Déjanire

Déjanire

MythologieLettresAvant J.-C.Mythologie grecque antique

Épouse d'Héraclès et princesse de Calydon, Déjanire est une figure tragique de la mythologie grecque. Trompée par le centaure Nessus, elle offre à son mari une tunique imbibée de poison, croyant y avoir mis un philtre d'amour, causant ainsi sa mort.

Faits marquants

  • Fille d'Œnée, roi de Calydon, elle est convoitée par le dieu-fleuve Achéloüs
  • Héraclès la gagne en combat contre Achéloüs et l'épouse
  • Le centaure Nessus, mourant, lui remet son sang comme prétendu philtre d'amour
  • Elle envoie à Héraclès la tunique imbibée du sang de Nessus, en réalité un poison mortel
  • À l'annonce de la mort d'Héraclès, elle se suicide de désespoir selon Sophocle

Œuvres & réalisations

Les Trachiniennes — Sophocle (vers 450-430 av. J.-C.)

Tragédie grecque dont Déjanire est l'héroïne principale ; elle y exprime sa jalousie, son amour et son désespoir avant d'envoyer la tunique fatale à Héraclès.

Héroides, Lettre IX — Ovide (vers 20 av. J.-C.)

Lettre fictive de Déjanire à Héraclès dans laquelle elle se plaint de son infidélité avec Iole ; texte poignant qui explore son point de vue de femme trompée et innocente.

Métamorphoses, Livre IX — Ovide (vers 8 ap. J.-C.)

Récit en latin de l'épisode de la tunique empoisonnée et de la mort d'Héraclès, intégrant la perspective de Déjanire dans la grande fresque mythologique ovidienne.

Hercule sur l'Oeta — Sénèque (Ier siècle ap. J.-C.)

Tragédie latine reprenant le mythe de la tunique de Nessus ; Déjanire y est présentée comme une figure tragique consumée par la culpabilité et le désespoir.

Bibliothèque — Apollodore (IIe siècle ap. J.-C.)

Compilation mythographique qui relate de façon détaillée le mariage de Déjanire et d'Héraclès, l'épisode du centaure Nessus et la mort du héros.

Anecdotes

Déjanire faillit épouser le dieu-fleuve Achéloos, qui se transforma successivement en serpent et en taureau pour la séduire. Héraclès l'affronta et lui arracha une corne, mettant fin à la lutte — cette corne devint la légendaire Corne d'abondance. C'est ainsi que Déjanire fut donnée en mariage au plus grand des héros grecs.

Lors de la traversée du fleuve Évène, le centaure Nessus proposa de porter Déjanire sur son dos pendant qu'Héraclès nageait. En chemin, Nessus tenta de la violer ; Héraclès l'abattit d'une flèche trempée dans le venin de l'Hydre de Lerne. Mourant, le centaure conseilla perfidement à Déjanire de recueillir son sang comme philtre d'amour pour retenir Héraclès.

Des années plus tard, Héraclès revint victorieux d'Œchalie avec Iole, fille du roi vaincu, comme captive. Craignant de perdre l'amour de son mari, Déjanire envoya la tunique enduite du sang de Nessus, persuadée qu'il s'agissait d'un charme de fidélité. Le poison s'attacha à la peau d'Héraclès et lui causa des souffrances si terribles qu'il choisit de mourir sur un bûcher au mont Œta.

La tragédie de Déjanire illustre le thème grec de l'erreur involontaire : elle n'avait aucune intention meurtrière. Dès qu'elle comprit le résultat de son geste, elle se suicida. Les Grecs voyaient dans son destin l'exemple d'une femme aimante détruite par la jalousie et la ruse d'un ennemi mort.

Déjanire est l'une des rares femmes mythologiques dont Sophocle fait la véritable héroïne d'une tragédie, Les Trachiniennes. Contrairement à d'autres épouses de héros reléguées à des rôles secondaires, elle est le personnage central de la pièce, et sa voix intérieure, ses doutes et sa douleur en occupent toute la durée.

Sources primaires

Les Trachiniennes — Sophocle (vers 450-430 av. J.-C.)
« Je sais bien que la beauté de la jeune fille a pris les yeux d'Héraclès, tandis que moi, Déjanire, je suis délaissée, comme une vieille compagne qu'on ne regarde plus. »
Héroides, Lettre IX — Ovide (vers 20 av. J.-C.)
« Ce n'est pas moi qui t'ai donné la mort, Héraclès, c'est l'amour ; c'est cette tendresse aveugle qui m'a conduite à ma perte et à la tienne. »
Bibliothèque — Apollodore (IIe siècle ap. J.-C.)
« Nessus, blessé à mort par la flèche d'Héraclès, dit à Déjanire de recueillir le sang qui coulait de sa plaie, car il lui servirait de charme pour conserver l'amour de son mari. »
Métamorphoses, Livre IX — Ovide (vers 8 ap. J.-C.)
« La tunique imprégnée du venin de l'Hydre s'attacha aux membres d'Héraclès ; dès qu'il essaya de l'ôter, sa chair se déchirait avec elle. »
Hercule sur l'Oeta — Sénèque (Ier siècle ap. J.-C.)
« O Déjanire, quelle main coupable fut la tienne ! Ignorant le mal qu'elle faisait, elle envoya la mort sous les traits d'un amour trop ardent. »

Voir aussi