Protagoras

Protagoras

489 av. J.-C. — 419 av. J.-C.

PhilosophiePhilosopheAvant J.-C.Grèce antique classique, Ve siècle av. J.-C.

Protagoras d'Abdère (v. 489 - v. 419 av. J.-C.) est l'un des premiers et des plus célèbres sophistes grecs. Il est connu pour sa thèse relativiste : « L'homme est la mesure de toutes choses ».

Citations célèbres

« L'homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont en tant qu'elles sont, de celles qui ne sont pas en tant qu'elles ne sont pas. »
« Sur les dieux, je ne peux savoir ni s'ils existent ni s'ils n'existent pas, ni quelle est leur nature. »

Faits marquants

  • Né vers 489 av. J.-C. à Abdère en Thrace, ville natale aussi de Démocrite.
  • Fut l'un des premiers à se faire payer pour enseigner la rhétorique et l'argumentation.
  • Ami et conseiller de Périclès, il rédigea vers 444 av. J.-C. les lois de la colonie panhellénique de Thourioi.
  • Accusé d'impiété à Athènes, ses livres furent brûlés sur l'agora, probablement vers 415 av. J.-C.
  • Mort vers 419 av. J.-C., selon la tradition lors d'un naufrage en fuyant Athènes.

Œuvres & réalisations

Sur les dieux (Peri theôn) (v. 450 av. J.-C.)

Traité dans lequel Protagoras affirme son agnosticisme sur l'existence des dieux. Cette œuvre lui valut d'être accusé d'impiété à Athènes ; ses exemplaires furent brûlés, faisant de ce texte l'un des premiers cas de censure philosophique de l'histoire.

La Vérité ou Les Discours renversants (Alêtheia) (v. 445 av. J.-C.)

Ouvrage central de sa pensée, qui s'ouvrait sur la célèbre formule « L'homme est la mesure de toutes choses ». Il y développait son relativisme : la vérité est subjective et dépend de chaque individu.

Sur l'être (Peri tou ontos) (v. 440 av. J.-C.)

Traité dans lequel Protagoras s'attaquait aux thèses des philosophes éléates (Parménide, Zénon) sur l'existence d'un être unique et immuable. Il y défendait une vision pluraliste et mouvante de la réalité.

Antilogies (Discours opposés) (v. 445 av. J.-C.)

Recueil de paires d'arguments contradictoires sur des questions éthiques, politiques et juridiques. Cette œuvre fut le manuel de base de l'enseignement sophistique et forma des générations d'orateurs et de juristes.

Sur la vertu (Peri aretês) (v. 440 av. J.-C.)

Traité dans lequel Protagoras soutenait que la vertu politique pouvait s'enseigner, contrairement à ce qu'affirmait Socrate. Cette thèse est au cœur du dialogue éponyme de Platon.

Anecdotes

Protagoras fut le premier penseur grec à se faire payer pour enseigner. Il réclamait des honoraires élevés à ses élèves, ce qui choqua profondément ses contemporains habitués à une transmission gratuite du savoir. Cette pratique allait définir la figure du sophiste comme un maître payant.

Selon Diogène Laërce, Protagoras aurait commencé sa vie comme porteur de bois avant d'être remarqué par Démocrite d'Abdère, qui, impressionné par la façon ingénieuse dont il ficelait ses fagots, décida de l'instruire. Cette rencontre aurait changé le cours de sa vie.

Protagoras fut poursuivi en justice à Athènes pour impiété après avoir écrit dans son traité Sur les dieux : « Concernant les dieux, je ne peux savoir s'ils existent ou non. » Ses livres auraient été brûlés sur l'agora, et lui-même contraint de fuir la cité.

Platon rapporte que Protagoras fut l'un des premiers à analyser la langue grecque en distinguant les genres grammaticaux et les modes du discours. Il aurait classé les phrases en questions, réponses, prières et ordres — une démarche linguistique remarquablement précoce.

D'après Héraclide du Pont, Protagoras aurait péri en mer lors de sa fuite d'Athènes, son navire ayant fait naufrage. Il avait alors environ 70 ans et était l'un des penseurs les plus célèbres et les mieux payés de son temps.

Sources primaires

Théétète (v. 369 av. J.-C.)
« L'homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont en tant qu'elles sont, de celles qui ne sont pas en tant qu'elles ne sont pas. » C'est ainsi que Platon cite et discute longuement la thèse centrale de Protagoras.
Protagoras (dialogue de Platon) (v. 390 av. J.-C.)
Platon met en scène Protagoras exposant son fameux mythe de Prométhée et Épiméthée pour justifier l'enseignement de la vertu politique. Protagoras y défend que la vertu s'enseigne et que tout citoyen peut y accéder.
Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres (Diogène Laërce) (IIIe siècle ap. J.-C.)
« Protagoras fut le premier à soutenir que sur toute question il y a deux discours contraires l'un à l'autre. » Diogène Laërce lui attribue également l'invention de la maïeutique argumentative et la pratique des débats contradictoires.
Sur les dieux (fragment conservé par Eusèbe de Césarée) (v. 450 av. J.-C.)
« Au sujet des dieux, je ne suis pas en mesure de savoir s'ils existent ou s'ils n'existent pas, ni quelle est leur nature. Trop de choses s'y opposent : l'obscurité du sujet et la brièveté de la vie humaine. »
Les Dissoi Logoi (Discours doubles, texte anonyme d'inspiration protagoréenne) (v. 400 av. J.-C.)
Ce texte anonyme du Ve siècle illustre la méthode de Protagoras consistant à présenter deux arguments opposés sur chaque question morale ou politique, montrant que chaque thèse peut être défendue et réfutée.

Lieux clés

Abdère (Thrace)

Ville natale de Protagoras, cité grecque de Thrace réputée pour avoir donné naissance à deux grands penseurs : Protagoras et Démocrite. C'est là qu'il reçut sa première formation intellectuelle.

Athènes

Centre intellectuel et politique du monde grec, Athènes fut la scène principale de la carrière de Protagoras. Il y enseigna, fréquenta Périclès et fut finalement accusé d'impiété avant de fuir.

Thourioi (Grande Grèce)

Colonie panhellénique fondée en 444 av. J.-C. sur les côtes de l'actuelle Calabre (Italie). Périclès confia à Protagoras la rédaction de ses lois, mission emblématique de sa reconnaissance politique.

Olympie

Lors des grands Jeux panhelléniques d'Olympie, Protagoras aurait lu publiquement son traité Sur les dieux, provoquant stupeur et admiration auprès des délégations de toutes les cités grecques.

Agora d'Athènes

Place publique où sophistes et philosophes débattaient, enseignaient et confrontaient leurs idées. C'est sur l'agora que les livres de Protagoras auraient été brûlés sur ordre des autorités athéniennes.

Voir aussi