Marquise de Montespan(1640 — 1707)

Madame de Montespan

France

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LettresSociétéPolitiqueTemps modernesRègne de Louis XIV, apogée de la monarchie absolue et de la cour de Versailles (XVIIe siècle)

Favorite officielle de Louis XIV de 1667 à 1681, elle régna sur la cour de Versailles et eut sept enfants légitimés avec le Roi-Soleil. Impliquée dans l'Affaire des Poisons, elle tomba ensuite en disgrâce.

Faits marquants

  • Née en 1640, issue de la prestigieuse maison de Mortemart
  • Devient la maîtresse officielle de Louis XIV vers 1667, supplantant Louise de La Vallière
  • Donne sept enfants au roi, tous légitimés par lettres patentes, dont le duc du Maine et le comte de Toulouse
  • Impliquée dans l'Affaire des Poisons (1679-1682), ce qui précipite sa disgrâce
  • Se retire à la cour puis au couvent de Saint-Joseph de Paris, où elle meurt en 1707

Œuvres & réalisations

Mécénat des artistes et écrivains de Versailles (1667-1681)

Mme de Montespan exerça un mécénat décisif sur les arts à la cour : elle protégea Molière, Racine, La Fontaine, Boileau et Lulli, dont les œuvres majeures furent souvent créées sous son influence directe.

Fondation et aménagement du château de Clagny (1670-1680)

Elle supervisa la construction de ce chef-d'œuvre de l'architecture classique française, faisant appel à Jules Hardouin-Mansart et André Le Nôtre pour les jardins. Madame de Sévigné le décrivit comme une « merveille ».

Organisation des grandes fêtes de Versailles (1668-1681)

En tant que première dame de la cour, Mme de Montespan présidait aux divertissements royaux : ballets, comédies, opéras et carrousels qui contribuèrent au rayonnement culturel de la monarchie française en Europe.

Fondation d'œuvres de charité (1691-1707)

Après sa disgrâce, Athénaïs consacra une grande partie de sa fortune à des hôpitaux et au secours des pauvres, cherchant à réparer par la bienfaisance les scandales qui avaient marqué sa vie de favorite.

Anecdotes

Françoise-Athénaïs de Rochechouart devint la maîtresse officielle de Louis XIV en 1667, au grand scandale de l'Église : tous deux étaient mariés. Pour contourner les règles, le roi fit exiler le mari, Louis-Henri de Gondrin, marquis de Montespan, qui refusa longtemps de se laisser acheter et organisa même des funérailles symboliques pour sa femme, qu'il considérait « morte à la vertu ».

Entre 1669 et 1678, Athénaïs donna sept enfants au roi, dont quatre survécurent à l'âge adulte. Louis XIV les légitima officiellement en 1673. Pour les élever, Athénaïs choisit elle-même la veuve Scarron — qui deviendra Madame de Maintenon — ignorant qu'elle formait ainsi sa propre rivale, celle qui lui ravira définitivement la faveur royale.

En 1679, l'Affaire des Poisons éclabousse la cour de Versailles. La police du lieutenant La Reynie démantèle un réseau de devineresses et d'empoisonneuses. Le nom d'Athénaïs de Montespan apparaît dans des aveux : on l'accuse d'avoir eu recours à des messes noires et à des préparations pour maintenir la faveur royale. Louis XIV fit classer l'affaire, mais la confiance était brisée à jamais.

Athénaïs était réputée pour son esprit acéré et son goût du luxe inégalé. Louis XIV fit construire pour elle le château de Clagny, que Madame de Sévigné qualifia de « merveille ». Sa protection s'étendait à Molière, Racine, La Fontaine et Lulli, qui animaient les grandes fêtes de la cour et contribuaient au rayonnement culturel du règne.

Après sa disgrâce définitive en 1681, Athénaïs refusa de disparaître dans l'ombre. Elle continua quelques années à paraître à la cour, puis se consacra progressivement à la piété et aux œuvres de charité, fondant des hôpitaux et distribuant sa fortune aux pauvres. Elle mourut à Bourbon-l'Archambault en 1707, loin du faste de Versailles qui l'avait consacrée.

Sources primaires

Lettres de Madame de Sévigné (Diverses lettres, 1670-1680)
Mme de Montespan a une beauté qui étonne et qui éblouit ; elle est grande, bien faite, blanche ; elle a de beaux cheveux blonds et de grands yeux bleus. Il y a quelque chose de si noble et de si aimable dans toute sa personne qu'on n'en peut détourner les yeux.
Mémoires du duc de Saint-Simon (Rédigés entre 1694 et 1723)
Mme de Montespan, qui avait régné si longtemps et si absolument sur le roi et sur la cour, tomba enfin dans une disgrâce dont elle ne se releva plus. Elle avait de l'esprit, de la hauteur, et une magnificence qui s'étendait à tout.
Souvenirs de Madame de Caylus (nièce de Mme de Montespan) (Rédigés vers 1710-1716, publiés en 1770)
Elle avoit de l'esprit, de la hauteur, de la magnificence, et une galanterie naturelle qui faisoit son charme et sa puissance. Sa conversation étoit brillante et piquante ; elle savoit plaire et déplaire avec le même éclat.
Mémoires sur la cour de Louis XIV — Primi Visconti (1673-1681)
La marquise de Montespan gouvernait alors la cour et la faveur du roi avec un empire absolu que peu de ministres ont exercé sur leur maître. Elle distribuait les grâces et les disgrâces avec une autorité qui n'appartenait qu'à elle seule.
Procès-verbaux de la Chambre ardente — Affaire des Poisons (1679-1682)
Dans les dépositions de la Voisin et de ses complices, le nom de la marquise de Montespan revient à plusieurs reprises en lien avec des messes noires et des préparations destinées à conserver la faveur du roi.

Lieux clés

Château de Versailles

Résidence principale du roi et de la cour à partir de 1682, Versailles fut le théâtre de la domination d'Athénaïs sur la vie politique et sociale du royaume pendant près de quinze ans. Ses appartements, situés au premier étage de l'aile centrale, étaient parmi les plus fastueux du palais.

Château de Clagny

Construit par Jules Hardouin-Mansart à partir de 1670 pour Mme de Montespan, à quelques centaines de mètres de Versailles, il était considéré comme l'une des plus belles demeures d'Europe. Démoli au XIXe siècle, il ne subsiste aujourd'hui qu'à travers des gravures et des descriptions enthousiastes.

Hôtel de Mortemart, Paris

Demeure parisienne de la famille de Rochechouart-Mortemart, dont était issue Athénaïs. Ce lieu symbolise la grande noblesse de province qui cherchait à s'imposer à la cour, et d'où partirent plusieurs membres de la famille vers les plus hautes distinctions.

Bourbon-l'Archambault

Ville thermale du Bourbonnais où Mme de Montespan séjourna souvent pour ses cures et où elle mourut le 27 mai 1707 à l'âge de 66 ans, entourée de ses dames de compagnie et loin de la cour qui l'avait oubliée.

Voir aussi