Lady Montagu

Mary Wortley Montagu

royaume de Grande-Bretagne, royaume d'Angleterre

8 min de lecture

LettresSciencesTemps modernesXVIIIe siècle, époque des Lumières et des grandes découvertes médicales

Aristocrate et femme de lettres anglaise du XVIIIe siècle, Mary Wortley Montagu accompagna son mari ambassadeur à Constantinople. Elle y découvrit la variolisation et l'introduisit en Europe occidentale, sauvant ainsi d'innombrables vies avant la découverte du vaccin par Jenner.

Questions fréquentes

Mary Wortley Montagu était une aristocrate et femme de lettres anglaise du XVIIIe siècle. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a joué un rôle décisif dans l'introduction de la variolisation en Europe occidentale, une technique qui consistait à inoculer la variole sous une forme bénigne pour immuniser contre la maladie. Elle découvrit cette pratique lors de son séjour à Constantinople entre 1716 et 1718, où son mari était ambassadeur. Contrairement aux préjugés de son époque, elle sut observer et adopter une méthode médicale venue d'Orient, sauvant ainsi d'innombrables vies avant l'invention du vaccin par Edward Jenner en 1796.

Citations célèbres

« Je suis patriote assez pour prendre peine d'apporter cette utile invention à la mode en Angleterre.»
« Les femmes turques sont peut-être les seules femmes libres dans l'univers.»

Faits marquants

  • 1689 : naissance à Londres dans une famille aristocratique
  • 1716-1718 : séjour à Constantinople en tant qu'épouse de l'ambassadeur britannique
  • 1718 : fait inoculer son fils Edward contre la variole selon la pratique ottomane
  • 1721 : fait inoculer sa fille en Angleterre, contribuant à diffuser la variolisation en Europe
  • 1762 : mort à Londres, laissant une œuvre épistolaire majeure sur l'Orient

Œuvres & réalisations

Embassy Letters (Lettres de l'Orient) (rédigées 1716-1718, publiées 1763)

Recueil de lettres décrivant son séjour diplomatique en Empire ottoman, incluant la première description occidentale détaillée de la variolisation. Œuvre littéraire majeure, considérée comme un précurseur de la littérature de voyage et des études orientalistes critiques.

Lettre à Sarah Chiswell sur la variolisation (1er avril 1717)

Document médical et épistolaire fondateur, dans lequel Mary décrit avec précision la technique d'inoculation ottomane. Cette lettre circule parmi les médecins européens et contribue directement à la diffusion de la pratique en Occident.

Town Eclogues (avec Alexander Pope et John Gay) (1716)

Recueil de poèmes satiriques écrits en collaboration avec Pope et Gay, parodiant la vie mondaine londonienne. Témoigne du talent littéraire de Mary et de sa participation aux cercles littéraires de son époque.

Correspondance avec sa fille, la comtesse de Bute (1740-1761)

Vaste correspondance de plus de vingt ans, riche en réflexions sur l'éducation des femmes, la vieillesse, la société et la philosophie. Constitue une source précieuse sur la vie intellectuelle et intime de Mary à l'étranger.

The Nonsense of Common-Sense (journal) (1737-1738)

Journal satirique que Mary rédigea anonymement pour défendre le gouvernement Walpole contre ses détracteurs. Témoigne de son engagement politique et de sa capacité à manier l'ironie et l'argumentation publique.

Anecdotes

En 1715, Mary Wortley Montagu contracta la variole, maladie qui défigurait et tuait des milliers d'Européens chaque année. Elle survécut, mais perdit son teint réputé magnifique et ses cils. Cette épreuve personnelle la rendit particulièrement attentive, deux ans plus tard à Constantinople, lorsqu'elle découvrit que les femmes ottomanes pratiquaient une méthode pour s'en protéger.

À Istanbul en 1717, Mary observa la pratique de la variolisation : des « vieilles femmes » prélevaient du pus de patients atteints d'une forme bénigne de variole et l'inoculaient à des enfants en bonne santé par une petite incision. Fascinée, elle fit inoculer son propre fils de cinq ans par le chirurgien de l'ambassade, Charles Maitland — une décision audacieuse et sans précédent pour un Européen.

De retour en Angleterre en 1721, lors d'une épidémie de variole à Londres, Mary convainquit le chirurgien Maitland d'inoculer sa fille de quatre ans devant des médecins du Collège royal de chirurgie. La petite fille survécut parfaitement, et cette démonstration publique contribua à légitimer la pratique en Europe occidentale. La princesse de Galles, Caroline d'Ansbach, fit ensuite inoculer ses propres enfants.

Mary Wortley Montagu est également célèbre pour ses Lettres de l'Orient, rédigées lors de son séjour diplomatique entre 1716 et 1718. Elle y décrit avec une précision et une empathie rares la société ottomane, les bains turcs, le statut des femmes — contredisant les clichés orientalistes de son époque. Ces lettres furent publiées à titre posthume en 1763 et restent un document historique exceptionnel.

Femme d'une liberté d'esprit remarquable pour son époque, Mary entretint une longue correspondance avec l'écrivaine française Madame de Tencin et voyagea seule en Europe après sa séparation de fait d'avec son mari. Elle vécut plusieurs années en Italie et en France, fréquentant les milieux intellectuels des Lumières, et ne rentra en Angleterre qu'à la mort de son mari en 1761.

Sources primaires

Lettre à Sarah Chiswell depuis Andrinople (1er avril 1717)
La petite opération, que je vais vous décrire, est ici si universelle que personne ne tremble à la voir pratiquer... On fait une petite ouverture dans la veine et on y introduit autant de virus que peut en contenir la tête d'une épingle.
Lettre à la comtesse de Mar depuis Constantinople (1er avril 1717)
Je suis assez patriote pour prendre la peine de faire entrer cet utile projet dans la pratique en Angleterre, et je n'y manquerai pas à mon retour.
Embassy Letters (Lettres de l'Orient), édition posthume (1763)
Je me suis informée avec soin de cette pratique depuis que je suis ici, et je suis bien convaincue qu'elle est parfaitement sûre telle qu'on l'exerce.
Lettre à la comtesse de Bute (sa fille) sur la vieillesse et la raison (28 janvier 1753)
Les seules consolations solides de la vieillesse sont un esprit exercé dans toutes ses puissances et une conscience qui n'a rien à se reprocher.

Lieux clés

Constantinople (Istanbul), Empire ottoman

Résidence diplomatique de Mary de 1716 à 1718, c'est là qu'elle découvrit la variolisation et fit inoculer son fils. Ses descriptions de la ville, des bains turcs et des harems constituent un témoignage occidental unique sur la société ottomane du début du XVIIIe siècle.

Londres, Angleterre

Ville natale et lieu de retour de Mary, où elle organisa en 1721 la première démonstration publique de variolisation en Europe devant le Collège royal de chirurgie.

Andrinople (Edirne), Thrace ottomane

Étape du voyage diplomatique où Mary rédigea l'une de ses lettres les plus détaillées sur la variolisation, adressée à son amie Sarah Chiswell. Cette lettre est le premier témoignage écrit occidental sur la pratique.

Brescia, Italie du Nord

L'une des villes où Mary vécut lors de son exil volontaire en Europe continentale après 1736. Elle y fréquenta des cercles intellectuels italiens et continua sa correspondance littéraire.

Hanover Square, Londres

Quartier résidentiel aristocratique où vivait la famille Wortley Montagu à Londres. Ce type de demeures georgiennes symbolise le milieu social élevé dans lequel Mary évoluait.

Voir aussi