Junon

(3) Junon

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LettresAvant J.-C.Antiquité romaine et grecque

Junon est la reine des dieux dans la mythologie romaine, épouse de Jupiter et déesse du mariage et de la maternité. Assimilée à l'Héra grecque, elle appartient à la triade capitoline et joue un rôle central dans l'épopée virgilienne de l'Énéide.

Faits marquants

  • Fille de Saturne et de Rhéa, sœur et épouse de Jupiter dans le panthéon romain
  • Membre de la triade capitoline avec Jupiter et Minerve, vénérée sur le Capitole à Rome
  • Assimilée à l'Héra grecque par le processus d'interpretatio graeca
  • Personnage central de l'Énéide de Virgile (Ier s. av. J.-C.) où elle s'oppose au héros Énée
  • Le mois de juin (Junius) lui est traditionnellement dédié dans le calendrier romain

Œuvres & réalisations

L'Énéide — Virgile (29-19 av. J.-C.)

Épopée fondatrice de la littérature latine dans laquelle Junon est la principale divinité antagoniste ; son opposition à Énée et son amour pour Carthage constituent le ressort dramatique de l'œuvre, inscrite au programme du lycée en latin.

Les Métamorphoses — Ovide (8 apr. J.-C.)

Recueil mythologique en quinze livres mettant en scène Junon dans de nombreux épisodes : la jalousie envers Io (Livre I), la punition de Callisto (Livre II), la destruction de Sémélé (Livre III), la persécution d'Hercule.

Les Fastes — Ovide (8 apr. J.-C.)

Poème du calendrier religieux romain décrivant les fêtes de Junon (Matronalia, fête de Junon Lucina), source précieuse sur les pratiques cultuelles réelles et le rôle de la déesse dans la vie quotidienne romaine.

L'Iliade — Homère (Héra) (VIIIe siècle av. J.-C.)

Épopée grecque fondatrice dans laquelle Héra, contrepartie grecque de Junon, joue un rôle actif aux côtés des Grecs contre Troie ; elle trompe Zeus pour inverser le cours de la bataille, révélant ruse et détermination.

Amphitryon — Plaute (IIe siècle av. J.-C.)

Comédie romaine jouant sur la naissance miraculeuse d'Hercule, fils de Jupiter et d'Alcmène ; la jalousie de Junon en arrière-plan nourrit l'intrigue et illustre la popularité du thème de la rivalité conjugale divine sur scène.

Statue chryséléphantine d'Héra — Polyclète (perdue) (v. 420 av. J.-C.)

Chef-d'œuvre disparu du sculpteur Polyclète pour l'Héraion d'Argos, décrit par les auteurs anciens comme une Héra trônante, couronnée et tenant grenade et sceptre ; elle établit le canon iconographique de la déesse pour toute l'Antiquité.

Anecdotes

Dans l'Énéide de Virgile, Junon est la principale ennemie d'Énée, le héros troyen ancêtre des Romains. Par amour pour Carthage et par rancœur envers Troie, elle déchaîne tempêtes et obstacles pour empêcher sa mission divine. Cette opposition spectaculaire structure toute l'épopée et place Junon au cœur de la littérature latine au programme du lycée.

Les oies sacrées de Junon sauvèrent Rome d'une catastrophe en 390 avant J.-C. Lors de l'attaque nocturne des Gaulois sur le Capitole, les gardiens dormaient, mais les oies consacrées à Junon Moneta donnèrent l'alerte par leurs cris stridents, réveillant Marcus Manlius. En souvenir de cet épisode, un culte particulier fut rendu aux oies sur la colline capitoline.

Junon Lucina était invoquée par les femmes romaines lors de leurs accouchements. Son surnom 'Lucina' vient du latin lux (lumière), car elle était censée 'amener à la lumière' les nouveau-nés. Des matrones romaines lui offraient des fleurs et des sacrifices lors des Matronalia, fête célébrée chaque 1er mars.

