Reine de Thèbes dans la mythologie grecque, Jocaste est la mère et l'épouse d'Œdipe. Ignorant la véritable identité de celui qu'elle avait épousé, elle se donna la mort à la révélation de l'inceste. Son histoire est au cœur de la tragédie Œdipe Roi de Sophocle.
Jocaste
Jocaste
Thèbes
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Questions fréquentes
Faits marquants
- Épouse du roi Laïos de Thèbes, elle reçut l'oracle qu'il serait tué par son propre fils
- Son fils Œdipe, condamné à mort à la naissance, fut abandonné mais survécut
- Mentionnée sous le nom d'Épicaste par Homère dans l'Odyssée (chant XI)
- Après la mort de Laïos, elle épousa Œdipe sans savoir qu'il était son fils
- À la révélation de la vérité par le devin Tirésias, elle se pendit dans son palais
Œuvres & réalisations
Chef-d'œuvre absolu de la tragédie grecque, cette pièce met Jocaste au centre du drame. Elle y incarne la tentation de nier l'oracle et de refuser la vérité jusqu'au moment où elle la perçoit avant même Œdipe.
Dans cette pièce, Jocaste a survécu à la révélation de l'inceste et tente désespérément de réconcilier ses fils Étéocle et Polynice. Son personnage prend ici une dimension maternelle encore plus forte et déchirante.
Dans cette suite, Jocaste est morte mais son souvenir hante Œdipe dans son exil. La malédiction qui pèse sur ses enfants montre que les conséquences de son union tragique s'étendent bien au-delà de sa mort.
Homère est l'une des premières sources à mentionner le personnage, sous le nom d'Épicaste. Ulysse la rencontre aux Enfers, ce qui atteste l'ancienneté du mythe dans la tradition grecque.
La version latine de la tragédie amplifie les éléments horrifiques du mythe. Jocaste y est représentée avec une grande intensité dramatique, et sa mort par le glaive (au lieu du suicide par pendaison) diffère des versions grecques.
Réécriture moderniste du mythe, avec un livret de Cocteau en latin. Jocaste y est interprétée comme une figure tragique qui choisit l'aveuglement volontaire face à une vérité insupportable.
Anecdotes
Avant la naissance d'Œdipe, l'oracle de Delphes avait averti le roi Laïos que son fils le tuerait et épouserait sa propre mère. Terrifiée par cette prophétie, Jocaste confia le nourrisson à un berger avec ordre de l'abandonner sur le mont Cithéron, les chevilles percées et liées — d'où le nom Œdipe, qui signifie 'aux pieds enflés' en grec ancien.
Lorsque le Sphinx terrorisait Thèbes en dévorant quiconque ne répondait pas à son énigme ('Quel être marche à quatre pattes le matin, deux à midi, trois le soir ?'), Jocaste, veuve du roi Laïos, avait annoncé qu'elle épouserait celui qui délivrerait la cité. Œdipe résolut l'énigme — 'l'homme' — et le Sphinx se précipita dans le vide. Jocaste l'épousa sans savoir qu'il était son propre fils.
Pendant des années, Jocaste et Œdipe régnèrent ensemble sur Thèbes et eurent quatre enfants : Étéocle, Polynice, Antigone et Ismène. La vérité n'éclata que lorsqu'une terrible peste frappa la ville et qu'un devin, Tirésias, puis un messager de Corinthe, révélèrent pièce par pièce l'identité réelle d'Œdipe. Jocaste comprit la première et tenta de dissuader son mari-fils de continuer l'enquête.
À la révélation complète de l'inceste et du parricide, Jocaste s'enfuit dans le palais et se pendit avec sa propre ceinture — ou selon certaines versions, avec un voile. Œdipe, en la découvrant, arracha les broches de sa robe et s'en creva les yeux. Cette double catastrophe constitue l'un des dénouements les plus bouleversants de la tragédie grecque antique.
Dans les 'Phéniciennes' d'Euripide, la version du mythe diffère : Jocaste ne se suicide pas immédiatement après la révélation. Elle survit et tente désespérément de réconcilier ses fils Étéocle et Polynice qui se disputent le trône de Thèbes, avant de périr finalement sur le champ de bataille entre leurs cadavres — un portrait encore plus maternel et tragique.
Sources primaires
Jocaste : 'Bien des mortels ont partagé en songe le lit de leur mère ; mais celui qui fait peu de cas de tels présages supporte le plus aisément la vie.' (vers 981-983)
Homère appelle le personnage 'Épicaste' : 'Elle avait épousé son propre fils, qui avait tué son père. Les dieux ne tardèrent pas à révéler ces choses aux hommes. Il demeura à Thèbes, gouvernant les Cadméens, mais elle, descendit chez Hadès le puissant.'
Jocaste : 'Ô mes fils, votre querelle désespère votre vieille mère. Étéocle, c'est à toi que je m'adresse d'abord, puisque tu es l'aîné... Pourquoi chéris-tu tant la Tyrannie, cette injustice déifiée ?'
Apollodore rapporte la prophétie faite à Laïos, l'exposition d'Œdipe sur le Cithéron avec les chevilles percées, et la réalisation fatale de l'oracle, précisant que Jocaste se pendit de honte à la révélation de l'inceste.
Eschyle évoque la malédiction pesant sur la lignée de Laïos et les conséquences des transgressions d'Œdipe, héritées par ses fils Étéocle et Polynice, enfants de l'union maudite.
Lieux clés
Capitale du royaume de Jocaste, Thèbes est la scène principale du mythe œdipien. C'est dans son palais que se déroulent la révélation de l'inceste et la mort de Jocaste.
C'est à Delphes que la prophétie fatale fut prononcée, annonçant à Laïos que son fils le tuerait et épouserait sa mère. L'oracle est le moteur invisible de toute la tragédie de Jocaste.
Massif montagneux entre Béotie et Attique où le nourrisson Œdipe fut exposé pour mourir sur ordre de Laïos et Jocaste. C'est là que le berger prit pitié de l'enfant et le sauva.
Le 'chemin à trois voies' près de Daulis en Phocide, où Œdipe tua Laïos lors d'une querelle de passage, sans savoir qu'il s'agissait de son père. Ce lieu scelle le premier acte de la prophétie.
Cité où Œdipe grandit, élevé par le roi Polybe qui l'avait recueilli. C'est en fuyant Corinthe pour échapper à une prophétie qu'Œdipe se dirigea vers Thèbes, croisant ainsi son destin.
Objets typiques

