Poétesse anglo-normande du XIIe siècle, Marie de France est la première femme de lettres connue de langue française. Elle est célèbre pour ses Lais, ses Fables et son Purgatoire de saint Patrick.
Marie de France(1101 — 1300)
Marie de France
royaume de France
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Questions fréquentes
Faits marquants
- Active vers 1160-1215 à la cour d'Angleterre, probablement sous Henri II Plantagenêt
- Autrice des Lais, recueil de 12 poèmes narratifs inspirés de traditions celtiques bretonnes
- Traductrice des Fables d'Ésope en langue vernaculaire (vers 1180)
- Première femme connue à avoir écrit en langue française (langue d'oïl)
- Son identité exacte reste débattue par les historiens ; plusieurs hypothèses d'identification ont été avancées
Œuvres & réalisations
Recueil de douze courts récits poétiques en octosyllabes inspirés de traditions bretonnes orales. Chefs-d'œuvre de la littérature courtoise, ils mettent en scène des amours impossibles, des métamorphoses et des univers merveilleux.
Ensemble de 102 fables adaptées de l'ésopique via une version anglaise, dédiées à un « comte Guillaume ». C'est le premier recueil de fables en langue française, qui influencera directement Jean de La Fontaine.
Traduction en vers français du Tractatus de Purgatorio Sancti Patricii du moine Henri de Saltrey. Ce récit de voyage dans l'au-delà témoigne des intérêts religieux et savants de Marie au-delà de la poésie courtoise.
L'un des Lais les plus célèbres, mettant en scène un chevalier d'Arthur aimé d'une fée. Ce texte est particulièrement étudié pour sa critique voilée de la cour arthurienne et son traitement de la féminité surnaturelle.
Récit d'un chevalier transformé en loup-garou trahi par son épouse. Ce lai explore les thèmes de la trahison conjugale et de la dualité de la nature humaine, dans une tonalité à la fois merveilleuse et tragique.
Anecdotes
Marie de France est la première femme de lettres identifiée écrivant en langue française. Elle signe ses œuvres d'une formule célèbre : « Marie ai nun, si sui de France » (« Je m'appelle Marie, et je suis de France »), ce qui témoigne d'une conscience d'autrice remarquable pour une femme du XIIe siècle.
Ses Lais sont dédiés à un « noble roi », que les historiens identifient généralement comme Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre. Cette dédicace suggère que Marie évoluait dans les cercles lettrés de la cour angevine, l'un des foyers culturels les plus brillants de l'Europe médiévale.
Marie de France traduit et adapte des fables d'Ésope qu'elle dit tenir d'une version anglaise attribuée au roi Alfred le Grand. Elle crée ainsi un pont entre la tradition antique, la culture anglo-saxonne et la littérature en langue vernaculaire, illustrant les échanges culturels intenses de son époque.
L'identité exacte de Marie de France reste un mystère historique. Plusieurs hypothèses ont été avancées : abbesse de Shaftesbury, dame de la cour, voire demi-sœur d'Henri II. Ce flou témoigne de la difficulté pour les femmes médiévales d'entrer dans les archives officielles, même lorsqu'elles sont célèbres de leur vivant.
Dans le Lai de Laustic, Marie raconte l'histoire d'une dame qui fait enfermer dans un écrin d'or un rossignol tué par son mari jaloux. Cette image poétique du rossignol enfermé est souvent interprétée comme une métaphore de l'amour interdit et de la création littéraire féminine sous contrainte.
Sources primaires
« Marie ai nun, si sui de France. Peut cel estre que clerc plusur prendreient sur eus mun labur. Ne voil que nuls sur li le die. »
« Ki Deus ad duné escïence e de parler bon' eloquence, ne s'en deit taisir ne celer, ainz se deit voluntiers mustrer. »
« A la fin de cest escrit, que en romanz ai fait e dit, me numerai pur remembrance : Marie ai nun, si sui de France. »
« Li livres de l'Espurgatoire fist translater en romanz Marie, pur ço que seit a la gent lei, ki ne sevent le latin, veire. »
Lieux clés
Marie de France dédie ses Lais à un « noble roi » identifié comme Henri II. Sa cour, itinérante entre Angleterre et Anjou, était un centre culturel majeur où lettrés, poètes et clercs se côtoyaient.
Marie se désigne comme originaire « de France », ce qui peut renvoyer à la Normandie ou à l'Île-de-France. La culture anglo-normande dont elle est issue naît de cet entre-deux géographique et linguistique.
Une hypothèse savante identifie Marie de France à Marie, abbesse de Shaftesbury et demi-sœur d'Henri II. Ce monastère bénédictin était un lieu de culture et d'érudition pour les femmes nobles du XIIe siècle.
La Bretagne est le berceau légendaire des lais bretons que Marie met en français. Elle situe l'action de la plupart de ses récits dans cette région mystérieuse associée au roi Arthur et aux fées.
Grand centre religieux et intellectuel de l'Angleterre médiévale, Canterbury était un lieu de passage et d'échanges culturels dans lequel circulaient les textes latins que Marie de France traduisait et adaptait.
Objets typiques

