Darius Milhaud(1892 — 1974)
Darius Milhaud
France
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Darius Milhaud (1892-1974) est l'un des compositeurs français les plus prolifiques du XXe siècle. Membre du Groupe des Six, il mêle jazz, musiques brésilienne et provençale dans un style personnel marqué par la polytonalité.
Citations célèbres
« La musique est un art qui se nourrit de tout ce qui l'entoure. »
Faits marquants
- 1892 : naissance à Aix-en-Provence dans une famille juive provençale
- 1916-1918 : séjour au Brésil comme secrétaire de Paul Claudel, décisif pour son style
- 1920 : intègre le Groupe des Six avec Honegger, Poulenc, Auric, Durey et Tailleferre
- 1923 : composition de La Création du monde, ballet inspiré du jazz de Harlem
- 1940-1947 : exil aux États-Unis fuyant l'Occupation, enseigne au Mills College
Œuvres & réalisations
Ballet-pantomime aux accents brésiliens et jazz, composé sur un collage de tangos et de maxixes, créé par Jean Cocteau. Pièce emblématique des Années folles, elle illustre la légèreté provocatrice du Groupe des Six.
Suite de douze danses pour piano inspirées des quartiers de Rio de Janeiro, reflets mélancoliques et rythmés du séjour brésilien. L'une des œuvres les plus jouées de Milhaud, souvent orchestrée.
Ballet en un acte sur un livret de Blaise Cendrars et des décors de Fernand Léger, racontant la création du monde selon les mythes africains. Première œuvre de la musique savante française à intégrer pleinement le jazz.
Œuvre pour orchestre, chœurs et récitants sur un texte d'Eschyle adapté par Paul Claudel. Pièce ambitieuse illustrant la violence et la tragédie grecque avec un langage harmonique déjà très personnel.
Grand opéra en deux parties sur un livret de Paul Claudel, mêlant cinéma, chœurs et orchestre. Œuvre monumentale symbolisant l'ambition musicale de Milhaud et sa collaboration avec le poète-diplomate.
Suite orchestrale en huit mouvements fondée sur des mélodies populaires de l'Ancien Régime provençal, collectées par André Campra. Hommage à ses racines méridionales, teintée de nostalgie et de couleurs locales.
Milhaud est l'auteur de dix-huit quatuors à cordes, record dans la musique du XXe siècle. Certains sont conçus pour être joués séparément ou simultanément, illustrant son goût pour la polyrythmie et l'expérimentation.
Anecdotes
En 1917, Milhaud part au Brésil comme secrétaire de l'ambassadeur Paul Claudel. Dans les rues et les cafés de Rio de Janeiro, il découvre le choro et le maxixe, des musiques populaires brésiliennes aux rythmes syncopés envoûtants. Cette expérience transforme radicalement son écriture : il en tirera les Saudades do Brasil et le ballet Le Bœuf sur le Toit, pièce joyeuse et décalée qui fera scandale à Paris en 1920.
En 1922, lors d'un voyage aux États-Unis, Milhaud et Jean Cocteau passent leurs nuits à Harlem pour écouter du jazz dans les clubs afro-américains. Milhaud est fasciné par ce son brut, improvisé, polyrythmique. Un an plus tard, il compose La Création du Monde : pour la première fois dans l'histoire, un ballet de concert français intègre le saxophone, la trompette bouchée et les syncopes jazz dans un cadre symphonique savant.
Le critique Henri Collet publie en janvier 1920, dans la revue Comoedia, un article intitulé « Les Cinq Russes, les Six Français et Erik Satie ». Du jour au lendemain, Milhaud, Poulenc, Honegger, Auric, Durey et Tailleferre se retrouvent baptisés « Groupe des Six » sans l'avoir demandé. Réunis autour de Cocteau, ils partagent un goût pour la musique légère, l'humour et le rejet du wagnérisme et du debussysme.
Dès les années 1930, Milhaud est frappé par un rhumatisme articulaire chronique qui l'oblige à composer et à diriger en fauteuil roulant. Loin de ralentir sa créativité, il continue de produire avec une énergie stupéfiante : il compose dans le train, dans les avions, dans sa chambre d'hôtel, accumulant plus de 400 opus sur toute sa carrière.
Lorsque la France est occupée en 1940, Milhaud, qui est juif, fuit aux États-Unis avec sa famille. Il enseigne alors à Mills College, à Oakland en Californie, où il forme toute une génération de compositeurs américains, dont Dave Brubeck, le futur jazzman. Après la guerre, il partagera sa vie entre Paris et Oakland, enseignant dans les deux pays simultanément.
Sources primaires
J'ai toujours composé avec facilité et rapidité. La musique est pour moi comme une nécessité physique. Je ne pourrais pas vivre sans composer chaque jour.
À Rio, j'entendis pour la première fois le vrai jazz, non celui des dancing européens, mais celui joué par des musiciens noirs. Il me semblait qu'une porte s'ouvrait sur un monde musical inconnu.
La musique brésilienne m'a profondément marqué. Ce mélange de mélancolie et de gaîté, ces rythmes si particuliers, je sens qu'ils vont nourrir mon œuvre pendant longtemps.
La polytonalité n'est pas un procédé artificiel. Elle est l'aboutissement logique d'une écriture harmonique qui cherche à superposer plusieurs plans sonores indépendants, comme on superposerait des couches de couleurs en peinture.
Lieux clés
Ville natale de Milhaud, à laquelle il reste profondément attaché toute sa vie. La musique populaire provençale nourrit son imaginaire sonore depuis l'enfance.
Milhaud y séjourne de 1917 à 1918 comme secrétaire de Paul Claudel. C'est là qu'il découvre les musiques brésiliennes qui transforment durablement son langage rythmique et harmonique.
Temple de l'avant-garde musicale parisienne des années 1920, c'est là que sont créées ses œuvres majeures, dont 'La Création du monde' en 1923.
Lieu d'exil et d'enseignement de Milhaud pendant la Seconde Guerre mondiale (1940-1947). Il y forme notamment le jazzman Dave Brubeck.
Milhaud s'y installe dans ses dernières années pour des raisons de santé et y décède le 22 juin 1974.
