Biographie

Poétesse anglo-normande du XIIe siècle, Marie de France est la première femme de lettres connue de langue française. Elle est célèbre pour ses Lais, ses Fables et son Purgatoire de saint Patrick.

Marie de France(1101 — 1300)

Marie de France

royaume de France

8 min de lecture

LettresPoète(sse)Écrivain(e)Moyen ÂgeMoyen Âge central (XIIe siècle), période de l'essor de la littérature courtoise en langue vernaculaire

Questions fréquentes

Marie de France est la première femme de lettres connue écrivant en français, active au XIIe siècle dans l'entourage de la cour d'Henri II Plantagenêt. Ce qui la rend décisive, c'est qu'elle a choisi le vernaculaire (le français anglo-normand) plutôt que le latin pour composer des œuvres aussi variées que des lais courtois, des fables et une traduction religieuse. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle a ainsi ouvert la voie à une littérature en langue française accessible à un public aristocratique non clérical, tout en affirmant son autorité d'autrice par la formule « Marie ai nun, si sui de France ».

Faits marquants

  • Active vers 1160-1215 à la cour d'Angleterre, probablement sous Henri II Plantagenêt
  • Autrice des Lais, recueil de 12 poèmes narratifs inspirés de traditions celtiques bretonnes
  • Traductrice des Fables d'Ésope en langue vernaculaire (vers 1180)
  • Première femme connue à avoir écrit en langue française (langue d'oïl)
  • Son identité exacte reste débattue par les historiens ; plusieurs hypothèses d'identification ont été avancées

Œuvres & réalisations

Les Lais (vers 1160-1178)

Recueil de douze courts récits poétiques en octosyllabes inspirés de traditions bretonnes orales. Chefs-d'œuvre de la littérature courtoise, ils mettent en scène des amours impossibles, des métamorphoses et des univers merveilleux.

Les Fables (vers 1180-1190)

Ensemble de 102 fables adaptées de l'ésopique via une version anglaise, dédiées à un « comte Guillaume ». C'est le premier recueil de fables en langue française, qui influencera directement Jean de La Fontaine.

L'Espurgatoire Seint Patriz (vers 1189-1215)

Traduction en vers français du Tractatus de Purgatorio Sancti Patricii du moine Henri de Saltrey. Ce récit de voyage dans l'au-delà témoigne des intérêts religieux et savants de Marie au-delà de la poésie courtoise.

Lai de Lanval (vers 1160-1178)

L'un des Lais les plus célèbres, mettant en scène un chevalier d'Arthur aimé d'une fée. Ce texte est particulièrement étudié pour sa critique voilée de la cour arthurienne et son traitement de la féminité surnaturelle.

Lai du Bisclavret (vers 1160-1178)

Récit d'un chevalier transformé en loup-garou trahi par son épouse. Ce lai explore les thèmes de la trahison conjugale et de la dualité de la nature humaine, dans une tonalité à la fois merveilleuse et tragique.

Anecdotes

Marie de France est la première femme de lettres identifiée écrivant en langue française. Elle signe ses œuvres d'une formule célèbre : « Marie ai nun, si sui de France » (« Je m'appelle Marie, et je suis de France »), ce qui témoigne d'une conscience d'autrice remarquable pour une femme du XIIe siècle.

Ses Lais sont dédiés à un « noble roi », que les historiens identifient généralement comme Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre. Cette dédicace suggère que Marie évoluait dans les cercles lettrés de la cour angevine, l'un des foyers culturels les plus brillants de l'Europe médiévale.

Marie de France traduit et adapte des fables d'Ésope qu'elle dit tenir d'une version anglaise attribuée au roi Alfred le Grand. Elle crée ainsi un pont entre la tradition antique, la culture anglo-saxonne et la littérature en langue vernaculaire, illustrant les échanges culturels intenses de son époque.

L'identité exacte de Marie de France reste un mystère historique. Plusieurs hypothèses ont été avancées : abbesse de Shaftesbury, dame de la cour, voire demi-sœur d'Henri II. Ce flou témoigne de la difficulté pour les femmes médiévales d'entrer dans les archives officielles, même lorsqu'elles sont célèbres de leur vivant.

Dans le Lai de Laustic, Marie raconte l'histoire d'une dame qui fait enfermer dans un écrin d'or un rossignol tué par son mari jaloux. Cette image poétique du rossignol enfermé est souvent interprétée comme une métaphore de l'amour interdit et de la création littéraire féminine sous contrainte.

Sources primaires

Lais de Marie de France — Prologue (vers 1160-1178)
« Marie ai nun, si sui de France. Peut cel estre que clerc plusur prendreient sur eus mun labur. Ne voil que nuls sur li le die. »
Lais de Marie de France — Lai de Guigemar (vers 1160-1178)
« Ki Deus ad duné escïence e de parler bon' eloquence, ne s'en deit taisir ne celer, ainz se deit voluntiers mustrer. »
Fables de Marie de France — Épilogue (vers 1180-1190)
« A la fin de cest escrit, que en romanz ai fait e dit, me numerai pur remembrance : Marie ai nun, si sui de France. »
L'Espurgatoire Seint Patriz — Prologue (vers 1189-1215)
« Li livres de l'Espurgatoire fist translater en romanz Marie, pur ço que seit a la gent lei, ki ne sevent le latin, veire. »

Lieux clés

Cour d'Henri II Plantagenêt, Angleterre

Marie de France dédie ses Lais à un « noble roi » identifié comme Henri II. Sa cour, itinérante entre Angleterre et Anjou, était un centre culturel majeur où lettrés, poètes et clercs se côtoyaient.

Normandie, France

Marie se désigne comme originaire « de France », ce qui peut renvoyer à la Normandie ou à l'Île-de-France. La culture anglo-normande dont elle est issue naît de cet entre-deux géographique et linguistique.

Abbaye de Shaftesbury, Angleterre

Une hypothèse savante identifie Marie de France à Marie, abbesse de Shaftesbury et demi-sœur d'Henri II. Ce monastère bénédictin était un lieu de culture et d'érudition pour les femmes nobles du XIIe siècle.

Bretagne (Armorique), France

La Bretagne est le berceau légendaire des lais bretons que Marie met en français. Elle situe l'action de la plupart de ses récits dans cette région mystérieuse associée au roi Arthur et aux fées.

Canterbury, Angleterre

Grand centre religieux et intellectuel de l'Angleterre médiévale, Canterbury était un lieu de passage et d'échanges culturels dans lequel circulaient les textes latins que Marie de France traduisait et adaptait.

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