Nadia Boulanger(1887 — 1979)
Nadia Boulanger
France
8 min de lecture
pédagogue, pianiste, organiste, cheffe de chœur, cheffe d'orchestre et compositrice française
Questions fréquentes
Faits marquants
- Nadia Boulanger (1887-1979) est la première femme à diriger les grands orchestres symphoniques américains et britanniques, notamment le Boston Symphony Orchestra en 1938.
- Elle enseigne la composition et l'harmonie à l'École normale de musique de Paris et au Conservatoire américain de Fontainebleau pendant plus de soixante ans, formant des générations de compositeurs du monde entier.
- Parmi ses élèves figurent des musiciens majeurs du XXe siècle : Aaron Copland, Philip Glass, Astor Piazzolla, Quincy Jones et Daniel Barenboïm.
- Elle se consacre à la pédagogie après la mort prématurée de sa sœur Lili Boulanger en 1918, première femme à remporter le Grand Prix de Rome de composition musicale.
- Nommée professeure au Conservatoire national supérieur de musique de Paris en 1949, elle est la première femme à y occuper un poste de titulaire.
Œuvres & réalisations
L'une de ses dernières compositions avant qu'elle ne renonce à la création ; ces pièces lyriques témoignent d'un talent réel pour la musique de chambre dans la tradition française post-romantique.
Pendant soixante ans, Nadia consacra une grande partie de son énergie à faire connaître, enregistrer et diffuser la musique de sa sœur Lili, décédée à 24 ans ; cet engagement désintéressé est lui-même considéré comme une œuvre de vie.
Sa méthode pédagogique, fondée sur l'analyse de Bach et des maîtres classiques, forma des centaines de compositeurs de renommée internationale et constitue son legs le plus durable.
Elle dirigea un ensemble vocal spécialisé dans la musique de la Renaissance et du baroque, contribuant à faire redécouvrir Monteverdi et les polyphonistes anciens au grand public européen.
Premier concert historique d'une femme à la tête d'un grand orchestre américain, cette performance brisa un tabou professionnel et ouvrit la voie aux femmes chefs d'orchestre.
Ce documentaire, réalisé deux ans avant sa mort, recueille ses témoignages sur la musique, la pédagogie et ses élèves ; il est devenu un document de référence sur sa pensée musicale.
Anecdotes
En 1938, Nadia Boulanger devient la première femme à diriger un concert complet de la Boston Symphony Orchestra, l'un des orchestres les plus prestigieux du monde. Cette performance historique brise un plafond de verre dans un milieu musical alors très masculin, et elle le fait avec une autorité et une précision qui désarment tous les sceptiques.
Parmi ses élèves figure Astor Piazzolla, le grand maître du tango argentin. Venu à Paris en 1954 pour apprendre la 'vraie' musique classique et honteux de son tango, il joue à Boulanger quelques-unes de ses compositions. C'est elle qui lui révèle que son génie est justement dans le tango : 'C'est magnifique, c'est vous, ne l'abandonnez jamais !' Elle lui rend ainsi son identité musicale.
Nadia Boulanger ne dormait que quatre heures par nuit et consacrait ses journées entières à l'enseignement, donnant parfois jusqu'à seize heures de cours par jour. Elle lisait les partitions avec une rapidité stupéfiante et pouvait identifier n'importe quel accord ou contrepoint au premier regard, ce qui fascinait et intimidait ses étudiants du monde entier.
Après la mort prématurée de sa sœur cadette Lili Boulanger en 1918, Nadia décida de renoncer définitivement à la composition pour se consacrer entièrement à l'enseignement et à la promotion de l'œuvre de Lili. Elle passa plus de soixante ans à faire connaître la musique de sa sœur, estimant que le talent de Lili surpassait le sien.
Son appartement parisien du 36 rue Ballu était le lieu de rendez-vous de tout ce que le monde musical comptait de grand : Stravinsky, Copland, Milhaud, les Six, Bernstein... Elle y tenait des 'mercredis' légendaires où étudiants et compositeurs confirmés débattaient de musique autour du piano, dans une atmosphère à la fois rigoureuse et chaleureuse.
Sources primaires
Je vous demande de travailler la ligne mélodique avec plus d'austérité. La simplicité est la dernière chose qui s'acquiert et la plus difficile à maintenir.
L'intérêt n'est pas de jouer juste, l'intérêt est de comprendre pourquoi on joue, ce qu'on joue, et pour qui. Sans cela, la technique n'est qu'un bruit organisé.
La musique est le silence entre les notes autant que les notes elles-mêmes. Apprenez d'abord à écouter ce que vous ne jouez pas.
Votre Symphonie de psaumes est une révélation. J'ai pleuré en la lisant, non de tristesse, mais d'une joie que je ne savais pas possible dans la musique contemporaine.
Je n'ai jamais enseigné la composition. J'ai enseigné à entendre, à penser, à ressentir. La composition vient de l'intérieur ; mon rôle est d'ouvrir les portes, pas de les franchir à la place de l'élève.
Lieux clés
L'appartement parisien de Nadia Boulanger, lieu de ses légendaires 'mercredis musicaux' qui réunissaient compositeurs, interprètes et étudiants du monde entier pendant plus de cinquante ans.
Fondé en 1921, ce conservatoire fut le cadre principal de son enseignement international ; des centaines d'Américains y vinrent se former sous sa direction, faisant de Fontainebleau la capitale mondiale de la pédagogie musicale.
C'est là que Nadia Boulanger se forma et obtint ses premiers prix, et où elle enseigna plus tard, perpétuant une tradition académique française d'excellence musicale.
Nadia Boulanger y fut organiste titulaire et y donna de nombreux concerts ; ce lieu religieux nourrit son attachement au répertoire sacré et à la musique de Bach.
Boulanger y séjourna après son Second Grand Prix de Rome en 1908 ; ce lieu symbolise le sommet de la reconnaissance officielle de la composition musicale en France.






