Impératrice Genmei(661 — 722)
Genmei
Japon
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Impératrice régnante du Japon de 707 à 715, Genmei est l'une des rares femmes à avoir exercé le pouvoir suprême au Japon. Son règne est marqué par la compilation du Kojiki, premier ouvrage historique japonais.
Faits marquants
- Règne de 707 à 715 comme impératrice régnante du Japon
- Commande en 712 la rédaction du Kojiki, plus ancienne chronique historique du Japon
- Transfère la capitale impériale à Nara en 710, fondant l'époque de Nara
- Mère de l'empereur Monmu, elle lui succède à sa mort prématurée
- Deuxième des huit impératrices régnantes de l'histoire du Japon
Œuvres & réalisations
Premier texte historique officiel du Japon, compilé sur ordre de Genmei par Ō no Yasumaro à partir des récits oraux du mémorialiste Hieda no Are. Il contient les mythes de la création, les généalogies divines et l'histoire des souverains depuis les origines jusqu'à l'impératrice Suiko.
Décision politique et urbanistique majeure : Genmei ordonna la construction de Nara selon un plan en damier inspiré de Chang'an et y transféra l'ensemble de la cour impériale. Cette capitale devint pendant soixante-dix ans le foyer de la civilisation japonaise classique.
Premières pièces de monnaie officielles du Japon, dont l'émission unifia les échanges économiques à l'échelle de l'archipel. Cette réforme monétaire s'inscrit dans la politique de centralisation administrative et économique conduite par Genmei sur le modèle de la Chine Tang.
Compilations ordonnées par Genmei à chaque gouverneur de province, décrivant les ressources naturelles, les toponymes, les coutumes locales et les légendes. Cinq de ces rapports ont partiellement survécu et constituent une source irremplaçable sur le Japon de l'époque de Nara.
Tout au long de son règne, Genmei appliqua et consolida le Code Taihō de 701, organisant l'administration provinciale, le système fiscal et la hiérarchie des fonctionnaires. Ces réformes dotèrent le Japon d'un appareil d'État cohérent pour la première fois de son histoire.
Anecdotes
En 708, l'impératrice Genmei ordonna la frappe des premières pièces de monnaie officielles du Japon : les Wadōkaichin, en cuivre et argent. Cette décision monétaire ambitieuse visait à unifier les échanges économiques dans tout l'archipel et à affirmer la puissance de l'État impérial face aux provinces encore mal intégrées.
En 712, l'impératrice reçut le Kojiki (« Chronique des faits anciens »), rédigé par le scribe Ō no Yasumaro sur son ordre. Ce texte, le plus ancien ouvrage historique du Japon, rassemblait les mythes de la création, les généalogies divines et l'histoire des premiers empereurs. Genmei souhaitait fixer par écrit les traditions orales avant qu'elles ne se perdent définitivement.
En 710, Genmei fit déplacer la capitale de Fujiwara-kyō vers la nouvelle ville de Heijō-kyō, aujourd'hui Nara. Inspirée de la capitale chinoise Chang'an, cette ville fut construite selon un plan en damier rigoureux et devint le premier grand centre urbain permanent du Japon, comptant jusqu'à 200 000 habitants à son apogée.
Genmei fut l'une des très rares femmes à régner en son propre nom au Japon. Lorsqu'elle abdiqua en 715, elle transmit le trône non pas à un homme mais à sa propre fille, l'impératrice Genshō — un cas unique dans l'histoire japonaise de succession directe de mère en fille sur le trône impérial.
La tradition lui attribue plusieurs poèmes conservés dans le Man'yōshū, la grande anthologie poétique japonaise compilée peu après sa mort. Ces vers témoignent d'une sensibilité littéraire raffinée et d'un attachement profond à la nature, reflet d'une culture de cour où la poésie était un art de gouvernement autant qu'une expression personnelle.
Sources primaires
Sa Majesté l'Impératrice déclara : « Les chroniques impériales et les récits fondamentaux transmis par les maisons anciennes s'écartent déjà de la vérité, et de nombreuses erreurs y ont été ajoutées. Si l'on ne corrige pas ces erreurs maintenant, leur sens sera perdu avant peu d'années. » C'est pourquoi elle ordonna que ces récits fussent fixés par écrit.
La première année de l'ère Wadō (708), l'impératrice décréta la frappe de pièces de cuivre dans toutes les provinces. La quatrième année (710), elle transféra la cour à Heijō-kyō. Son règne vit l'établissement des fondements de la civilisation impériale du Japon.
Il est décrété que les pièces frappées au nom de l'ère Wadō auront cours légal dans toutes les provinces de l'empire et que nul ne pourra les refuser pour tout paiement licite entre sujets de Sa Majesté.
Que les gouverneurs de chaque province dressent un rapport complet des produits du sol, des noms anciens des montagnes, des rivières et des plaines, ainsi que des traditions et légendes locales, et qu'ils transmettent ces documents à la capitale.
Lieux clés
Capitale fondée en 710 sur ordre de Genmei, construite en damier à l'image de Chang'an et premier grand centre urbain permanent du Japon. Les vestiges du palais impérial, classés au patrimoine mondial de l'UNESCO, sont aujourd'hui visibles à Nara.
Première grande capitale permanente du Japon, où Genmei résida et régna avant de transférer la cour à Nara en 710. Fondée en 694, ses ruines sont visibles dans l'actuelle ville de Kashihara, préfecture de Nara.
Berceau historique de la cour impériale japonaise, où Genmei passa une grande partie de sa jeunesse et où se déroulèrent les grands événements politiques du VIIe siècle, notamment la guerre de Jinshin de 672 qui façonna la lignée impériale.
Mausolée situé dans la région de Nara, de style kofun tardif, où l'impératrice fut inhumée après sa mort en 722. Ce lieu témoigne du maintien des traditions funéraires aristocratiques à la charnière entre l'époque des tumulus et l'expansion du bouddhisme funéraire.
