Philosophe, linguiste et psychanalyste d'origine bulgare naturalisée française, née en 1941. Figure majeure de la pensée structuraliste et poststructuraliste, elle a développé les concepts d'intertextualité et de sémianalyse. Professeure à l'université Paris VII, elle a profondément renouvelé la théorie littéraire et la psychanalyse.
Julia Kristeva(1941 — ?)
Julia Kristeva
France, Bulgarie
9 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l'autre.»
« Une femme ne peut être que marginale par rapport à la société.»
Faits marquants
- Née le 24 juin 1941 à Sliven, en Bulgarie
- Arrive à Paris en 1965 et intègre le groupe intellectuel de la revue Tel Quel
- Introduit le concept d'intertextualité en 1967, repris de Mikhaïl Bakhtine
- Publie La Révolution du langage poétique en 1974, thèse monumentale sur Mallarmé et Lautréamont
- Reçoit le Prix Simone de Beauvoir en 2019 pour son engagement féministe
Œuvres & réalisations
Premier grand ouvrage théorique de Kristeva, il fonde la sémanalyse comme lecture des processus signifiants du texte littéraire. Il y introduit notamment le concept d'intertextualité, qui révolutionne la théorie littéraire mondiale.
Thèse d'État monumentale (700 pages) consacrée à Mallarmé et Lautréamont, elle théorise la distinction entre le « sémiotique » (pulsionnel, maternel) et le « symbolique » (ordre du langage et de la loi). Ouvrage de référence dans les études littéraires.
Kristeva y élabore le concept d'« abjection », ce qui provoque répulsion et fascination simultanées. Ce livre, lu dans le monde entier, a influencé aussi bien la critique littéraire que les arts visuels et les études de genre.
Essai psychanalytique et littéraire sur les discours amoureux à travers les siècles, de la Bible aux romans contemporains. Kristeva y montre comment l'amour structure l'identité du sujet.
À partir de cas cliniques et de lectures de Nerval, Dostoïevski et Marguerite Duras, Kristeva explore les liens entre création artistique et dépression. L'un de ses livres les plus accessibles et les plus traduits.
Réflexion philosophique et psychanalytique sur l'altérité, l'exil et la condition d'étranger. Publié dans un contexte de débat français sur l'immigration, il défend une conception de la nation ouverte à la différence.
Trilogie consacrée à trois femmes qui ont marqué le XXe siècle, mêlant biographie intellectuelle et psychanalyse. Kristeva y célèbre la capacité de création singulière comme résistance à la banalisation du monde.
Anecdotes
Lorsque Julia Kristeva débarque à Paris en décembre 1965, à tout juste 24 ans, elle maîtrise à peine le français. Grâce à une bourse de recherche du gouvernement français, elle intègre rapidement les séminaires de Roland Barthes à l'École Pratique des Hautes Études. En quelques mois, cette jeune Bulgare inconnue s'impose comme une voix intellectuelle majeure dans les cercles parisiens les plus exigeants.
C'est en lisant les travaux du linguiste russe Mikhaïl Bakhtine — alors quasiment inconnu en France — que Kristeva forge en 1966-1967 le concept d'« intertextualité ». Elle montre que tout texte est une mosaïque de citations d'autres textes. Ce terme, inventé dans un article publié dans la revue Tel Quel, est aujourd'hui enseigné dans tous les lycées français et traduit dans des dizaines de langues.
En 1974, Julia Kristeva fait partie d'une délégation du groupe Tel Quel qui se rend en Chine maoïste, accompagnée de son mari Philippe Sollers, Roland Barthes et Marcelin Pleynet. Ce voyage, au moment de la Révolution culturelle, donnera lieu à un livre collectif et témoigne de l'enthousiasme — et des illusions — d'une partie de l'intelligentsia française envers le maoïsme.
Parallèlement à sa carrière de théoricienne universitaire, Kristeva suit une formation à la psychanalyse lacanienne et devient elle-même analyste. Cette double vie — chercheuse le matin, analyste recevant des patients l'après-midi — nourrit des œuvres majeures comme Pouvoirs de l'horreur (1980) ou Soleil noir (1987), qui mêlent théorie littéraire et clinique psychanalytique.
En 2018, des documents déclassifiés des archives des services secrets bulgares (la Darzhavna Sigurnost) révèlent que Kristeva aurait collaboré avec les renseignements communistes bulgares pendant les années 1970. Elle nie catégoriquement ces accusations. Cette affaire, largement relayée dans la presse internationale, rouvre le débat sur les relations entre intellectuels français et régimes communistes à l'époque de la Guerre froide.
Sources primaires
Le mot poétique n'est pas un point fixe [...] mais un croisement de surfaces textuelles. Il est un dialogue de plusieurs écritures : de l'écrivain, du destinataire, du contexte culturel actuel ou antérieur.
Nous appelons chora cette totalité mouvante et provisoirement réglée, constituée de pulsions et de leurs stases, dans une motilité qui est aussi pleine d'emmouvement que de régulation.
L'abject est bordé de l'objet. Ce n'est pas un ob-jet en face de moi, que je nomme ou m'imagine. L'abjection est, en moi, une rébellion de la personne contre ce qui la menace et qui lui paraît venir d'un dehors ou d'un dedans exorbitant.
L'étranger est en nous. Et quand nous fuyons ou combattons l'étranger, nous combattons notre inconscient — cet « impropre » de notre « propre » impossible.
Le langage est une pratique signifiante : il ne se réduit pas à la communication d'un contenu préalable, mais est lui-même producteur de signification et de sujet.
Lieux clés
C'est dans le séminaire de Roland Barthes à l'EPHE, rue de Tournon, que la jeune Kristeva fait ses premières armes à Paris en 1966. Ce lieu est le berceau intellectuel de sa carrière française.
Kristeva y enseigne la linguistique et la sémiotique pendant l'essentiel de sa carrière, formant des générations d'étudiants aux approches poststructuralistes du texte et du langage.
Ce quartier, avec ses cafés (La Flore, Les Deux Magots), ses maisons d'édition et ses librairies, est le cœur de la vie intellectuelle parisienne où Kristeva circule quotidiennement et rencontre Sartre, Beauvoir, Barthes.
Ville natale de Kristeva, dans la Bulgarie communiste. C'est là qu'elle est scolarisée dans un lycée français catholique, ce qui lui vaut une formation bilingue et la bourse qui lui permettra de rejoindre Paris.
Kristeva est régulièrement invitée comme professeure visitante à Columbia, où elle contribue à diffuser la théorie française aux États-Unis et noue des liens avec la scène intellectuelle américaine.
Objets typiques