La rivalité de Junon envers Hercule est l'une des plus célèbres de la mythologie. Jalouse car Hercule était le fils illégitime de Jupiter avec la mortelle Alcmène, Junon tenta de le tuer dès sa naissance en envoyant deux serpents dans son berceau. Par la suite, c'est elle qui provoqua la folie du héros, le poussant involontairement à tuer sa propre famille — origine des douze travaux.

Le mois de juin tire son nom de Junon (Junius en latin). Il était considéré comme le mois le plus propice aux mariages à Rome, car Junon, déesse des épousailles, accordait sa protection aux jeunes époux. Cette tradition a traversé les siècles : se marier en juin passe encore aujourd'hui pour porter bonheur.

Sources primaires

L'Énéide — Virgile, Livre I (29-19 av. J.-C.)
Urbs antiqua fuit... Karthago... quam Iuno fertur terris magis omnibus unam / posthabita coluisse Samo. 'Il existait une vieille ville... Carthage... que Junon, dit-on, chérissait entre toutes les terres, plus encore que Samos.'
Les Métamorphoses — Ovide, Livre I (épisode d'Io) (8 apr. J.-C.)
Iuno... sensit et in niveam descendit Iuno iuvencam / Inopinataque illi formam laudavit et unde / esset et cuius et qua de gente rogavit. 'Junon... sentit la ruse et descendit, félicitant la génisse à la blancheur de neige, demandant qui elle était, d'où elle venait.'
Les Fastes — Ovide, Livre III (8 apr. J.-C.)
Matronae... templa Lucinae petunt : Lucina dea parta levat, / quae gravis es, supplex illi tua vota resolve. 'Les matrones... se rendent au temple de Lucine : Lucine la déesse allège les accouchements ; toi qui portes un fardeau, adresse-lui dévotement tes vœux.'
De Natura Deorum — Cicéron, Livre II (45 av. J.-C.)
Iuno autem et soror est Iovis et coniunx. Iunonem a iuvando credo nominatam. 'Junon est à la fois la sœur et l'épouse de Jupiter. Je crois que Junon tient son nom du verbe iuvare, secourir.'
Histoire romaine — Tite-Live, Livre V, 47 (Ier siècle av. J.-C.)
Anseres in summa inopia cibi neglecti, quos Iunoni sacros esse constat, servavere rem publicam. 'Les oies, négligées en pleine disette, qui sont, comme on le sait, consacrées à Junon, sauvèrent la République.'

Lieux clés

Le Capitole — Rome

Siège du temple de la Triade capitoline où Junon était vénérée aux côtés de Jupiter et Minerve, cœur religieux de Rome. C'est là que se trouvaient aussi les oies sacrées de Junon Moneta, dont le sanctuaire abritera plus tard l'atelier monétaire.

Temple d'Héra — Agrigente (Sicile)

L'un des temples antiques les mieux conservés au monde, érigé vers 480-460 av. J.-C. dans la Vallée des Temples ; il témoigne du rayonnement du culte d'Héra-Junon en Grande Grèce et reste un symbole de l'architecture dorique classique.

Île de Samos — Grèce

Lieu de naissance d'Héra selon la tradition grecque et siège de l'Héraion de Samos, l'un des plus anciens et puissants sanctuaires de la déesse. Virgile rappelle explicitement que Junon chérissait Samos plus que toute autre terre.

Carthage — Tunisie actuelle

Ville chérie de Junon dans l'Énéide de Virgile, où la déesse possédait son temple principal et aspirait à en faire la capitale du monde. L'opposition entre Carthage et Rome constitue le ressort dramatique central de l'épopée virgilienne.

Cap Lacinium — Crotone (Calabre)

Site du temple de Junon Lacinia, l'un des sanctuaires les plus vénérés du monde grec d'Occident, où Hannibal fit graver ses propres exploits sur des tablettes de bronze. Une seule colonne subsiste aujourd'hui (cap Colonna).

Voir aussi