La Voisin
Catherine Deshayes
1640 — 1680
royaume de France
Empoisonneuse, devineresse et faiseuse d'anges parisienne du XVIIe siècle, Catherine Deshayes fut la figure centrale de l'Affaire des Poisons (1679-1682). Fournissant poisons, philtres et messes noires à une clientèle aristocratique, elle fut brûlée vive en place de Grève en 1680.
Faits marquants
- Née vers 1640, Catherine Deshayes exerce comme sage-femme et devineresse à Paris dès les années 1660.
- Elle fournit poisons et philtres d'amour à une clientèle aristocratique, dont plusieurs proches de la cour de Louis XIV.
- En 1679, l'Affaire des Poisons éclate ; une Chambre ardente est créée par Louis XIV pour juger les suspects.
- Arrêtée en mars 1679, elle dénonce sous la torture de nombreux noms de la noblesse, y compris Mme de Montespan.
- Condamnée à mort, elle est brûlée vive en place de Grève à Paris le 22 février 1680.
Œuvres & réalisations
La Voisin développa pendant près de vingt ans un réseau clandestin d'approvisionnement en poisons à base d'arsenic et de plantes toxiques. Ce réseau alimentait une clientèle allant des bourgeoises jalouses aux grandes aristocrates désireuses d'éliminer un mari ou un rival.
Son activité officielle de liseuse d'avenir et de cartomancienne lui servait de façade légale pour attirer et fidéliser une clientèle aisée. Cette double activité lui permit de prospérer pendant des années avant que l'enquête de La Reynie ne démantèle son réseau.
La Voisin orchestrait dans son jardin et dans des lieux secrets des cérémonies sacrilèges en collaboration avec des prêtres défroqués, dont l'abbé Guibourg. Ces messes noires constituaient le volet le plus spectaculaire et le plus compromettant de ses activités, impliquant directement des noms illustres de la cour.
Sous l'appellation de 'faiseur d'anges', La Voisin pratiquait des interruptions de grossesse clandestines pour les femmes de toutes conditions sociales. Cette activité, criminellement réprimée sous l'Ancien Régime, révèle la réalité sociale d'un monde où les femmes n'avaient aucun recours légal.
Anecdotes
La Voisin recevait ses clientes dans une maison cossue de la rue Beauregard, à Paris, ornée d'une robe de cérémonie brodée d'aigles dorés qu'elle portait lors des messes noires. Cette mise en scène théâtrale impressionnait une clientèle allant des bourgeoises aux grandes dames de la cour de Versailles.
Parmi ses clientes les plus illustres figurait la marquise de Montespan, favorite de Louis XIV. Selon les aveux recueillis lors de l'instruction, elle aurait commandé des philtres d'amour destinés à maintenir l'attachement du roi, voire des messes noires célébrées sur son propre corps nu en guise d'autel.
Arrêtée en mars 1679 à la sortie de la messe dominicale, Catherine Deshayes fut conduite à la Bastille puis au château de Vincennes. Elle refusa longtemps d'impliquer ses complices malgré des séances de torture par la question ordinaire et extraordinaire, témoignant d'un sang-froid qui stupéfia ses interrogateurs.
Le 22 février 1680, La Voisin fut brûlée vive en place de Grève devant une foule immense. Les témoins rapportèrent qu'elle injuria les spectateurs, repoussa le crucifix qu'on lui présentait et se débattit jusqu'au bout, refusant toute contrition publique — une attitude scandaleuse qui alimenta les chroniques pendant des décennies.
La Voisin pratiquait aussi les avortements clandestins, activité que ses contemporains désignaient sous le terme de 'faiseur d'anges'. Elle affirmait elle-même, selon le greffier de la Chambre ardente, avoir 'détruit' plus de deux mille enfants au cours de sa carrière, chiffre probablement exagéré mais révélateur de l'ampleur de son réseau.
Sources primaires
La dite Deshayes a confessé avoir fourni des poudres et des poisons à diverses personnes de qualité, et avoir fait célébrer des messes à des fins sacrilèges, le tout moyennant argent.
Cette femme est d'un caractère extraordinaire par sa hardiesse et son obstination. Elle nomme peu de complices et semble ne craindre ni la mort ni les supplices.
Le vingt-deuxième jour de février 1680, Catherine Deshayes, dite La Voisin, convaincue de crimes de magie, empoisonnement et sacrilège, a été brûlée vive en la place de Grève, ayant refusé jusqu'au bout les secours de la religion.
On dit que La Voisin a bu effrontément le jour qui précéda son supplice ; elle a chanté des chansons. On lui a donné ce matin le retentum, c'est-à-dire qu'on l'a étranglée avant de la jeter dans le feu.
La liste des personnes impliquées dans les pratiques de la Voisin comprend des noms des plus illustres familles du royaume, ce qui a rendu l'instruction fort délicate et contraint le roi à ordonner le secret sur plusieurs dépositions.
Galerie
Catherine Deshayes (Monvoisin, dite «La Voisin») 1680
Wikimedia Commons, Public domain — Antoine Coypel
Portrait de Catherine Deshayes, veuve Montvoisin, dite La Voisin
Wikimedia Commons, Public domain — Antoine Coypel
Mise à la question de la Voisin. G.38605
Wikimedia Commons, CC0 — Berveiller, Edouard (Faulquemont), graveur
Interrogatoire de la Voisin (1680), G.38606
Wikimedia Commons, CC0 — Dochy, Henri Auguste (Lille, en 1851), graveur
Interrogatoire de la Voisin (1680), G.38606(2)
Wikimedia Commons, CC0 — Dochy, Henri Auguste (Lille, en 1851), graveur
History of the Bastile, and of its principal captives
Wikimedia Commons, Public domain — Davenport, R. A. (Richard Alfred), 1777?-1852
Prince Eugene and his times. An historical novel
Wikimedia Commons, Public domain — Mühlbach, L. (Luise), 1814-1873 Chaudron, A. de V. (Adelaide de Vendel), tr
Prince Eugene and his times : an historical novel
Wikimedia Commons, Public domain — Mühlbach, L. (Luise), 1814-1873
