Aristocrate française du XVIIe siècle, célèbre pour avoir empoisonné son père et ses frères afin d'hériter de leur fortune. Son procès et son exécution en 1676 déclenchèrent l'Affaire des Poisons, révélant l'usage répandu du poison dans la haute société.
Marquise de Brinvilliers(1630 — 1676)
Marie Madeleine Dreux d'Aubray, marquise de Brinvilliers
France
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Questions fréquentes
Faits marquants
- Née en 1630 à Paris dans une famille de la haute noblesse de robe
- Empoisonne son père Charles Dreux d'Aubray dès 1666, puis ses deux frères entre 1670 et 1672
- Arrêtée en 1676 à Liège après la découverte de ses crimes via un complice, Sainte-Croix
- Jugée, condamnée et exécutée à Paris le 16 juillet 1676 (décapitée puis brûlée)
- Son affaire ouvre l'Affaire des Poisons (1677-1682), scandale touchant la cour de Louis XIV
Œuvres & réalisations
Longue confession orale recueillie par le père jésuite Edmund Pirot la veille de l'exécution, décrivant crimes, motivations et repentir de la marquise. Document historique précieux sur la psychologie criminelle sous l'Ancien Régime, publié par Pirot en 1883.
Correspondance personnelle saisie à la mort de Sainte-Croix, attestant la complicité des deux amants dans les empoisonnements. Ces lettres constituèrent les principales pièces à conviction du procès de 1676.
Documents judiciaires rédigés par ses avocats pour plaider sa cause devant le Parlement de Paris. Ils éclairent les stratégies de défense dans les affaires criminelles de l'Ancien Régime et les limites des droits de l'accusé.
Anecdotes
Pour tester l'efficacité de ses poisons, Marie Madeleine rendait visite aux malades de l'Hôtel-Dieu de Paris sous prétexte de charité chrétienne. Elle leur apportait des friandises et des aliments empoisonnés, observant les effets sur ces indigents sans défense. Ces 'visites charitables' lui permettaient d'ajuster ses doses mortelles avant de les utiliser sur ses propres proches.
Son amant Godin de Sainte-Croix avait été enfermé à la Bastille en 1663 sur ordre du père de la marquise, scandalisé par leur liaison. C'est là qu'il aurait appris l'art des poisons auprès d'un alchimiste italien nommé Exili, emprisonné dans la même cellule. Cette connaissance fatale allait sceller le destin de toute la famille Dreux d'Aubray.
Lorsque Sainte-Croix mourut accidentellement en 1672, on découvrit dans sa chambre une cassette mystérieuse qu'il avait demandé à ce que l'on remît à la marquise en cas de décès. Mais les autorités l'ouvrirent avant qu'elle ne disparaisse : elle contenait des poisons, des recettes d'empoisonnement et des lettres compromettantes de la marquise qui allaient constituer les preuves de ses crimes.
Après la découverte de la cassette, la marquise s'enfuit en Angleterre puis en Flandre, se réfugiant finalement dans un couvent à Liège. Un officier de police déguisé en gentilhomme parvint à l'attirer hors du couvent en lui faisant la cour, puis l'arrêta dès qu'elle eut franchi les portes, la privant ainsi de l'immunité du droit d'asile.
Madame de Sévigné, présente le jour de l'exécution le 17 juillet 1676, en fit une description saisissante dans ses lettres : elle nota que la marquise se présenta à l'échafaud avec un calme troublant. Selon la tradition populaire, ses cendres dispersées aux quatre vents inspirèrent la formule 'Nous respirons tous ses cendres', image terrifiante de la contamination morale de la société.
Sources primaires
La Brinvilliers est en l'air : après l'exécution, son pauvre petit corps a été jeté dans un grand feu et les cendres au vent ; de sorte que nous la respirerons, et par la communication des petits esprits, il nous prendra quelque humeur empoisonnante.
J'ai empoisonné mon père et mes deux frères... J'ai eu le malheur de connaître Sainte-Croix qui m'a appris à préparer ces poisons... Je reconnais que j'ai péché contre Dieu et contre les hommes et je meurs repentante de mes crimes.
La Cour déclare ladite Marie Madeleine d'Aubray, marquise de Brinvilliers, dûment atteinte et convaincue d'homicide et empoisonnement de la personne de feu Messire Antoine Dreux d'Aubray son père, et de ses deux frères, pour réparation de quoi la condamne à avoir la tête tranchée.
On a trouvé dans la chambre du sieur de Sainte-Croix une cassette contenant plusieurs fioles de divers poisons, des recettes d'empoisonnement et des lettres de la marquise de Brinvilliers faisant état de ses crimes et de leur complicité.
Lieux clés
Principal hôpital de Paris, situé sur l'île de la Cité. C'est là que la marquise venait tester ses poisons sur des patients indigents sous couvert de visites charitables, perfectionnant ses méthodes avant d'agir sur ses propres proches.
Forteresse-prison royale du faubourg Saint-Antoine. Sainte-Croix y fut enfermé en 1663 sur lettre de cachet, et c'est dans ses murs qu'il aurait appris l'art des poisons, semant ainsi les germes du drame familial.
Principale place d'exécution de Paris (aujourd'hui place de l'Hôtel-de-Ville). C'est là que la marquise fut décapitée puis brûlée le 17 juillet 1676, devant une foule nombreuse dont Madame de Sévigné.
Couvent belge où la marquise trouva refuge après ses années de fuite à travers l'Europe. Elle y fut arrêtée en 1676 par un officier de police déguisé en galant qui la fit sortir par ruse, la privant du droit d'asile.
Demeure familiale des Dreux d'Aubray dans le Marais, quartier aristocratique de Paris. C'est dans cette résidence que plusieurs empoisonnements furent commis lors de repas familiaux dissimulant le crime.
Objets typiques

