Biographie

Lester Young (1909-1959) est un saxophoniste ténor américain considéré comme l'un des pères du cool jazz. Son style lyrique et aérien a influencé des générations de musiciens, notamment Charlie Parker.

Lester Young(1909 — 1959)

Lester Young

États-Unis

8 min de lecture

MusiqueCompositeur/triceXXe siècleÂge d'or du jazz américain, entre swing et bebop

Questions fréquentes

Lester Young était un saxophoniste ténor américain (1909-1959) dont le style lyrique et aérien a révolutionné le jazz. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il est considéré comme l'un des pères du cool jazz, un courant qui privilégie la douceur et la retenue par opposition au jeu puissant des pionniers comme Coleman Hawkins. Son influence est telle qu'il a inspiré des générations de musiciens, notamment Charlie Parker, et a marqué la transition entre l'ère du swing et l'émergence du bebop. Moins un virtuose démonstratif qu'un poète de l'improvisation, il a ouvert la voie à une expression plus intime et personnelle du saxophone.

Citations célèbres

« I'm not going to play nothing that ain't pretty.»

Faits marquants

  • Né le 27 août 1909 à Woodville, Mississippi
  • Collabore avec Count Basie de 1936 à 1940, période fondatrice
  • Développe un style ténor révolutionnaire, plus léger que Coleman Hawkins
  • Surnommé 'Pres' (Président) par Billie Holiday, sa complice musicale
  • Décède le 15 mars 1959 à New York

Œuvres & réalisations

Lady Be Good (1936)

Premier enregistrement majeur de Lester Young avec Count Basie, révélant son style lyrique et novateur dès ses débuts. Ce standard de George Gershwin lui sert de carte de visite et marque le début de sa notoriété nationale.

Lester Leaps In (1939)

Composition enregistrée avec le Kansas City Six qui devient son thème signature. Le titre, jeu de mots sur son prénom, illustre son style bondissant et aérien qui renouvelle le vocabulaire du saxophone ténor.

Enregistrements avec Billie Holiday (1937-1941)

Série de séances d'enregistrement légendaires pour le label Vocalion et Columbia, représentant le summum de leur complicité artistique. Ces disques sont aujourd'hui considérés parmi les plus belles pages de l'histoire du jazz.

DB Blues (1945)

Blues enregistré juste après sa libération du bataillon disciplinaire militaire, dont le titre reprend l'abréviation 'Detention Barracks'. Œuvre personnelle et douloureuse, témoignage musical direct de son traumatisme.

Enregistrements pour Clef et Verve Records (1946-1959)

Vaste corpus d'enregistrements produits par Norman Granz pour ses labels Clef puis Verve, couvrant les deux dernières décennies de sa vie. Ces disques documentent l'évolution vers un style plus introspectif et mélancolique.

Fine and Mellow (The Sound of Jazz, CBS) (1957)

Solo filmé aux côtés de Billie Holiday lors de l'émission télévisée 'The Sound of Jazz'. Joué avec une économie extrême de notes et une intensité émotionnelle rare, ce solo est considéré comme l'un des plus bouleversants de l'histoire du jazz.

Anecdotes

Billie Holiday et Lester Young s'inventèrent des surnoms qui restèrent dans l'histoire du jazz : elle l'appela « Pres » (abréviation de « President »), car elle le considérait comme le président du saxophone. En retour, il lui donna le surnom de « Lady Day ». Cette amitié profonde et tendre dura toute leur vie et nourrit certains des enregistrements les plus émouvants du jazz américain.

Lester Young tenait son saxophone ténor d'une manière tout à fait inhabituelle : il l'inclinait horizontalement vers la droite, presque à l'horizontale, contrairement à la tenue verticale classique. Cette posture unique, moquée par certains de ses pairs, devint l'une de ses signatures visuelles les plus reconnaissables sur scène.

En 1944, Lester Young fut enrôlé de force dans l'armée américaine. Arrêté pour possession de marijuana et de barbituriques, il fut traduit en cour martiale et emprisonné pendant quinze mois dans un bataillon disciplinaire. Cette expérience traumatisante brisa quelque chose en lui ; sa santé physique et mentale ne s'en remit jamais complètement.

Lester Young était l'inventeur d'un argot jazz original qui finit par s'imposer dans la culture populaire américaine. Il créa des expressions comme « bread » pour l'argent, « eyes » pour exprimer le désir, ou « Von Hangman » pour l'ennui. Ses innovations linguistiques influencèrent durablement le parler des musiciens de jazz.

Le 8 décembre 1957, Lester Young et Billie Holiday se retrouvèrent une dernière fois devant les caméras de la CBS pour l'émission « The Sound of Jazz ». Les deux artistes, tous deux éprouvés par des vies difficiles, jouèrent ensemble avec une complicité bouleversante. Moins de deux ans plus tard, ils mouraient tous les deux en 1959, à quelques mois d'intervalle.

Sources primaires

Interview de Lester Young par François Postif (Janvier 1959, publiée dans Jazz Hot)
« Je suis né dans le Mississippi, mais j'ai grandi à Kansas City... Je jouais de tout, de la batterie, du violon, du cor, avant de choisir le saxophone. » Lester Young évoque ses origines, sa formation musicale et sa vision du jazz dans une conversation sincère et décontractée.
Enregistrement 'Lady Be Good' avec Count Basie, Vocalion Records (9 novembre 1936)
Premier enregistrement officiel de Lester Young, capté lors de la session du 9 novembre 1936 à Chicago avec l'orchestre de Count Basie. Ce disque révèle déjà son phrasé aérien et son son chaleureux, radicalement différent du style dominant de Coleman Hawkins.
Émission télévisée 'The Sound of Jazz', CBS (8 décembre 1957)
Document audiovisuel exceptionnel captant la dernière rencontre publique de Lester Young et Billie Holiday. Young joue 'Fine and Mellow' avec une économie de notes bouleversante, illustrant sa maîtrise du lyrisme et de l'espace musical.
Enregistrement 'DB Blues', Aladdin Records (1945)
Composition enregistrée juste après sa libération du bataillon disciplinaire militaire (« DB » pour Detention Barracks). Ce blues lent et mélancolique est lu comme un témoignage direct de son traumatisme carcéral.

Lieux clés

Woodville, Mississippi

Ville natale de Lester Young, dans le Sud profond américain marqué par la ségrégation raciale. Naître dans cet environnement hostile aux Noirs américains forgea sa sensibilité et son rapport douloureux au monde.

Kansas City, Missouri

Ville où Lester Young développa pleinement son style dans les années 1930, aux côtés de Count Basie. Kansas City était alors la capitale du jazz territorial américain, avec une scène de jam sessions nocturnes réputée dans tout le pays.

52nd Street, New York

Surnommée 'The Street' par les musiciens, cette artère de Manhattan abritait dans les années 1940 les clubs de jazz les plus importants des États-Unis : Three Deuces, Onyx Club, Famous Door. Lester Young y joua régulièrement au sommet de sa gloire.

Paris, France

Lester Young effectua plusieurs séjours à Paris, ville où les musiciens noirs américains étaient accueillis sans discrimination raciale. Il y fut célébré comme une légende vivante et y trouva une liberté et une dignité que la ségrégation américaine lui refusait.

Voir aussi