Muses

Muses

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LettresAvant J.-C.Antiquité grecque et romaine

Les neuf Muses sont les déesses de l'inspiration dans la mythologie grecque, filles de Zeus et de Mnémosyne. Chacune préside à un domaine artistique ou intellectuel : poésie, histoire, astronomie, musique, danse, comédie, tragédie, éloquence et chant lyrique.

Faits marquants

  • Les neuf Muses sont nommées par Hésiode dans la Théogonie (VIIIe-VIIe s. av. J.-C.) : Calliope, Clio, Érato, Euterpe, Melpomène, Polymnie, Terpsichore, Thalie, Uranie
  • Elles résident sur le mont Hélicon et le mont Parnasse, près de la source Hippocrène
  • Homère les invoque au début de l'Iliade et de l'Odyssée pour obtenir leur inspiration
  • Le terme 'musique' et 'musée' (mouseion, temple des Muses) dérivent directement de leur nom
  • Les Romains adoptèrent les Muses dans leur panthéon en les assimilant à leurs propres divinités des arts

Œuvres & réalisations

Théogonie — Hésode (vers 700 av. J.-C.)

Premier texte à fixer les noms et attributions des neuf Muses dans la littérature grecque. Hésode y raconte sa rencontre avec elles sur l'Hélicon et leur demande d'inspiration, établissant le modèle de l'invocation poétique qui traversera toute la littérature antique.

Iliade — Homère (vers 750 av. J.-C.)

Chef-d'œuvre de l'épopée grecque qui débute par l'invocation « Chante, déesse, la colère d'Achille ». Cette formule d'appel à la Muse deviendra le modèle obligatoire de toute épopée dans la littérature gréco-romaine puis européenne.

Hymnes homériques (VIIe-VIe siècles av. J.-C.)

Recueil de poèmes en l'honneur des dieux grecs, dont plusieurs célèbrent directement les Muses et Apollon leur protecteur. Ces hymnes décrivent la danse et le chant des Muses sur l'Olympe et leur rôle d'inspiratrices de la poésie sacrée.

Odes pythiques — Pindare (vers 498-446 av. J.-C.)

Ensemble de poèmes lyriques célébrés aux jeux pythiques de Delphes, où Pindare invoque régulièrement les Muses pour justifier l'excellence de son propre art et la légitimité des vainqueurs qu'il glorifie.

Phèdre et Ion — Platon (vers 390-380 av. J.-C.)

Dans ces dialogues philosophiques, Platon développe sa théorie de la fureur poétique : les poètes ne créent pas par leur propre génie mais sont possédés par les Muses qui parlent à travers eux, influençant toute la pensée esthétique occidentale.

Métamorphoses, livre V — Ovide (vers 8 ap. J.-C.)

Récit du fameux concours de chant entre les Muses et les neuf Piérides qui osa les défier. Calliope chante la gloire de Cérès et les Piérides vaincues sont transformées en pies, célèbre allégorie de l'imitation vaine face à l'inspiration authentique.

Anecdotes

Zeus s'unit à Mnémosyne, déesse de la Mémoire, pendant neuf nuits consécutives, et de cette union naquirent neuf filles : les Muses. Leur nombre reflète symboliquement les neuf nuits de leur conception, et leur origine divine signifie que tout art et toute science naissent de la capacité humaine à se souvenir et à transmettre le savoir aux générations suivantes.

Hésode, poète béotien du VIIIe siècle avant notre ère, raconte dans sa Théogonie qu'il rencontra les Muses sur les pentes du mont Hélicon alors qu'il gardait ses troupeaux. Elles lui offrirent un rameau de laurier et lui insufflèrent le don de la poésie, lui révélant « les choses qui seront et celles qui furent ». Cette scène est l'une des premières descriptions d'une inspiration poétique de toute la littérature occidentale.

