Héroïne tragique de la mythologie germanique et nordique, Gudrun/Kriemhild est l'épouse du héros Sigurd/Siegfried. Figure de la vengeance et du deuil, elle incarne la fidélité conjugale poussée jusqu'à la destruction totale.
Gudrun
Kriemhild
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Questions fréquentes
Faits marquants
- Épouse du héros Sigurd (Siegfried), tué par trahison par Hagen sur ordre de son frère Gunnar
- Après l'assassinat de Sigurd, elle se remarie avec Attila (Etzel) pour assouvir sa vengeance
- Elle provoque la bataille finale qui anéantit les Burgondes (Nibelungen) vers le Ve siècle
- Son histoire est au cœur du Nibelungenlied, épopée médiévale germanique (~1200 apr. J.-C.)
- Dans l'Edda poétique, elle apparaît sous le nom de Guðrún, figure centrale des lais héroïques
Œuvres & réalisations
Épopée en moyen haut-allemand composée probablement en Autriche, considérée comme l'équivalent germanique de l'Iliade. Divisée en deux parties — la mort de Siegfried et la vengeance de Kriemhild —, elle fait de cette dernière la véritable protagoniste tragique de l'œuvre.
Saga islandaise retraçant l'histoire de Gudrun (version nordique de Kriemhild) depuis les origines mythiques des Völsung jusqu'au massacre final. Texte fondateur qui révèle les racines divines et cosmiques du cycle héroïque.
Série de trois poèmes eddiques consacrés aux lamentations et aux vengeances de Gudrun. D'une puissance lyrique exceptionnelle, ils explorent la douleur du deuil, la trahison et la résilience d'une femme broyée par les forces de la fatalité.
Deux poèmes eddiques décrivant l'invitation perfide et le massacre des frères de Gudrun par Atli/Attila. Gudrun y accomplit une vengeance absolue, allant jusqu'à tuer ses propres fils et les servir en festin à leur père meurtrier.
Compilation noroise de légendes germaniques offrant une version alternative du cycle où Kriemhild (Grimhild) est présentée sous un jour encore plus sombre, sa vengeance apparaissant comme froide et pleinement préméditée dès le début.
Tétralogie lyrique en quatre opéras réinterprétant le mythe des Nibelungs dans une perspective philosophique et romantique. Wagner fait de Brünnhilde le personnage central, mais la légende de Kriemhild/Gudrun irrigue l'ensemble du drame cosmique.
Anecdotes
La querelle des reines est le tournant tragique de toute l'épopée : à l'entrée de la cathédrale de Worms, Kriemhild et Brunhild se disputent la préséance, chacune affirmant que son époux est le plus grand. Pour clouer le bec à sa rivale, Kriemhild révèle publiquement que c'est Siegfried — et non Gunther — qui a réellement subjugué Brunhild. Cette humiliation scelle le destin de Siegfried et déclenche une mécanique de mort implacable.
Trompée par Hagen qui prétend vouloir protéger Siegfried, Kriemhild coud de sa propre main une croix sur le manteau de son époux, marquant son unique point vulnérable — là où une feuille de tilleul s'était posée pendant son bain de sang de dragon. Ce geste d'amour maternel devient involontairement l'instrument du meurtre : Hagen frappe précisément cet endroit lors d'une chasse en forêt.
Après l'assassinat de Siegfried, Hagen s'empare du trésor fabuleux des Nibelungs et le jette au fond du Rhin, refusant à Kriemhild toute ressource pour se venger. Il emportera ce secret dans la tombe, préférant mourir de la lame de Kriemhild plutôt que de révéler l'emplacement. Ce trésor maudit, né d'une malédiction du nain Andvari, symbolise la cupidité qui conduit toute une civilisation à l'anéantissement.
