Franz Liszt(1811 — 1886)

Franz Liszt

Autriche-Hongrie, empire d'Autriche, royaume de Hongrie

9 min de lecture

MusiqueLettresCompositeur/triceXIXe siècleRomantisme musical (XIXe siècle)

Compositeur et pianiste virtuose hongrois (1811-1886), Liszt révolutionna la technique pianistique et inventa le poème symphonique. Figure centrale du romantisme musical, il influença profondément Wagner et la musique européenne.

Citations célèbres

« La musique est la langue de Dieu. »
« Le génie n'est que la plus grande aptitude à la patience. »

Faits marquants

  • 1811 : Naissance à Raiding (Empire d'Autriche, actuelle Hongrie)
  • 1823 : Arrive à Paris et devient élève de Czerny puis Salieri
  • 1848-1861 : Maître de chapelle à Weimar, compose ses grandes œuvres symphoniques
  • 1865 : Prend les ordres mineurs et devient abbé
  • 1886 : Mort à Bayreuth lors du festival Wagner

Œuvres & réalisations

Études d'exécution transcendante (1851)

Cycle de douze études pianistiques d'une difficulté extrême, considérées comme le sommet de la littérature pour piano solo. Elles représentent la synthèse de la révolution technique lisztienne et portent des titres évocateurs comme Mazeppa ou Feux follets.

Les Préludes (poème symphonique n°3) (1854)

La plus célèbre des treize partitions symphoniques que Liszt inventa sous le nom de « poème symphonique », genre entièrement nouveau mêlant musique et littérature. Inspirée d'un poème de Lamartine, cette œuvre fut le modèle de tout le genre jusqu'à Strauss et Debussy.

Sonate en si mineur (1853)

Monumentale sonate en un seul mouvement ininterrompu de trente minutes, considérée comme le chef-d'œuvre absolu de Liszt. Elle renouvela radicalement la forme sonate et reste l'une des œuvres les plus complexes et les plus jouées du répertoire pianistique.

Années de pèlerinage (1835–1877)

Vaste recueil en trois cahiers inspiré des voyages de Liszt en Suisse et en Italie, illustrant des paysages, des tableaux et des poèmes en musique. C'est l'œuvre la plus autobiographique de Liszt, réflexion sur l'art, la nature et la spiritualité.

Rhapsodies hongroises (1846–1885)

Suite de dix-neuf pièces pour piano inspirées des musiques tziganes et populaires hongroises, devenues parmi les œuvres les plus jouées et les plus connues de Liszt. Elles contribuèrent à faire connaître l'identité culturelle hongroise dans toute l'Europe.

Symphonie Faust (1857)

Grande symphonie en trois mouvements-portraits — Faust, Marguerite, Méphistophélès — inspirée du chef-d'œuvre de Goethe. Elle représente le sommet de l'ambition orchestrale de Liszt et son dialogue constant entre musique et littérature.

Anecdotes

Le journaliste Heinrich Heine inventa en 1844 le terme « Lisztomania » pour décrire la folie collective qui s'emparait du public — surtout féminin — lors des concerts de Liszt. Des femmes se battaient pour récupérer ses gants ou ses mégots de cigares, et certaines portaient ses portraits en médaillon. Ce phénomène est considéré comme l'une des premières formes modernes d'hystérie de fan.

Liszt était d'une puissance pianistique si redoutable qu'il brisait régulièrement les cordes des pianos en plein concert. Les facteurs Érard et Bösendorfer durent renforcer leurs instruments spécialement pour lui. On raconte qu'il lui arrivait d'enchaîner deux ou trois instruments au cours d'un même récital.

À 35 ans, au sommet de sa gloire de virtuose, Liszt prit une décision stupéfiante : il cessa toute tournée commerciale pour se consacrer à la composition et à l'enseignement à Weimar. Alors qu'il aurait pu continuer à gagner des fortunes sur scène, il choisit d'offrir gratuitement ses leçons aux jeunes pianistes qui venaient du monde entier.

En 1865, à 53 ans, Liszt reçut les ordres mineurs de l'Église catholique et devint « l'abbé Liszt ». Il portait désormais une soutane noire, ce qui stupéfia l'Europe musicale. Cette conversion sincère ne l'empêcha pas de continuer à composer et à enseigner, menant ce qu'il appelait lui-même sa « vie trifurquée » entre Rome, Weimar et Budapest.

Liszt fut l'un des premiers musiciens à inventer le récital solo tel qu'on le connaît aujourd'hui. Avant lui, les concerts mélangeaient plusieurs artistes et genres. C'est lui qui eut l'idée de monter seul sur scène, de dos parfois au public, pour jouer pendant toute une soirée — une révolution dans les habitudes du concert au XIXe siècle.

Sources primaires

De la situation des artistes et de leur condition dans la société (1835)
L'artiste est-il condamné à n'être qu'un amuseur public, un serviteur des caprices du riche ? Nous demandons pour lui la dignité, la reconnaissance sociale que mérite tout homme qui consacre sa vie à l'idéal.
Correspondance avec la comtesse Marie d'Agoult (1838)
Je t'écris du fond de ma loge, brisé de fatigue mais transporté. Le public de Vienne m'a fait une ovation de vingt minutes. Et pourtant, tout cela me semble vide sans toi, sans nos enfants, sans la vie que nous aurions pu mener ensemble.
Des Bohémiens et de leur musique en Hongrie (1859)
La musique tzigane est l'âme même de la Hongrie. Elle ne s'apprend pas, elle se vit ; elle ne se note pas, elle se ressent. C'est en elle que j'ai puisé les accents les plus profonds de mes Rhapsodies hongroises.
Lettre à Carl Gille sur l'enseignement pianistique (1870)
Je ne veux pas faire des élèves qui me copient. Je veux former des artistes qui pensent par eux-mêmes. La technique n'est qu'un moyen : le but, c'est l'expression, c'est la vie.

Lieux clés

Raiding, Hongrie

Village natal de Liszt, aujourd'hui en Autriche, où il naquit dans une famille modeste de langue allemande. Une maison-musée y est consacrée à sa mémoire et un festival annuel célèbre son œuvre.

Paris, France

Ville où le jeune Liszt se forma et connut ses premiers succès, fréquentant Chopin, Berlioz, Hugo et Lamartine. Paris fut le creuset du romantisme artistique qui façonna durablement sa vision de l'art.

Weimar, Allemagne

Capitale culturelle où Liszt officiat comme directeur de la musique ducale de 1848 à 1861, y créant ses plus grandes œuvres orchestrales et accueillant les compositeurs de toute l'Europe. Weimar fut le centre du mouvement de la « musique de l'avenir ».

Rome, Italie

Liszt y vécut plusieurs années après avoir pris les ordres mineurs en 1865, composant de nombreuses œuvres religieuses et vivant dans un dépouillement relatif à la Villa d'Este. Les jardins de Tivoli l'inspirèrent pour les célèbres Jeux d'eau à la Villa d'Este.

Budapest, Hongrie

Capitale de sa patrie hongroise, où Liszt fonda l'Académie royale de musique en 1875 et fut acclamé comme héros national. Il fut l'un des premiers à promouvoir la culture musicale hongroise sur la scène internationale.

Bayreuth, Allemagne

Ville où mourut Liszt en 1886, lors du Festival Wagner fondé par son gendre. Sa mort survint dans la ville même dédiée à l'œuvre du compositeur qu'il avait protégé et dont sa fille Cosima dirigeait désormais le festival.

Voir aussi