Philippe Pétain(1856 — 1951)

Philippe Pétain

France

9 min de lecture

MilitairePolitiqueChef militairePolitiqueXIXe siècleXXe siècle (1856-1951), Première et Seconde Guerres mondiales

Maréchal de France et militaire renommé pour sa victoire à Verdun en 1916, Philippe Pétain devient chef du gouvernement français en 1940 et établit l'État français autoritaire de Vichy. Collaborationniste durant l'occupation allemande, il reste une figure controversée de l'histoire française.

Questions fréquentes

Philippe Pétain, né en 1856 et mort en 1951, est à la fois le héros de Verdun en 1916 et le chef de l'État français de Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce qu'il faut retenir, c'est que cette double identité explique sa controverse : d'un côté, il incarne la résistance victorieuse face à l'Allemagne en 1916 ; de l'autre, il collabore avec le régime nazi à partir de 1940. Contrairement à un général de Gaulle, Pétain choisit l'armistice et la collaboration, ce qui divise profondément la mémoire collective française. Sa condamnation à mort en 1945, commuée en détention à vie, scelle cette ambivalence.

Faits marquants

  • 1916 : Victoire française à Verdun, devient un héros militaire français
  • 1917 : Commandant en chef des armées françaises, redresse le moral des troupes après les mutineries
  • 1940 : Signé l'armistice avec l'Allemagne (22 juin) et devient chef du gouvernement français
  • 1940-1944 : Établit l'État français (régime de Vichy) avec une politique de collaboration et d'autoritarisme
  • 1945 : Jugé pour trahison, condamné à mort (commué en emprisonnement), décède en 1951

Œuvres & réalisations

Organisation de la défense de Verdun et de la Voie Sacrée (1916)

En prenant le commandement de Verdun, Pétain organise un système de rotation des troupes et une logistique révolutionnaire via la Voie Sacrée. Cette réalisation militaire majeure permet à la France de tenir face à l'offensive allemande et fonde sa réputation nationale.

Redressement de l'armée française après les mutineries (1917)

Nommé commandant en chef en mai 1917, Pétain rétablit le moral et la discipline de l'armée française en améliorant les conditions des soldats et en évitant les offensives meurtrières inutiles. Cette action évite l'effondrement militaire total de la France.

Instauration de l'État français (régime de Vichy) (Juillet 1940)

Fort des pleins pouvoirs votés le 10 juillet 1940, Pétain met fin à la IIIe République et instaure un régime autoritaire fondé sur la devise 'Travail, Famille, Patrie'. Ce régime collabore avec l'Allemagne nazie et promulgue notamment le statut des Juifs.

Statut des Juifs (Octobre 1940)

Promulgué dès octobre 1940, ce texte législatif exclut les Juifs de la fonction publique, de l'armée et de nombreuses professions. Il s'agit d'une loi de discrimination raciale adoptée de l'initiative propre de Vichy, sans exigence directe des Allemands.

La France nouvelle - discours et écrits (1940-1944)

Ensemble des discours, messages et textes programmatiques dans lesquels Pétain expose sa doctrine de la Révolution nationale. Ces textes prônent le retour aux valeurs traditionnelles, le corporatisme et l'autorité contre les valeurs républicaines et démocratiques.

Anecdotes

Lors de la bataille de Verdun en 1916, Pétain organise la célèbre 'Voie Sacrée', une route de ravitaillement ininterrompu reliant Bar-le-Duc à Verdun. Plus de 6 000 camions y circulent jour et nuit, permettant à l'armée française de tenir face à l'offensive allemande. Cette organisation logistique exemplaire forge sa légende de 'sauveur de Verdun'.

En 1917, après les mutineries qui secouent l'armée française épuisée par des offensives meurtrières, Pétain est nommé commandant en chef. Plutôt que de fusiller massivement, il choisit d'améliorer les conditions de vie des soldats, leur accorde des permissions et leur promet d'attendre les chars et les Américains avant toute nouvelle offensive. Les mutineries cessent progressivement.