Treize ans après la mort de Siegfried, Kriemhild accepte d'épouser Etzel (Attila), roi des Huns, non par amour mais pour obtenir l'armée qui lui permettra de se venger. Elle attend avec une patience froide avant d'inviter ses frères Burgondes à la cour des Huns, déclenchant le massacre final. Cette vengeance planifiée sur des décennies en fait l'une des figures les plus redoutables de toute la littérature médiévale.
Le dénouement du Nibelungenlied dépasse toute limite morale : pour forcer Hagen à révéler l'emplacement du trésor, Kriemhild fait décapiter son propre frère Gunther sous ses yeux. Hagen refuse toujours de parler. Elle l'abat alors de la propre épée de Siegfried. Horrifié par cet acte, le vieux guerrier Hildebrand la tue sur-le-champ — Kriemhild meurt comme elle a vécu : dans un déchaînement de violence absolue.
Sources primaires
Nû seht wie si dô reit diu edel künegin! Ir muoter Uote unde ir bruoder lobten ir schœne sêre. [...] Si was der werlde wünne, des landes ein zier — 'Elle était la joie du monde, l'ornement du pays.' Kriemhild est présentée dès l'ouverture comme la plus belle des femmes, dont la beauté causera la mort de nombreux guerriers.
Guðrún of hvarf þá, gollinn sínu, / fór til Sigurðar folkvígslegar — 'Gudrun s'en alla alors, quittant sa parure d'or, elle marcha vers Sigurd tombé au combat.' Ce lai de lamentation est considéré comme l'un des textes les plus poignants de toute la littérature nordique médiévale.
Rauð hon þá mœki / rauðan í roðnum — 'Elle rougit alors son épée dans le sang.' Le lai décrit Gudrun accomplissant sa vengeance contre Atli/Attila en personne, allant jusqu'à tuer leurs fils communs pour lui servir en festin.
Gudrun sat over Sigurd and lamented so sorely that the tears ran down her cheeks onto his breast, and he stirred at that, and looked at her — Version nordique qui insiste sur le deuil de Gudrun, dont les larmes versées sur le corps de Sigurd sont le symbole de la fidélité conjugale poussée jusqu'à l'extrême.
Kriemhild, fille du roi Aldrian, épouse Sigurd le Dragonvainqueur ; son destin bascule le jour où Brynhild ourdit la mort du héros, et elle prépare dès lors une vengeance sans retour. Ce texte norois offre une version alternative où la préméditation de Kriemhild est encore plus explicite.
Lieux clés
Capitale historique et légendaire du royaume burgonde sur les rives du Rhin, résidence de Kriemhild et de ses frères. C'est là que se déroulent la querelle des reines, la mort de Siegfried et la disparition du trésor dans les eaux du fleuve.
Fleuve sacré où Hagen dissimule le trésor des Nibelungs après le meurtre de Siegfried, le soustrayant à jamais à Kriemhild. Le Rhin constitue une frontière entre les mondes et le gardien éternel de la malédiction des Nibelungs.
Cité mythique du roi des Huns, parfois associée à Gran (Esztergom) en Hongrie. C'est là que Kriemhild, devenue reine des Huns, prépare patiemment pendant des années sa vengeance avant d'inviter ses frères Burgondes à leur destruction.
Forteresse mythique de la Walkyrie Brunhild, associée à une île nordique inaccessible entourée de flammes. C'est de là que Siegfried aide Gunther à enlever Brunhild, déclenchant la chaîne d'événements qui opposera les deux reines.
Forêt germanique où Hagen assassine Siegfried à la fontaine en le frappant dans le dos, au seul endroit laissé vulnérable par la feuille de tilleul. Ce lieu de trahison au cœur de la nature sauvage symbolise la fin de l'âge héroïque.
Objets typiques

