Jocaste

Jocaste

Thèbes

MythologieAvant J.-C.Mythologie grecque antique

Reine de Thèbes dans la mythologie grecque, Jocaste est la mère et l'épouse d'Œdipe. Ignorant la véritable identité de celui qu'elle avait épousé, elle se donna la mort à la révélation de l'inceste. Son histoire est au cœur de la tragédie Œdipe Roi de Sophocle.

Faits marquants

  • Épouse du roi Laïos de Thèbes, elle reçut l'oracle qu'il serait tué par son propre fils
  • Son fils Œdipe, condamné à mort à la naissance, fut abandonné mais survécut
  • Mentionnée sous le nom d'Épicaste par Homère dans l'Odyssée (chant XI)
  • Après la mort de Laïos, elle épousa Œdipe sans savoir qu'il était son fils
  • À la révélation de la vérité par le devin Tirésias, elle se pendit dans son palais

Œuvres & réalisations

Œdipe Roi — Sophocle (vers 429 av. J.-C.)

Chef-d'œuvre absolu de la tragédie grecque, cette pièce met Jocaste au centre du drame. Elle y incarne la tentation de nier l'oracle et de refuser la vérité jusqu'au moment où elle la perçoit avant même Œdipe.

Les Phéniciennes — Euripide (vers 411 av. J.-C.)

Dans cette pièce, Jocaste a survécu à la révélation de l'inceste et tente désespérément de réconcilier ses fils Étéocle et Polynice. Son personnage prend ici une dimension maternelle encore plus forte et déchirante.

Œdipe à Colone — Sophocle (401 av. J.-C. (posthume))

Dans cette suite, Jocaste est morte mais son souvenir hante Œdipe dans son exil. La malédiction qui pèse sur ses enfants montre que les conséquences de son union tragique s'étendent bien au-delà de sa mort.

Odyssée, chant XI (Nékyia) — Homère (VIIIe siècle av. J.-C.)

Homère est l'une des premières sources à mentionner le personnage, sous le nom d'Épicaste. Ulysse la rencontre aux Enfers, ce qui atteste l'ancienneté du mythe dans la tradition grecque.

Œdipe — Sénèque le Jeune (Ier siècle apr. J.-C.)

La version latine de la tragédie amplifie les éléments horrifiques du mythe. Jocaste y est représentée avec une grande intensité dramatique, et sa mort par le glaive (au lieu du suicide par pendaison) diffère des versions grecques.

Œdipe — Jean Cocteau (pièce) et Igor Stravinski (opéra-oratorio) (1927)

Réécriture moderniste du mythe, avec un livret de Cocteau en latin. Jocaste y est interprétée comme une figure tragique qui choisit l'aveuglement volontaire face à une vérité insupportable.

Anecdotes

Avant la naissance d'Œdipe, l'oracle de Delphes avait averti le roi Laïos que son fils le tuerait et épouserait sa propre mère. Terrifiée par cette prophétie, Jocaste confia le nourrisson à un berger avec ordre de l'abandonner sur le mont Cithéron, les chevilles percées et liées — d'où le nom Œdipe, qui signifie 'aux pieds enflés' en grec ancien.

Lorsque le Sphinx terrorisait Thèbes en dévorant quiconque ne répondait pas à son énigme ('Quel être marche à quatre pattes le matin, deux à midi, trois le soir ?'), Jocaste, veuve du roi Laïos, avait annoncé qu'elle épouserait celui qui délivrerait la cité. Œdipe résolut l'énigme — 'l'homme' — et le Sphinx se précipita dans le vide. Jocaste l'épousa sans savoir qu'il était son propre fils.

Pendant des années, Jocaste et Œdipe régnèrent ensemble sur Thèbes et eurent quatre enfants : Étéocle, Polynice, Antigone et Ismène. La vérité n'éclata que lorsqu'une terrible peste frappa la ville et qu'un devin, Tirésias, puis un messager de Corinthe, révélèrent pièce par pièce l'identité réelle d'Œdipe. Jocaste comprit la première et tenta de dissuader son mari-fils de continuer l'enquête.

À la révélation complète de l'inceste et du parricide, Jocaste s'enfuit dans le palais et se pendit avec sa propre ceinture — ou selon certaines versions, avec un voile. Œdipe, en la découvrant, arracha les broches de sa robe et s'en creva les yeux. Cette double catastrophe constitue l'un des dénouements les plus bouleversants de la tragédie grecque antique.

Dans les 'Phéniciennes' d'Euripide, la version du mythe diffère : Jocaste ne se suicide pas immédiatement après la révélation. Elle survit et tente désespérément de réconcilier ses fils Étéocle et Polynice qui se disputent le trône de Thèbes, avant de périr finalement sur le champ de bataille entre leurs cadavres — un portrait encore plus maternel et tragique.

Sources primaires

Œdipe Roi — Sophocle (vers 429 av. J.-C.)
Jocaste : 'Bien des mortels ont partagé en songe le lit de leur mère ; mais celui qui fait peu de cas de tels présages supporte le plus aisément la vie.' (vers 981-983)
Odyssée, chant XI — Homère (vers VIIIe siècle av. J.-C.)
Homère appelle le personnage 'Épicaste' : 'Elle avait épousé son propre fils, qui avait tué son père. Les dieux ne tardèrent pas à révéler ces choses aux hommes. Il demeura à Thèbes, gouvernant les Cadméens, mais elle, descendit chez Hadès le puissant.'
Les Phéniciennes — Euripide (vers 411 av. J.-C.)
Jocaste : 'Ô mes fils, votre querelle désespère votre vieille mère. Étéocle, c'est à toi que je m'adresse d'abord, puisque tu es l'aîné... Pourquoi chéris-tu tant la Tyrannie, cette injustice déifiée ?'
Bibliothèque — Pseudo-Apollodore (Ier-IIe siècle apr. J.-C.)
Apollodore rapporte la prophétie faite à Laïos, l'exposition d'Œdipe sur le Cithéron avec les chevilles percées, et la réalisation fatale de l'oracle, précisant que Jocaste se pendit de honte à la révélation de l'inceste.
Les Sept contre Thèbes — Eschyle (467 av. J.-C.)
Eschyle évoque la malédiction pesant sur la lignée de Laïos et les conséquences des transgressions d'Œdipe, héritées par ses fils Étéocle et Polynice, enfants de l'union maudite.

Lieux clés

Thèbes (Béotie, Grèce)

Capitale du royaume de Jocaste, Thèbes est la scène principale du mythe œdipien. C'est dans son palais que se déroulent la révélation de l'inceste et la mort de Jocaste.

Oracle de Delphes

C'est à Delphes que la prophétie fatale fut prononcée, annonçant à Laïos que son fils le tuerait et épouserait sa mère. L'oracle est le moteur invisible de toute la tragédie de Jocaste.

Mont Cithéron

Massif montagneux entre Béotie et Attique où le nourrisson Œdipe fut exposé pour mourir sur ordre de Laïos et Jocaste. C'est là que le berger prit pitié de l'enfant et le sauva.

Carrefour de Phocide (Schiste Hodos)

Le 'chemin à trois voies' près de Daulis en Phocide, où Œdipe tua Laïos lors d'une querelle de passage, sans savoir qu'il s'agissait de son père. Ce lieu scelle le premier acte de la prophétie.

Corinthe

Cité où Œdipe grandit, élevé par le roi Polybe qui l'avait recueilli. C'est en fuyant Corinthe pour échapper à une prophétie qu'Œdipe se dirigea vers Thèbes, croisant ainsi son destin.

Voir aussi