour de la guerre de Troie pour venger le sacrifice de leur fille Iphigénie. Personnage central de l'Orestie d'Eschyle (458 av. J.-C.).
Faits marquants
- Épouse d'Agamemnon, roi de Mycènes, et mère d'Iphigénie, Oreste, Électre et Chrysothémis
- Prend Égisthe pour amant pendant la guerre de Troie (≈ 1200 av. J.-C. dans la tradition mythologique)
- Assassine Agamemnon à son retour de Troie pour venger le sacrifice d'Iphigénie à Aulis
- Est tuée par son propre fils Oreste, vengeur de son père, ce qui déclenche la poursuite des Érinyes
- Protagoniste de l'Orestie d'Eschyle (trilogie représentée en 458 av. J.-C.), première trilogie complète conservée de la littérature occidentale
Œuvres & réalisations
Premier ensemble de tragédies grecques conservé intégralement. Clytemnestre en est la figure dominante du premier volet, présentée à la fois comme criminelle lucide et victime d'une injustice réelle.
Tragédie centrée sur la fille d'Agamemnon et sa haine de Clytemnestre. La mère y apparaît sans remords ni complexité, repoussoir absolu qui justifie la vengeance d'Électre et d'Oreste.
Version plus psychologique et réaliste du mythe, interrogeant la légitimité de la vengeance d'Oreste. Euripide donne à Clytemnestre une dimension plus humaine, presque compréhensible.
Tragédie posthume explorant les événements fondateurs de la vengeance. On y voit Clytemnestre défendre désespérément sa fille avant le sacrifice, rendant sa colère future totalement intelligible.
Le meurtre d'Agamemnon est évoqué plusieurs fois comme paradigme de la trahison conjugale, servant de repoussoir au retour d'Ulysse et à la fidélité de Pénélope.
Anecdotes
Lorsque la flotte grecque fut bloquée à Aulis par des vents contraires, le devin Calchas révéla que seul le sacrifice d'Iphigénie, fille aînée d'Agamemnon, apaiserait la déesse Artémis. Agamemnon attira sa fille à Aulis sous prétexte de la marier à Achille, avant de la sacrifier sur l'autel. Cette trahison absolue planta dans le cœur de Clytemnestre une haine implacable qui durerait dix ans.
Pendant les dix années du siège de Troie, Clytemnestre gouverna seule Mycènes et prit pour amant Égisthe, fils de Thyeste et ennemi héréditaire de la maison d'Agamemnon. Cette liaison n'était pas seulement une trahison conjugale : elle s'inscrivait dans la longue chaîne de vengeances qui déchirait la famille des Atrides depuis des générations.
Au retour d'Agamemnon, Clytemnestre le reçut avec une hospitalité somptueuse et le convainquit de fouler des tapis de pourpre — tissu réservé aux dieux — pour entrer dans le palais. Ce geste théâtral, symbole d'hybris, était une mise en scène calculée : elle préparait sa vengeance tout en laissant Agamemnon se condamner lui-même aux yeux des dieux.
Dans la baignoire du palais, Clytemnestre piégea Agamemnon dans un filet ou une robe sans manches l'empêchant de se défendre, puis le frappa à trois reprises d'une hache à double tranchant selon Eschyle. Elle tua également Cassandre, la prophétesse troyenne ramenée comme captive, refusant toute pitié pour l'esclave qui avait annoncé sa propre mort.
Oreste, le fils de Clytemnestre, fut contraint par l'oracle d'Apollon de venger son père en tuant sa propre mère. Après ce matricide, il fut poursuivi par les Érinyes — divinités vengeresses liées aux crimes du sang — jusqu'à ce qu'Athéna institue un tribunal à l'Aréopage d'Athènes pour le juger. Son acquittement mit symboliquement fin au cycle infini de vengeances qui consumait les Atrides.
Sources primaires
Je l'ai frappé deux fois ; deux fois il a poussé un cri, puis ses membres se sont affaissés. Tombé, je lui ai porté un troisième coup, offrande votive au Zeus des morts souterrains, sauveur des âmes.
Lui, revenu chez lui, fut tué par Égisthe et la perfide Clytemnestre. Ainsi Agamemnon périt sous le coup d'un destin pitoyable, loin de sa patrie.
Elle vit dans le luxe avec le maudit Égisthe, comme si elle avait accompli une belle action, souillant ainsi le foyer paternel sans honte ni remords.
Tu m'as pris ma fille, tu l'as sacrifiée. Dis-moi maintenant : en échange de quel service as-tu tué ton enfant ? Pour les Grecs ? Ils ne t'en avaient pas le droit.
Clytemnestre périt à son tour quand Oreste, fuyant d'abord, revint pour tuer sa mère et Égisthe au glaive vengeur.
Lieux clés
Citadelle royale perchée dans l'Argolide, résidence d'Agamemnon et de Clytemnestre. C'est dans ses bains que le meurtre s'accomplit, faisant du palais le théâtre central de toute la vengeance familiale.
Port béotien où se rassembla la flotte grecque avant le départ pour Troie. C'est ici que fut sacrifiée Iphigénie, acte fondateur de la haine de Clytemnestre envers Agamemnon.
Cité assiégée dix ans par les Grecs, absorbant Agamemnon loin de Mycènes. Sa chute déclenche le retour fatal du roi et l'accomplissement inexorable de la vengeance.
Oracle d'Apollon qui ordonne à Oreste de venger son père en tuant Clytemnestre. Le sanctuaire accueille ensuite le fils meurtrier en fuite, poursuivi par les Érinyes.
Colline rocheuse d'Athènes où Athéna institue le premier tribunal humain pour juger Oreste du matricide. Son acquittement y met fin symboliquement au cycle de vengeances des Atrides.