Les textes médiévaux étaient rédigés sur des peaux de veau ou de mouton soigneusement préparées. Marie de France dictait ou écrivait elle-même ses œuvres sur ces supports, qui constituaient le support d'écriture noble de son époque.

Marie s'appuie sur un recueil de fables attribué au roi Alfred pour composer ses propres Fables. Ce type de volume, souvent enluminé, circulait dans les bibliothèques monastiques et les cours royales du XIIe siècle.

Dans plusieurs de ses Lais, la harpe est l'instrument des chevaliers et des poètes qui chantent leurs amours. L'instrument symbolise la transmission orale des récits bretons que Marie de France met par écrit.

Les personnages de ses Lais échangent souvent des objets précieux comme gages d'amour ou de reconnaissance. La bague est un motif récurrent qui scelle les serments et les unions secrètes dans son univers poétique.

Les séances de lecture et d'écriture dans les cours médiévales se déroulaient souvent à la lumière de chandelles de cire d'abeille, réservées aux milieux aisés. Marie composait et faisait lire ses œuvres dans ces espaces intimes.

Dans le Lai du Laustic, un rossignol mort est enfermé dans un coffret précieux. Ces petits écrins à reliques ou à bijoux sont caractéristiques de l'artisanat de luxe de la cour Plantagenêt et symbolisent la préciosité de l'amour courtois.
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Vie quotidienne
Matin
Marie se lève à l'aube au son des matines. Dans un milieu monastique ou à la cour, la journée commence par une prière ou une messe dans la chapelle. Elle consacre les premières heures au travail intellectuel, dictant ou rédigeant ses textes tandis que la lumière du matin est la plus propice à l'écriture.
Après-midi
L'après-midi est organisé autour de la vie collective de la cour ou du couvent : repas pris en commun, lectures à voix haute de textes latins ou en langue vernaculaire. Marie participe aux discussions lettrées, échange avec des clercs et des trouvères, et supervise peut-être la copie de ses manuscrits par des scribes.
Soir
Le soir, à la lumière des chandelles, on récite des poèmes et des récits dans la grande salle. C'est dans ces veillées que les lais étaient chantés ou déclamés devant la cour. Marie écoute, corrige, compose mentalement, avant de rejoindre les complies et le repos nocturne.
Alimentation
La table d'une dame de la cour au XIIe siècle comprend du pain blanc, de la viande rôtie ou en sauce, du poisson les jours maigres, des légumes cuits, des épices importées d'Orient et du vin coupé d'eau. Les repas de fête sont plus fastueux, avec gibier, pâtisseries et hypocras parfumé.
Vêtements
Marie porte un bliaut, longue robe ajustée à la taille avec des manches évasées, en laine teinte ou en soie pour les grandes occasions. Un voile et une guimpe encadrent son visage selon la mode normande. Les couleurs les plus portées sont le bleu, le rouge garance et le vert, symboles de statut social.
Habitat
Dans une cour royale itinérante comme celle des Plantagenêts, le logement se tient dans des châteaux-forts en pierre ou des palais épiscopaux. Les femmes de haut rang disposent d'une chambre privée, parfois chauffée par une cheminée, avec un lit à baldaquin, des coffres pour les vêtements et un prie-dieu.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Esthétique des enluminures Anglo-normandes du XIIe siècle : tons parchemin, bleus au lapis-lazuli, or et ornements végétaux sur fond architectural roman.
Ambiance sonore
L'ambiance sonore d'une cour anglo-normande du XIIe siècle : sons d'écriture, harpe courtoise, récitation de vers en français, feu de cheminée et chants liturgiques au loin.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Les Lais
vers 1160-1178
Les Fables
vers 1180-1190
L'Espurgatoire Seint Patriz
vers 1189-1215
Lai de Lanval
vers 1160-1178
Lai du Bisclavret
vers 1160-1178