Le 17 juin 1940, Pétain, alors âgé de 84 ans, prononce à la radio un discours annonçant qu'il faut 'cesser le combat'. Le lendemain, depuis Londres, le général de Gaulle lui répond par son célèbre Appel du 18 juin. Ces deux discours incarnent à eux seuls le déchirement de la France face à l'occupation allemande.

Lors de la rencontre de Montoire le 24 octobre 1940, Pétain serre la main d'Hitler devant les photographes. Cette image, largement diffusée, symbolise la politique de collaboration avec l'Allemagne nazie. Pétain déclare ensuite à la radio entrer 'dans la voie de la collaboration', une phrase qui marquera durablement les mémoires.

En 1945, Pétain refuse de fuir en Allemagne et choisit de rentrer en France pour être jugé. Son procès, en juillet-août 1945, est l'un des plus importants de l'histoire judiciaire française. Condamné à mort, sa peine est commuée en détention à vie par de Gaulle, qui ne voulait pas exécuter le vainqueur de Verdun. Il mourut à l'île d'Yeu en 1951, à l'âge de 95 ans.

Sources primaires

Discours radiodiffusé de Pétain du 17 juin 1940 (17 juin 1940)
C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec moi, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités.
Discours de Pétain sur la collaboration (après Montoire) (30 octobre 1940)
J'ai rencontré jeudi dernier le chancelier du Reich. Cette rencontre a suscité des espoirs et provoqué des inquiétudes. Je vous dois à ce sujet quelques explications. Une telle collaboration a été envisagée entre les deux pays. J'en ai accepté le principe.
Message de Pétain sur la Révolution nationale (Juillet 1940)
La défaite nous invite à revenir aux traditions de nos pères. Travail, Famille, Patrie : telle est la devise à laquelle s'ordonnent nos efforts de redressement.
Déclaration lors du procès Pétain (Août 1945)
Je n'ai rien à me reprocher. J'ai joué le rôle de bouclier pour protéger les Français. Ma politique de collaboration a évité à la France bien des malheurs.
Lettre de Pétain au président de la République française (26 avril 1945)
Je rentre en France pour recevoir le jugement de mon pays, quelles qu'en puissent être les conséquences pour ma personne. Je n'ai cherché toute ma vie qu'à servir la France.

Lieux clés

Verdun, Meuse

Théâtre de la plus longue et meurtrière bataille de la Première Guerre mondiale (1916), Verdun est indissociable de la légende de Pétain. C'est ici qu'il forge sa réputation de 'sauveur' en organisant la résistance française.

Hôtel du Parc, Vichy

Siège du gouvernement de l'État français de 1940 à 1944, l'Hôtel du Parc est le lieu depuis lequel Pétain et ses ministres exercent leur pouvoir sous l'occupation allemande. Vichy devient synonyme de collaboration et d'autoritarisme.

Forteresse de l'île d'Yeu, Vendée

Prison où Pétain est détenu de 1945 jusqu'à sa mort en 1951. Ce lieu isolé de l'Atlantique est choisi pour éloigner le vieux maréchal de tout risque de manifestation politique en sa faveur sur le continent.

Montoire-sur-le-Loir, Loir-et-Cher

Ville où se tient le 24 octobre 1940 la célèbre rencontre entre Pétain et Hitler, scellant officiellement la politique de collaboration franco-allemande. La poignée de main entre les deux hommes est photographiée et devient une image emblématique de cette période.

Cauchy-à-la-Tour, Pas-de-Calais

Village natal de Pétain dans le nord de la France, où il naît le 24 avril 1856 dans une famille de paysans. Ce lieu rappelle ses origines modestes et son attachement affiché aux valeurs rurales et traditionnelles qu'il prônera à Vichy.

Liens externes & ressources

Voir aussi