Dans les Métamorphoses d'Ovide, neuf mortelles de Macédoine appelées les Piérides osèrent défier les Muses à un concours de chant. Vaincues par Calliope, les arrogantes challengers furent transformées en pies bavardes, condamnées à ne plus émettre que du bruit — punition symbolique pour celles qui avaient confondu imitation vulgaire et vrai talent inspiré par les dieux.

Au IIIe siècle avant notre ère, Ptolémée Ier Sôter fonda à Alexandrie le Mouseion, un immense centre de recherche placé sous la protection des Muses. Ce lieu, relié à la célèbre Bibliothèque d'Alexandrie, réunissait des savants du monde entier pour étudier mathématiques, astronomie, médecine et littérature. C'est directement de ce Mouseion que dérive notre mot moderne « musée ».

La Muse Calliope, dont le nom signifie « belle voix », était considérée comme la plus éminente des neuf sœurs car elle présidait à la poésie épique, genre le plus prestigieux de l'Antiquité. Selon certaines traditions mythologiques, elle fut la mère d'Orphée, le musicien légendaire capable de charmer pierres et animaux avec sa lyre, illustrant l'idée que le génie artistique suprême est d'origine divine.

Sources primaires

Théogonie — Hésode (vers 700 av. J.-C.)
C'est par les Muses de l'Hélicon que commençons notre chant. Elles habitent la grande et divine montagne de l'Hélicon ; leurs pieds délicats dansent autour de la source sombre et de l'autel du fils puissant de Cronos.
Iliade, chant I — Homère (vers 750 av. J.-C.)
Chante, déesse, la colère d'Achille, fils de Pélée ; funeste colère, qui causa aux Achéens des maux sans nombre et précipita dans l'Hadès les âmes généreuses de tant de héros.
Odyssée, chant I — Homère (vers 720 av. J.-C.)
Dis-moi, Muse, cet homme habile qui erra longtemps après avoir renversé la ville sainte de Troie, qui vit les cités et connut la pensée de nombreux hommes.
Les Travaux et les Jours — Hésode (vers 700 av. J.-C.)
Muses de Piérie, qui glorifiez par vos chants, venez, dites Zeus votre père, célébroz-le ; c'est par lui que les mortels sont fameux ou obscurs, illustres ou sans renom, au gré du grand Zeus.
Odes pythiques — Pindare (vers 498-446 av. J.-C.)
Les Muses d'or m'ont envoyé la plus belle des récompenses, la gloire de l'hymne, qui rayonne sur les nations et illumine les vainqueurs.

Lieux clés

Mont Hélicon (Béotie, Grèce)

Montagne sacrée de Béotie considérée comme la demeure principale des neuf Muses. Sur ses pentes jaillissait la source Hippocrène, née selon la légende du coup de sabot du cheval ailé Pégase, dont les eaux étaient censées inspirer les poètes qui s'y abreuvaient.

Mont Parnasse et Delphes (Phocide, Grèce)

L'autre demeure des Muses, qu'elles partageaient avec Apollon, dieu des arts et de la prophétie. Delphes abritait le sanctuaire oraculaire le plus important du monde grec, lieu de rencontre entre inspiration divine et savoir humain.

Piérie (Macédoine, Grèce)

Région du nord de la Grèce considérée par plusieurs auteurs anciens comme le lieu de naissance des Muses, d'où leur surnom de Piérides. Le culte des Muses y aurait pris naissance avant de se répandre dans tout le monde hellénique.

Mouseion d'Alexandrie (Égypte)

Fondé vers 295 av. J.-C. par Ptolémée Ier, ce centre intellectuel consacré aux Muses réunissait des centaines de savants grecs et orientaux. Rattaché à la grande Bibliothèque d'Alexandrie, il représente l'application concrète de l'idéal des Muses : réunir et transmettre tout le savoir humain.

Théâtre de Dionysos (Athènes, Grèce)

Premier théâtre de pierre du monde occidental, construit sur les pentes de l'Acropole d'Athènes. C'est ici que furent jouées les grandes tragédies d'Eschyle, Sophocle et Euripide, œuvres placées sous la double protection de Dionysos et des Muses Melpomène et Thalie.

Voir aussi