Jocaste se pendit avec sa propre ceinture — ou son voile — à la révélation de l'inceste. Cet objet est devenu le symbole tragique de sa mort et de l'impossibilité de survivre à la révélation de la vérité.

Jocaste porte la couronne de reine de Thèbes, symbole du pouvoir qu'elle détient d'abord aux côtés de Laïos, puis d'Œdipe. Cette couronne représente aussi l'ironie tragique de sa double royauté maudite.

Les entraves qui perçaient les chevilles du nourrisson Œdipe avant son abandon sur le Cithéron sont liés à Jocaste : c'est elle, ou son mari sur son ordre, qui fit attacher l'enfant pour le condamner à mort.

Attribut de la souveraineté thébaine, le sceptre accompagne Jocaste dans ses représentations iconographiques antiques sur les vases. Il symbolise l'autorité d'une reine qui gouverne deux fois la même cité.

En tant que reine, Jocaste préside aux rites religieux et aux sacrifices aux dieux protecteurs de Thèbes, notamment Apollon et Dionysos. Les scènes de libations figurent parmi ses rôles traditionnels dans les représentations artistiques.

La prophétie de Delphes, gravée ou transmise oralement, est l'objet invisible qui conditionne toute la vie de Jocaste. Elle tente de fuir son message et encourage Œdipe à n'y pas croire — en vain.

Jocaste est représentée voilée dans de nombreuses tragédies et fresques antiques, portant le deuil de Laïos son premier époux. Ce voile prend une signification symbolique profonde : il masque aussi la vérité qu'elle refuse de voir.
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Vie quotidienne
Matin
La journée de Jocaste, en tant que reine de Thèbes, commence avant l'aube par des libations et des prières à Héra, déesse du mariage, et à Apollon. Ses servantes l'habillent de robes de lin fin teintes en pourpre, et elle préside aux sacrifices rituels dans la cour du palais pour s'assurer la faveur des dieux.
Après-midi
L'après-midi, Jocaste supervise l'intendance du mégaron royal — les réserves de grain, de vin et d'huile d'olive — et reçoit les ambassadeurs et les dignitaires de passage. Elle tranche également les différends entre les femmes de la maisonnée royale, rôle traditionnel de la bassilissa (reine) dans la Grèce archaïque.
Soir
Le soir, Jocaste partage le repas royal avec son époux et ses enfants, composé de pain d'orge, de fromage de chèvre, d'olives, de poisson séché et de vin coupé d'eau. Après le dîner, des aèdes chantent les exploits des héros et les généalogies divines, ignorant le cruel destin qui se trame dans la maison même du roi.
Alimentation
L'alimentation de la cour thébaine repose sur les productions de la fertile plaine de Béotie : pain de froment et d'orge, légumes (fèves, pois chiches, lentilles), olives et huile, fromages, miel du Cithéron, gibier et viandes lors des sacrifices. Le vin de Béotie, réputé dans l'Antiquité, est servi mélangé à l'eau dans des cratères décorés.
Vêtements
Jocaste porte le chiton — tunique de lin ou de laine fine — noué à l'épaule, recouvert d'un himation (grand manteau drapé) de pourpre royale, couleur réservée aux souverains. Un voile de lin blanc couvre sa chevelure dans les lieux publics et les cérémonies religieuses, signe de respectabilité et de statut de matrone.
Habitat
Le palais de Thèbes est un mégaron à colonnes de pierre calcaire, organisé autour d'une cour centrale à ciel ouvert avec un autel sacrificiel. Les appartements royaux comportent des salles peintes de fresques représentant des scènes mythologiques, des coffres en bois de cèdre pour les étoffes précieuses, et des lits à pieds de bronze. Le gynécée (quartier des femmes) est séparé des salles de réception.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Style céramique grec à figures rouges et fresque néoclassique sombre, avec une palette de pourpres royaux, d'ocres thébains et de noirs tragiques soulignant le destin inéluctable de la reine.
Ambiance sonore
L'atmosphère sonore du palais de Thèbes, mêlant les lamentations du chœur tragique, les rituels religieux et le souffle du destin qui se referme inexorablement sur Jocaste.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Œdipe Roi — Sophocle
vers 429 av. J.-C.
Les Phéniciennes — Euripide
vers 411 av. J.-C.
Œdipe à Colone — Sophocle
401 av. J.-C. (posthume)
Odyssée, chant XI (Nékyia) — Homère
VIIIe siècle av. J.-C.
Œdipe — Sénèque le Jeune
Ier siècle apr. J.-C.
Œdipe — Jean Cocteau (pièce) et Igor Stravinski (opéra-oratorio)
1927






