Lester Young(1909 — 1959)
Lester Young
États-Unis
9 min de lecture
Saxophoniste ténor et clarinettiste américain, Lester Young est une figure majeure du jazz. Son style lyrique et aérien, en rupture avec le jeu puissant de ses contemporains, a influencé toute une génération de musiciens. Surnommé « Prez » par Billie Holiday, il incarne l'élégance du jazz des années 1930-1950.
Faits marquants
- Né le 27 août 1909 à Woodville, Mississippi, dans le Sud ségrégationniste des États-Unis
- Intègre l'orchestre de Count Basie en 1934, avec lequel il enregistre ses premières œuvres majeures
- Reçoit le surnom de « Prez » (Président) de son amie Billie Holiday dans les années 1930
- Mobilisé en 1944, il est court-martialisé pour usage de drogues et emprisonné — expérience qui le marquera profondément
- Meurt le 15 mars 1959 à New York, laissant une œuvre fondatrice pour le cool jazz et le be-bop
Œuvres & réalisations
Premier enregistrement majeur de Lester Young avec Count Basie, révélant son style lyrique et novateur dès ses débuts. Ce standard de George Gershwin lui sert de carte de visite et marque le début de sa notoriété nationale.
Composition enregistrée avec le Kansas City Six qui devient son thème signature. Le titre, jeu de mots sur son prénom, illustre son style bondissant et aérien qui renouvelle le vocabulaire du saxophone ténor.
Série de séances d'enregistrement légendaires pour le label Vocalion et Columbia, représentant le summum de leur complicité artistique. Ces disques sont aujourd'hui considérés parmi les plus belles pages de l'histoire du jazz.
Blues enregistré juste après sa libération du bataillon disciplinaire militaire, dont le titre reprend l'abréviation 'Detention Barracks'. Œuvre personnelle et douloureuse, témoignage musical direct de son traumatisme.
Vaste corpus d'enregistrements produits par Norman Granz pour ses labels Clef puis Verve, couvrant les deux dernières décennies de sa vie. Ces disques documentent l'évolution vers un style plus introspectif et mélancolique.
Solo filmé aux côtés de Billie Holiday lors de l'émission télévisée 'The Sound of Jazz'. Joué avec une économie extrême de notes et une intensité émotionnelle rare, ce solo est considéré comme l'un des plus bouleversants de l'histoire du jazz.
Anecdotes
Billie Holiday et Lester Young s'inventèrent des surnoms qui restèrent dans l'histoire du jazz : elle l'appela « Pres » (abréviation de « President »), car elle le considérait comme le président du saxophone. En retour, il lui donna le surnom de « Lady Day ». Cette amitié profonde et tendre dura toute leur vie et nourrit certains des enregistrements les plus émouvants du jazz américain.
Lester Young tenait son saxophone ténor d'une manière tout à fait inhabituelle : il l'inclinait horizontalement vers la droite, presque à l'horizontale, contrairement à la tenue verticale classique. Cette posture unique, moquée par certains de ses pairs, devint l'une de ses signatures visuelles les plus reconnaissables sur scène.
En 1944, Lester Young fut enrôlé de force dans l'armée américaine. Arrêté pour possession de marijuana et de barbituriques, il fut traduit en cour martiale et emprisonné pendant quinze mois dans un bataillon disciplinaire. Cette expérience traumatisante brisa quelque chose en lui ; sa santé physique et mentale ne s'en remit jamais complètement.
Lester Young était l'inventeur d'un argot jazz original qui finit par s'imposer dans la culture populaire américaine. Il créa des expressions comme « bread » pour l'argent, « eyes » pour exprimer le désir, ou « Von Hangman » pour l'ennui. Ses innovations linguistiques influencèrent durablement le parler des musiciens de jazz.
Le 8 décembre 1957, Lester Young et Billie Holiday se retrouvèrent une dernière fois devant les caméras de la CBS pour l'émission « The Sound of Jazz ». Les deux artistes, tous deux éprouvés par des vies difficiles, jouèrent ensemble avec une complicité bouleversante. Moins de deux ans plus tard, ils mouraient tous les deux en 1959, à quelques mois d'intervalle.
Sources primaires
« Je suis né dans le Mississippi, mais j'ai grandi à Kansas City... Je jouais de tout, de la batterie, du violon, du cor, avant de choisir le saxophone. » Lester Young évoque ses origines, sa formation musicale et sa vision du jazz dans une conversation sincère et décontractée.
Premier enregistrement officiel de Lester Young, capté lors de la session du 9 novembre 1936 à Chicago avec l'orchestre de Count Basie. Ce disque révèle déjà son phrasé aérien et son son chaleureux, radicalement différent du style dominant de Coleman Hawkins.
Document audiovisuel exceptionnel captant la dernière rencontre publique de Lester Young et Billie Holiday. Young joue 'Fine and Mellow' avec une économie de notes bouleversante, illustrant sa maîtrise du lyrisme et de l'espace musical.
Composition enregistrée juste après sa libération du bataillon disciplinaire militaire (« DB » pour Detention Barracks). Ce blues lent et mélancolique est lu comme un témoignage direct de son traumatisme carcéral.
Lieux clés
Ville natale de Lester Young, dans le Mississippi profond du Sud ségrégationniste. Grandir dans cet environnement marqué par la violence raciale et la ségrégation forgea durablement sa méfiance envers les institutions, notamment l'armée.
Kansas City fut le berceau artistique de Lester Young dans les années 1930 : c'est là qu'il rejoignit l'orchestre de Count Basie et développa son style révolutionnaire dans les clubs de jazz qui ne fermaient jamais, animés par des « cutting contests » légendaires.
Quartier emblématique de la culture afro-américaine, Harlem fut le théâtre des grandes rencontres musicales de Lester Young, notamment avec Billie Holiday, et le centre nerveux du jazz new-yorkais des années 1930-1950.
Camp militaire où Lester Young fut incarcéré après sa cour martiale en 1944. Cette expérience traumatisante dans le Sud ségrégationniste marqua profondément l'artiste et donna naissance à l'enregistrement autobiographique « D.B. Blues ».
Paris était pour les musiciens afro-américains un refuge où ils étaient accueillis sans ségrégation raciale. Lester Young y effectua plusieurs séjours, dont le dernier en janvier 1959, quelques semaines seulement avant sa mort.