Kristeva arrive à Paris nourrie de linguistique structurale. Ses copies du Cours de linguistique générale de Saussure, couvertes de notes marginales, témoignent du socle sur lequel elle bâtit sa sémanalyse.

Cette revue littéraire et théorique fondée en 1960 est l'outil collectif par lequel Kristeva diffuse ses idées. Y publier dans les années 1960-1970, c'est s'adresser à l'avant-garde intellectuelle française et internationale.

Comme la plupart des intellectuels de sa génération, Kristeva rédige ses articles et ouvrages à la machine à écrire. Le cliquetis des touches rythme les longues soirées d'écriture dans son appartement parisien.
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Après sa formation lacanienne, Kristeva reçoit des analysants dans son cabinet. Le divan est l'espace clinique qui nourrit directement ses réflexions théoriques sur la mélancolie, la maternité et l'abjection.

C'est à travers ses lectures approfondies de Bakhtine, dont elle lit les textes originaux en russe, que Kristeva développe l'intertextualité. Elle est l'une des premières à faire connaître ce penseur en Occident.

Professeure à l'université Paris VII pendant des décennies, Kristeva prépare méticuleusement ses enseignements. Ses cahiers manuscrits mêlent linguistique, psychanalyse et théorie littéraire dans une écriture serrée.
Programmes scolaires
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Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Kristeva commence sa journée très tôt, vers six heures, dans son appartement parisien. Elle consacre les deux premières heures à l'écriture théorique, travaillant sur ses livres en cours avant que les distractions de la journée ne commencent. Elle lit le journal et parcourt les nouvelles publications philosophiques en prenant un café noir.
Après-midi
Les après-midis sont partagés entre l'enseignement à l'université Paris VII, où elle dirige des séminaires de linguistique et de sémiotique, et sa pratique de psychanalyste. Elle reçoit ses analysants dans son cabinet, une expérience clinique qui nourrit directement sa réflexion théorique sur le langage et le sujet.
Soir
Les soirées sont souvent consacrées aux dîners intellectuels dans les appartements bourgeois du quartier Latin ou de Saint-Germain, où se croisent écrivains, philosophes et critiques. Kristeva retrouve son mari Philippe Sollers, et leurs échanges intenses sur la littérature et la politique se prolongent tard dans la nuit autour de livres et de verres de vin.
Alimentation
Comme nombre d'intellectuels parisiens de sa génération, Kristeva mange simplement mais bien : baguette, fromage, plats cuisinés dans la tradition française. Elle garde un attachement discret aux saveurs bulgares — le yaourt épais, les légumes marinés — qui rappellent son enfance à Sliven.
Vêtements
Kristeva adopte le style sobre et élégant de l'intellectuelle parisienne : manteau sombre, tailleur ajusté, foulard en soie noué avec soin. Elle évite l'ostentation mais soigne son apparence, consciente que dans les milieux qu'elle fréquente, le physique et la présentation contribuent à l'autorité intellectuelle.
Habitat
Elle vit dans un appartement haussmannien du Ve arrondissement, dont les murs sont entièrement couverts de bibliothèques débordant de livres en français, anglais, russe et bulgare. Un bureau massif encombré de manuscrits, de dactylos et de revues constitue le cœur névralgique de cet espace de travail et de vie intimement mêlés.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Esthétique intellectuelle parisienne des années 1960-1980 : noir et blanc photographique, bureaux encombrés de livres annotés, lumière chaude de lampe de bureau, élégance sobre et vêtements sombres.
Ambiance sonore
Atmosphère sonore de l'intellectualité parisienne des années 1960-1980 : machine à écrire, séminaires animés, cafés de Saint-Germain et pluie sur les pavés parisiens.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Séméiôtiké : Recherches pour une sémanalyse
1969
La Révolution du langage poétique
1974
Pouvoirs de l'horreur : Essai sur l'abjection
1980
Histoires d'amour
1983
Soleil noir : Dépression et mélancolie
1987
Étrangères à nous-mêmes
1988
Le Génie féminin (trilogie : Hannah Arendt, Melanie Klein, Colette)
1999–2002






