Johannes Brahms(1833 — 1897)
Johannes Brahms
Allemagne, Hambourg
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Compositeur, pianiste et chef d'orchestre allemand (1833-1897). Figure majeure du romantisme, il est l'auteur de quatre symphonies, d'un Requiem allemand et d'une œuvre chambriste considérable, héritier revendiqué de Beethoven et Bach.
Citations célèbres
« Ohne Handwerk keine Kunst. (Sans métier, pas d'art.) »
Faits marquants
- Né le 7 mai 1833 à Hambourg dans une famille modeste.
- Soutenu et révélé par Robert Schumann en 1853, qui le présente comme un génie dans la Neue Zeitschrift für Musik.
- Compose son Requiem allemand (Ein deutsches Requiem) créé en 1868, œuvre chorale majeure du XIXe siècle.
- Achève sa Première Symphonie en 1876, après vingt ans de travail, surnommée 'la Dixième de Beethoven'.
- Mort le 3 avril 1897 à Vienne, laissant quatre symphonies, deux concertos pour piano, un concerto pour violon et une vaste œuvre de musique de chambre.
Œuvres & réalisations
Chef-d'œuvre pour soli, chœur et orchestre sur des textes bibliques en allemand, créé à Brême en 1868. Cette œuvre monumentale, composée en partie après la mort de sa mère, révéla Brahms au monde entier et reste l'une des grandes pages du répertoire choral du XIXe siècle.
Première symphonie publiée par Brahms après une gestation de plus de vingt ans sous l'ombre de Beethoven. Surnommée la « Dixième Symphonie de Beethoven » par Hans von Bülow, elle s'impose comme l'une des œuvres fondatrices du répertoire symphonique romantique.
Composé pour et avec le violoniste Joseph Joachim, ce concerto est considéré comme l'un des quatre grands concertos pour violon du répertoire. Sa richesse harmonique et son ampleur orchestrale en font une œuvre de référence incontournable.
Œuvre exceptionnelle en quatre mouvements — forme inhabituelle pour un concerto — d'une durée de près de cinquante minutes. Brahms en créa lui-même la première à Budapest ; il est considéré comme l'un des concertos pour piano les plus exigeants du répertoire romantique.
Testament symphonique de Brahms, cette quatrième symphonie se conclut par une passacaille d'une austérité et d'une grandeur incomparables. Elle synthétise son héritage beethovénien et son admiration pour les formes baroques de Bach.
Deux cahiers de variations pour piano seul sur le thème du Caprice n° 24 de Paganini. Virtuosité redoutable et profondeur musicale s'y conjuguent, en faisant l'une des œuvres pianistiques les plus difficiles et les plus admirées du XIXe siècle.
Recueil de danses pour piano à quatre mains inspirées de mélodies folkloriques hongroises et tsiganes découvertes lors de tournées avec le violoniste Eduard Reményi. Devenues populaires dans le monde entier, elles furent orchestrées et jouées dans toutes les capitales européennes.
Anecdotes
En octobre 1853, le compositeur Robert Schumann publie dans la Neue Zeitschrift für Musik un article intitulé « Neue Bahnen » (Nouvelles voies) dans lequel il salue le jeune Brahms, alors âgé de vingt ans, comme un génie appelé à révolutionner la musique. Cette reconnaissance publique d'une figure aussi respectée propulsa instantanément Brahms sous les feux de la rampe musicale européenne, mais lui imposa également une pression considérable pour toute sa carrière.
Brahms attendit quarante-trois ans avant de publier sa Première Symphonie en 1876, hanté par l'ombre de Beethoven. Lorsqu'on lui fit remarquer la ressemblance du thème final avec l'Ode à la joie, il répondit avec irritation : « N'importe quel âne s'en aperçoit. » Cette réplique illustre à la fois son humour caustique et la conscience aiguë qu'il avait de son héritage.
Brahms était connu pour détruire méthodiquement une grande partie de ses œuvres de jeunesse qu'il jugeait indignes. On estime qu'il brûla plusieurs quatuors à cordes, des ébauches de symphonies et d'innombrables partitions avant de les avoir jamais montrées. Ce perfectionnisme extrême explique pourquoi son catalogue, bien que riche, reste plus restreint que celui de ses contemporains.
Brahms entretenait avec la pianiste Clara Schumann, épouse puis veuve de Robert Schumann, une amitié profonde et une correspondance intense qui dura plus de quarante ans. Bien que certains historiens aient évoqué un amour non déclaré, Brahms ne se maria jamais et veilla sur Clara comme un ami fidèle jusqu'à sa mort en 1896. Il mourut lui-même moins d'un an après elle.
Grand habitué des cafés viennois, Brahms avait ses habitudes dans plusieurs établissements où il fumait le cigare et discutait de musique. Le chef d'orchestre Hans von Bülow le plaça, avec Bach et Beethoven, parmi les « trois B » de la musique — formule qui fit aussitôt fortune. Brahms appréciait modestement cette comparaison tout en restant conscient de la pression qu'elle lui assignait.
Sources primaires
Il est venu, un jeune homme sur le berceau duquel les Grâces et les Héros semblent avoir veillé. Son nom est Johannes Brahms. [...] En jouant ses sonates, ses quatuors en fantaisies, il rendait ces choses maîtresses et le piano devenait un orchestre de voix plaintives et jubilantes.
Je pense à vous sans cesse, vous et votre bien-être m'importent plus que tout. Quand je suis éloigné de Düsseldorf je n'ai qu'un désir, celui d'y retourner auprès de vous.
Je n'ai pas l'intention de publier quoi que ce soit qui ne me satisfasse pleinement. Le public peut attendre — mes tiroirs ne sont pas pressés, et je brûlerai plutôt que de livrer quelque chose d'indigne.
Brahms incarne ce que nous appelons la musique absolue : une architecture sonore pure, indépendante de tout programme littéraire. Sa Première Symphonie prouve que la grande forme beethovénienne n'est pas morte avec Beethoven.
Lieux clés
Brahms naquit en 1833 dans ce quartier populaire de Hambourg, fils d'un musicien de taverne. Il y reçut sa formation musicale et y donna ses premiers concerts, gardant toute sa vie un attachement profond à sa ville natale qui lui refusa longtemps le poste de directeur musical.
Brahms s'installa à Vienne en 1862 et y vécut jusqu'à sa mort en 1897. Son appartement de la Karlsgasse, dans le 4e arrondissement, était le centre de sa vie créatrice et sociale, encombré de partitions et du Steinway sur lequel il composait.
C'est dans la cathédrale de Brême qu'eut lieu, en avril 1868, la première intégrale du Requiem allemand, consacrant Brahms comme l'un des plus grands compositeurs de son temps devant un public venu de toute l'Europe.
Brahms séjourna à plusieurs reprises à Baden-Baden pour rendre visite à Clara Schumann qui y habitait. Cette station thermale prisée de l'aristocratie était un lieu de rencontre de l'élite musicale européenne.
Brahms passa de nombreux étés à Bad Ischl, dans le Salzkammergut autrichien. C'est dans ce cadre alpin qu'il composa plusieurs de ses dernières œuvres, notamment les Intermezzi pour piano et les pièces avec clarinette.