Petits flacons de verre contenant des poisons inodores et incolores comme l'arsenic ou le chlorure de mercure. La marquise les dissimulait parmi ses effets personnels et les utilisait pour empoisonner les aliments et les boissons de ses victimes.

Coffret en bois fermé à clé contenant fioles de poisons, recettes et lettres compromettantes de la marquise. Sa découverte accidentelle après la mort de Sainte-Croix en 1672 constitua la principale pièce à conviction du procès.

Ordre royal signé permettant d'emprisonner une personne sans jugement. C'est une lettre de cachet obtenue par son père qui envoya Sainte-Croix à la Bastille, déclenchant ainsi la vengeance meurtrière de la marquise.

Les aristocrates du Grand Siècle portaient des robes somptueuses à corsage baleiné, recouvertes de jupes en soie ou velours et ornées de dentelles précieuses. Ces atours permettaient à la marquise de se présenter comme une grande dame charitable lors de ses visites à l'Hôtel-Dieu.

Voiture de luxe tirée par des chevaux et arborant les armoiries familiales des Dreux d'Aubray. Indispensable pour une aristocrate parisienne, il lui servait pour se déplacer vers l'Hôtel-Dieu lors de ses sinistres 'visites charitables'.

Manuscrits mêlant chimie, alchimie et médecine, contenant recettes de poisons et préparations diverses. Sainte-Croix possédait de tels ouvrages appris à la Bastille, et les connaissances qu'il y puisa furent transmises à la marquise.

Documents juridiques régissant la transmission des héritages familiaux. La motivation principale des crimes de la marquise était financière : elle cherchait à hériter rapidement de la fortune de son père et de ses frères pour rembourser ses considérables dettes.
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Vie quotidienne
Matin
La marquise se levait tard selon l'usage aristocratique, et participait à une longue toilette assistée de ses domestiques. Elle recevait dans sa chambre parents et visiteurs lors du lever, pratique imitant les usages de la cour de Versailles.
Après-midi
Ses après-midis étaient consacrées aux visites sociales dans les hôtels particuliers du Marais, aux promenades en carrosse aux Tuileries, et parfois à ses sinistres 'visites charitables' à l'Hôtel-Dieu où elle testait ses préparations empoisonnées sur des malades indigents.
Soir
Les soirées se passaient en société lors de dîners dans les grandes maisons aristocratiques, avec jeux de cartes, conversations galantes et concerts. Ces repas en famille étaient aussi l'occasion d'administrer discrètement le poison à son père et à ses frères.
Alimentation
La cuisine aristocratique du XVIIe siècle était riche en viandes rôties, sauces épaisses, pâtisseries et vins fins. La marquise consommait des mets élaborés préparés par des cuisiniers, ce qui lui facilitait la tâche d'y dissoudre des poisons inodores et incolores.
Vêtements
La marquise portait des robes à grand corps (corsets baleinés) en soie, velours et brocart, ornées de dentelles de Flandre et de Point de France. Ses coiffures élaborées et ses bijoux reflétaient le style de la cour de Louis XIV, affirmant son rang malgré ses dettes croissantes.
Habitat
Elle résidait dans l'hôtel particulier familial des Dreux d'Aubray dans le Marais, quartier aristocratique de Paris. Ces vastes demeures à cour et jardin, avec salons de réception, galeries et nombreux domestiques, permettaient paradoxalement de commettre des actes criminels à l'abri des regards.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Style baroque sombre et opulent inspiré des portraits officiels du Grand Siècle : clair-obscur dramatique, ors et velours profonds, atmosphère de secret et de trahison dissimulés derrière les fastes de la cour de Louis XIV.
Ambiance sonore
Ambiance sonore du Paris aristocratique et sombre du Grand Siècle : bruits de rue pavée, hôpitaux bondés, salons feutrés et scènes de tribunal, ponctués des sons discrets du crime et de la justice royale.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Confession générale dictée au père Pirot
16 juillet 1676
Lettres à Godin de Sainte-Croix (retrouvées dans la cassette)
1660-1672
Mémoires et requêtes adressés au Parlement de Paris
1676