Épée légendaire forgée par le nain Regin, avec laquelle Sigurd/Siegfried tua le dragon Fafnir. À la fin du Nibelungenlied, Kriemhild s'en empare pour abattre Hagen de la même lame qui avait appartenu à son époux bien-aimé — geste d'une symétrie tragique.

Anneau d'or magique arraché au nain Andvari et maudit par son propriétaire. Donné par Sigurd à Gudrun en gage d'amour, il devient le symbole de la malédiction qui pèse sur leur union et sur tous ceux qui possèdent le trésor des Nibelungs.

Manteau magique appartenant à Siegfried, lui conférant l'invisibilité et une force surnaturelle. C'est avec cet objet que Siegfried aide Gunther à subjuguer Brunhild, semant les graines de la rivalité fatale avec Kriemhild.

Fabuleux trésor d'or comprenant notamment l'or du Rhin — symbole de richesse et de malédiction. Hagen le noie dans le Rhin après avoir assassiné Siegfried pour priver Kriemhild de sa puissance, et emporte l'emplacement de sa cachette dans la mort.

Croix brodée de la main de Kriemhild sur le vêtement de son époux, marquant son unique point vulnérable. Objet d'une trahison involontaire dictée par l'amour, ce geste scelle ironiquement le destin du héros invincible.

Coupe royale en or ciselé utilisée lors des festins de cour burgondes et huns. Kriemhild préside aux banquets comme reine des Huns, et la coupe d'hydromel scelle les pactes, les alliances — et dans la tradition eddique, peut contenir des philtres d'oubli ou de mémoire.
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Lieu
Vie quotidienne
Matin
Kriemhild se lève à l'aube dans ses appartements du palais de Worms, assistée de ses dames de compagnie. Elle offre ses prières aux dieux ancestraux puis supervise la distribution des tâches au sein du palais royal burgonde, dictant aux intendants les préparatifs du jour.
Après-midi
Elle préside aux travaux de broderie et de tissage avec ses suivantes — activités nobles liées au rang de reine dans la tradition germanique. Elle reçoit des émissaires, écoute les scaldes réciter des sagas héroïques, et peut siéger aux conseils dynastiques aux côtés de ses frères.
Soir
Les soirées se passent dans la grande salle commune autour du foyer central, où le roi et ses guerriers festoient bruyamment. Kriemhild préside aux banquets royaux, où l'hydromel et la bière coulent abondamment et où les scaldes chantent les exploits des ancêtres à la lueur des torches.
Alimentation
Alimentation aristocratique germanique médiévale : viandes de chasse (cerf, sanglier, aurochs), pains d'épeautre ou d'orge, fromages, miel et hydromel. Les banquets royaux comprennent des viandes rôties à la broche et du poisson du Rhin, servis dans des coupes d'or et sur des plats de bois sculpté.
Vêtements
Robes longues en laine fine ou en lin, teintes au pastel ou à la gaude pour les tons clairs, ornées de broderies au fil d'or. Kriemhild porte un diadème ou une coiffe selon les occasions, avec des bijoux en ambre baltique, en or et en pierres semi-précieuses qui affichent son rang royal.
Habitat
Palais fortifié de Worms sur les rives du Rhin — grande salle aux poutres sculptées de motifs entrelacés, appartements royaux séparés par des tentures brodées de scènes héroïques, tours de garde en pierre. Chauffage par foyers centraux, éclairage aux torches et aux chandelles de suif, paille fraîche sur les dalles.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Style romantique sombre mêlant enluminures nordiques et préraphaélisme — Kriemhild en reine tragique dans des tonalités cramoisies, or et gris cendré, entre magnificence royale et destruction totale.
Ambiance sonore
Ambiance sonore d'une cour burgonde médiévale — feu crépitant, cor de chasse dans la brume rhénane, scaldes épiques et lamentations féminines entremêlées de ferraille.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Nibelungenlied (Le Chant des Nibelungs)
vers 1200
Völsunga saga
vers 1260-1270
Guðrúnarkviðar (Lais de Gudrun) — Edda poétique
IXe-XIIe siècle, compilés vers 1270
Atlakviða et Atlamál (Chants d'Atli) — Edda poétique
Xe-XIe siècle
Þiðrekssaga af Bern (Saga de Thidreks de Berne)
vers 1250






