Katalin Karikó(1955 — ?)
Katalin Karikó
Hongrie, États-Unis
8 min de lecture
Biochimiste hongroise pionnière de la technologie ARN messager. Ses recherches, longtemps ignorées, ont rendu possible les vaccins à ARNm contre la COVID-19. Elle reçoit le prix Nobel de physiologie ou médecine en 2023.
Questions fréquentes
Faits marquants
- Née en 1955 en Hongrie, elle émigre aux États-Unis en 1985 pour poursuivre ses recherches
- Pendant des décennies, ses travaux sur l'ARN messager sont ignorés et sous-financés
- En 2005, elle publie avec Drew Weissman une découverte clé permettant d'utiliser l'ARNm sans déclencher de réaction immunitaire excessive
- Ses travaux permettent le développement des vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna contre la COVID-19 en 2020
- Elle reçoit le prix Nobel de physiologie ou médecine en 2023 avec Drew Weissman
Œuvres & réalisations
Publication co-signée avec Drew Weissman démontrant que des nucléosides chimiquement modifiés permettent à l'ARNm de ne plus être reconnu comme étranger par le système immunitaire. Considérée comme la percée scientifique qui rend possibles les vaccins à ARNm.
Premier brevet déposé par Karikó et Weissman protégeant la technologie de modification de l'ARNm. Il sera licencié à Moderna et BioNTech, devenant la pierre angulaire de tout un secteur industriel.
Deuxième publication majeure précisant que la pseudouridine (une base modifiée) augmente à la fois la stabilité et l'efficacité de traduction de l'ARNm, tout en réduisant son immunogénicité.
Premier vaccin à ARNm autorisé en urgence dans le monde, développé en moins d'un an chez BioNTech avec la contribution directe de Karikó. Il repose entièrement sur la technologie des nucléosides modifiés qu'elle a mise au point.
Récit de vie dans lequel Karikó raconte son parcours de la Hongrie communiste aux laboratoires américains, les refus répétés, la rétrogradation et la persévérance qui l'ont finalement conduite au Nobel.
Anecdotes
En 1985, Katalin Karikó et son mari décident de quitter la Hongrie pour les États-Unis afin de poursuivre ses recherches. Ne pouvant sortir librement leur argent du pays, ils convertissent le produit de la vente de leur voiture (environ 900 livres sterling) en dollars qu'ils dissimulent dans la peluche de leur petite fille Susan. Cette enfant deviendra plus tard deux fois championne olympique d'aviron.
En 1995, son directeur à l'Université de Pennsylvanie perd confiance dans ses travaux sur l'ARN messager et la rétrograde, lui retirant son poste de professeur et son financement. Au lieu d'abandonner, Karikó continue ses recherches à un salaire réduit, persuadée que l'ARNm thérapeutique est possible. Cette ténacité finira par changer l'histoire de la médecine.
C'est devant une photocopieuse que Katalin Karikó rencontre l'immunologiste Drew Weissman vers 1997. En discutant de leurs travaux respectifs, ils réalisent qu'ils peuvent unir leurs compétences. De cette rencontre fortuite naît la collaboration scientifique qui aboutira à la découverte des nucléosides modifiés et, vingt ans plus tard, au prix Nobel.
Leur article de 2005 dans la revue Immunity, décrivant comment modifier l'ARN messager pour qu'il ne déclenche plus de réaction inflammatoire dans les cellules humaines, fut d'abord rejeté par les grandes revues Nature et Science. Ignoré pendant des années par la communauté scientifique, ce travail est aujourd'hui reconnu comme l'une des découvertes biologiques les plus importantes du XXIe siècle.
Lorsque la pandémie de COVID-19 éclate en 2020, Karikó travaille depuis 2013 chez BioNTech à Mayence. En moins d'un an, la technologie qu'elle a développée pendant trois décennies d'obscurité permet la mise au point du vaccin Pfizer-BioNTech BNT162b2, administré à des centaines de millions de personnes dans le monde entier.
Sources primaires
We show that RNA synthesized in vitro is immunostimulatory and that this property can be reduced by the incorporation of modified nucleosides. These findings suggest a general mechanism by which modified nucleosides reduce the immunogenicity of RNA.
mRNA containing pseudouridine was translated more efficiently than unmodified mRNA in primary cells and in vivo, and was significantly less immunogenic, demonstrating its potential as a therapeutic vector.
Throughout my career I experienced many setbacks, grant rejections, and a demotion. Despite these obstacles, I never lost faith in the potential of mRNA. The discovery of modified nucleosides opened the door to safe and effective mRNA therapeutics.
Science is not a straight road. It is full of detours, failures and moments of doubt. What keeps you going is the conviction that the question you are asking matters, even when no one else believes it yet.
Lieux clés
Petite ville de la Grande Plaine hongroise où Katalin Karikó naît en 1955 et grandit. Son enfance dans ce milieu modeste forge son goût du travail et sa détermination.
Ville universitaire du sud de la Hongrie où Karikó obtient son doctorat en biochimie en 1978 et débute ses premières recherches sur l'ARN au Centre de recherche biologique.
Institution où Karikó passe l'essentiel de sa carrière américaine (1989–2013), malgré la rétrogradation de 1995. C'est ici qu'elle rencontre Drew Weissman et publie la découverte fondatrice de 2005.
Entreprise de biotechnologie cofondée par Uğur Şahin et Özlem Türeci que Karikó rejoint en 2013. C'est dans ses laboratoires que le vaccin BNT162b2 contre la COVID-19 est conçu et développé.
Le 10 décembre 2023, Katalin Karikó reçoit le prix Nobel de physiologie ou médecine à Stockholm, consécration internationale de trente années de recherches ignorées puis incomprises.






