Protagoras d'Abdère (v. 489 - v. 419 av. J.-C.) est l'un des premiers et des plus célèbres sophistes grecs. Il est connu pour sa thèse relativiste : « L'homme est la mesure de toutes choses ».
Protagoras(489 av. J.-C. — 419 av. J.-C.)
Protagoras
8 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« L'homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont en tant qu'elles sont, de celles qui ne sont pas en tant qu'elles ne sont pas.»
« Sur les dieux, je ne peux savoir ni s'ils existent ni s'ils n'existent pas, ni quelle est leur nature.»
Faits marquants
- Né vers 489 av. J.-C. à Abdère en Thrace, ville natale aussi de Démocrite.
- Fut l'un des premiers à se faire payer pour enseigner la rhétorique et l'argumentation.
- Ami et conseiller de Périclès, il rédigea vers 444 av. J.-C. les lois de la colonie panhellénique de Thourioi.
- Accusé d'impiété à Athènes, ses livres furent brûlés sur l'agora, probablement vers 415 av. J.-C.
- Mort vers 419 av. J.-C., selon la tradition lors d'un naufrage en fuyant Athènes.
Œuvres & réalisations
Traité dans lequel Protagoras affirme son agnosticisme sur l'existence des dieux. Cette œuvre lui valut d'être accusé d'impiété à Athènes ; ses exemplaires furent brûlés, faisant de ce texte l'un des premiers cas de censure philosophique de l'histoire.
Ouvrage central de sa pensée, qui s'ouvrait sur la célèbre formule « L'homme est la mesure de toutes choses ». Il y développait son relativisme : la vérité est subjective et dépend de chaque individu.
Traité dans lequel Protagoras s'attaquait aux thèses des philosophes éléates (Parménide, Zénon) sur l'existence d'un être unique et immuable. Il y défendait une vision pluraliste et mouvante de la réalité.
Recueil de paires d'arguments contradictoires sur des questions éthiques, politiques et juridiques. Cette œuvre fut le manuel de base de l'enseignement sophistique et forma des générations d'orateurs et de juristes.
Traité dans lequel Protagoras soutenait que la vertu politique pouvait s'enseigner, contrairement à ce qu'affirmait Socrate. Cette thèse est au cœur du dialogue éponyme de Platon.
Anecdotes
Protagoras fut le premier penseur grec à se faire payer pour enseigner. Il réclamait des honoraires élevés à ses élèves, ce qui choqua profondément ses contemporains habitués à une transmission gratuite du savoir. Cette pratique allait définir la figure du sophiste comme un maître payant.
Selon Diogène Laërce, Protagoras aurait commencé sa vie comme porteur de bois avant d'être remarqué par Démocrite d'Abdère, qui, impressionné par la façon ingénieuse dont il ficelait ses fagots, décida de l'instruire. Cette rencontre aurait changé le cours de sa vie.
Protagoras fut poursuivi en justice à Athènes pour impiété après avoir écrit dans son traité Sur les dieux : « Concernant les dieux, je ne peux savoir s'ils existent ou non. » Ses livres auraient été brûlés sur l'agora, et lui-même contraint de fuir la cité.
Platon rapporte que Protagoras fut l'un des premiers à analyser la langue grecque en distinguant les genres grammaticaux et les modes du discours. Il aurait classé les phrases en questions, réponses, prières et ordres — une démarche linguistique remarquablement précoce.
D'après Héraclide du Pont, Protagoras aurait péri en mer lors de sa fuite d'Athènes, son navire ayant fait naufrage. Il avait alors environ 70 ans et était l'un des penseurs les plus célèbres et les mieux payés de son temps.
Sources primaires
« L'homme est la mesure de toutes choses, de celles qui sont en tant qu'elles sont, de celles qui ne sont pas en tant qu'elles ne sont pas. » C'est ainsi que Platon cite et discute longuement la thèse centrale de Protagoras.
Platon met en scène Protagoras exposant son fameux mythe de Prométhée et Épiméthée pour justifier l'enseignement de la vertu politique. Protagoras y défend que la vertu s'enseigne et que tout citoyen peut y accéder.
« Protagoras fut le premier à soutenir que sur toute question il y a deux discours contraires l'un à l'autre. » Diogène Laërce lui attribue également l'invention de la maïeutique argumentative et la pratique des débats contradictoires.
« Au sujet des dieux, je ne suis pas en mesure de savoir s'ils existent ou s'ils n'existent pas, ni quelle est leur nature. Trop de choses s'y opposent : l'obscurité du sujet et la brièveté de la vie humaine. »
Ce texte anonyme du Ve siècle illustre la méthode de Protagoras consistant à présenter deux arguments opposés sur chaque question morale ou politique, montrant que chaque thèse peut être défendue et réfutée.
Lieux clés
Ville natale de Protagoras, cité grecque de Thrace réputée pour avoir donné naissance à deux grands penseurs : Protagoras et Démocrite. C'est là qu'il reçut sa première formation intellectuelle.
Centre intellectuel et politique du monde grec, Athènes fut la scène principale de la carrière de Protagoras. Il y enseigna, fréquenta Périclès et fut finalement accusé d'impiété avant de fuir.
Colonie panhellénique fondée en 444 av. J.-C. sur les côtes de l'actuelle Calabre (Italie). Périclès confia à Protagoras la rédaction de ses lois, mission emblématique de sa reconnaissance politique.
Lors des grands Jeux panhelléniques d'Olympie, Protagoras aurait lu publiquement son traité Sur les dieux, provoquant stupeur et admiration auprès des délégations de toutes les cités grecques.
Place publique où sophistes et philosophes débattaient, enseignaient et confrontaient leurs idées. C'est sur l'agora que les livres de Protagoras auraient été brûlés sur ordre des autorités athéniennes.
Objets typiques

