Lire l'interview imaginaire
Hildegarde de Bingen

Une voix reconstituée à partir des sources, à lire comme un long-format.

Hildegarde de Bingen(1098 — 1179)

Hildegarde de Bingen

Saint-Empire romain germanique

7 min de lecture

LettresMusiqueSciencesMoyen ÂgeMoyen Âge central (XIIe siècle), période de renouveau monastique et d'essor des universités en Europe occidentale

Religieuse bénédictine allemande du XIIe siècle, Hildegarde de Bingen fut à la fois mystique, compositrice, naturaliste et théologienne. Elle fonda son propre monastère et correspondit avec les plus grands personnages de son époque, papes et empereurs inclus.

Questions fréquentes

Hildegarde de Bingen (1098-1179) était une religieuse bénédictine allemande, mystique, compositrice, naturaliste et théologienne. Ce qui la rend exceptionnelle, c'est qu'elle a produit une œuvre immense dans des domaines très variés à une époque où les femmes avaient peu d'accès au savoir et à la parole publique. Elle a fondé son propre monastère, correspondu avec les plus grands personnages de son temps (papes, empereurs) et a été reconnue comme Docteur de l'Église en 2012. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle incarne la renaissance intellectuelle du XIIe siècle tout en restant une figure spirituelle majeure.

Citations célèbres

« Je suis une plume légère portée par le souffle de Dieu.»
« La musique est le chemin vers Dieu.»

Faits marquants

  • Née en 1098 à Bermersheim vor der Höhe en Rhénanie (Saint-Empire romain germanique)
  • Fonde en 1150 le monastère du Rupertsberg près de Bingen
  • Compose vers 1150 la Symphonia armonie celestium revelationum, recueil de 77 chants liturgiques
  • Rédige la Physica et la Causae et Curae, encyclopédies de médecine et de sciences naturelles
  • Canonisée et proclamée docteur de l'Église par le pape Benoît XVI en 2012

Œuvres & réalisations

Scivias (Sache les voies) (1141-1151)

Œuvre maîtresse d'Hildegarde, ce traité décrit vingt-six visions cosmologiques et théologiques illustrées de somptueuses miniatures. Il lui valut la reconnaissance officielle de l'Église au synode de Trèves.

Symphonia armonie celestium revelationum (vers 1150-1179)

Recueil de 77 compositions musicales (hymnes, séquences, antiennes) pour la liturgie monastique. C'est l'un des corpus musicaux médiévaux les plus importants conservés d'un seul auteur, dont l'œuvre dramatique Ordo Virtutum.

Physica (Liber subtilitatum) (vers 1150-1160)

Encyclopédie naturaliste décrivant les propriétés de 213 plantes, 63 arbres, minéraux, animaux et métaux. Elle fonde une médecine fondée sur l'harmonie des humeurs et les vertus des éléments naturels.

Causae et curae (vers 1150-1160)

Traité médical consacré aux causes et aux remèdes des maladies, mêlant observation clinique, humeurs galéniques et vision chrétienne du corps humain. Il aborde notamment la sexualité et la gynécologie.

Liber divinorum operum (1163-1173)

Somme théologique et cosmologique décrivant la vision du monde comme harmonie entre Dieu, l'homme et la nature. Considéré comme son œuvre intellectuelle la plus mature et la plus ambitieuse.

Correspondance (environ 400 lettres) (1146-1179)

Échanges avec papes, empereurs, abbés, rois et simples fidèles, témoignant d'une influence politique et spirituelle exceptionnelle. Ces lettres constituent une source historique majeure sur le XIIe siècle.

Lingua Ignota (vers 1150)

Langue construite avec alphabet propre (Litterae Ignotae) et vocabulaire de près de 900 mots, l'une des premières langues artificielles connues de l'histoire occidentale. Son usage précis reste débattu par les spécialistes.

Anecdotes

Dès l'âge de cinq ans, Hildegarde aurait eu sa première vision lumineuse qu'elle appela la 'lumière vivante'. Longtemps gardée secrète, cette expérience mystique devint le fondement de toute son œuvre spirituelle et intellectuelle.

En 1148, lors du synode de Trèves, le pape Eugène III lut publiquement des extraits du Scivias d'Hildegarde et autorisa officiellement sa diffusion. C'était une reconnaissance extraordinaire pour une femme à une époque où la parole publique leur était quasi interdite.

Hildegarde composa une langue secrète appelée la Lingua Ignota, dotée de son propre alphabet et d'un vocabulaire d'environ 900 mots. Destinée peut-être à un usage liturgique au sein de son monastère, elle reste l'une des premières langues construites connues de l'histoire.

À plus de soixante ans, Hildegarde entreprit quatre tournées de prédication à travers l'Empire germanique, prenant la parole publiquement dans des cathédrales devant des foules de clercs et de laïcs — une pratique totalement inédite pour une femme de son temps.

À la fin de sa vie, Hildegarde s'opposa à l'archevêque de Mayence qui avait ordonné d'exhumer un excommunié enterré dans son monastère. Elle refusa d'obéir, au risque de voir son couvent frappé d'interdit. Elle finit par obtenir gain de cause quelques mois avant sa mort.

Sources primaires

Scivias (Sache les voies) (1141-1151)
Et voici qu'en l'an mil cent quarante et un de l'Incarnation du Fils de Dieu... une lumière ardente d'une clarté extraordinaire vint du ciel ouvert, pénétra tout mon cerveau et enflamma tout mon cœur.
Physica (Liber subtilitatum) (vers 1150-1160)
La pivoine est chaude et un peu sèche. Elle est utile contre la goutte si on la porte sur soi, car sa chaleur et sa discrétion résistent à la goutte.
Correspondance avec Bernard de Clairvaux (vers 1146-1147)
Je vous en supplie, par l'amour de Dieu, conseillez-moi, vous qui êtes plein de bonté : moi, pauvre petite forme féminine, depuis mon enfance, je ne vis pas une seule heure en sécurité.
Causae et curae (vers 1150-1160)
L'homme dont la bile est pure et dont le sang est tempéré est gai, aimable, miséricordieux et bien disposé envers tous ceux qui l'entourent.
Lettre à l'empereur Frédéric Barberousse (vers 1163)
Écoute, roi, si tu veux vivre ; sinon mon épée te frappera.

Lieux clés

Bermersheim vor der Höhe (Rhénanie, Allemagne)

Village natal d'Hildegarde en 1098, situé dans le duché de Franconie. Sa famille noble y résidait et c'est dans ce contexte rhénan qu'elle fut offerte comme oblate à l'Église.

Monastère de Disibodenberg (Allemagne)

Monastère bénédictin mixte où Hildegarde passa les quarante premières années de sa vie monastique, d'abord comme oblate puis comme magistra de la communauté des femmes.

Monastère du Rupertsberg, Bingen-sur-le-Rhin (Allemagne)

Fondé par Hildegarde vers 1150 sur un promontoire dominant la confluence du Rhin et de la Nahe. Ce fut le centre de son activité intellectuelle, artistique et spirituelle pendant près de trente ans.

Monastère d'Eibingen (Allemagne)

Second monastère fondé par Hildegarde en 1165, sur la rive droite du Rhin, toujours actif de nos jours. Les reliques d'Hildegarde y sont conservées depuis le XIIIe siècle.

Trèves (Allemagne)

Ville épiscopale où se tint en 1147-1148 le synode qui approuva officiellement les visions d'Hildegarde en présence du pape Eugène III, lui conférant une légitimité à l'échelle de toute la chrétienté.

Voir aussi