Protagoras rédigeait ses traités sur des rouleaux de papyrus, support d'écriture standard dans le monde grec antique. Son ouvrage Sur les dieux fut ainsi écrit, puis lu publiquement avant d'être condamné au bûcher.

Protagoras parcourait les cités grecques pour dispenser son enseignement contre rémunération. Le bâton de marche était l'attribut du sophiste itinérant, toujours en chemin entre Athènes, la Sicile ou la Grande Grèce.

Contrairement aux philosophes qui enseignaient gratuitement, Protagoras fut le premier à percevoir des honoraires pour ses cours. La bourse symbolise cette innovation controversée : la professionnalisation du savoir.

Les sophistes utilisaient la clepsydre pour mesurer le temps de parole lors des joutes oratoires et des procès. Protagoras enseignait à ses élèves à utiliser le temps imparti avec une efficacité rhétorique maximale.

Outil quotidien de l'enseignement, la tablette de cire permettait aux élèves de prendre des notes lors des leçons de Protagoras. Elle servait également à préparer les arguments avant un discours ou un débat.

Vêtement distinctif des lettrés et des philosophes grecs, l'himation était porté par Protagoras lors de ses conférences publiques. Sa qualité et son drapé soignés signalaient le statut social élevé acquis grâce à ses honoraires.
Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Protagoras se levait tôt, à l'aube, heure à laquelle les activités publiques commençaient à Athènes. Il consacrait la matinée à la relecture de ses traités sur tablettes et papyrus, préparant ses arguments pour les joutes oratoires du jour. Ses repas matinaux, frugaux, consistaient en pain d'orge, olives et fromage de chèvre.
Après-midi
L'après-midi était le temps des enseignements publics sous les portiques de l'agora ou dans les maisons privées de riches Athéniens qui le recevaient. Protagoras y exposait ses thèses devant des élèves qui payaient pour apprendre l'art de convaincre, de raisonner et de gouverner. Les séances pouvaient durer plusieurs heures, entrecoupées de débats contradictoires.
Soir
Le soir, Protagoras était souvent convié aux symposia — banquets intellectuels où l'on buvait du vin coupé d'eau tout en débattant de philosophie, de politique et de rhétorique. C'est dans ce cadre qu'il côtoyait Périclès, Socrate et les grandes figures de la vie athénienne. La nuit, il lisait ou dictait ses textes à la lueur des lampes à huile.
Alimentation
L'alimentation de Protagoras suivait le régime méditerranéen classique des Grecs du Ve siècle : pain d'orge ou de blé, légumineuses (lentilles, pois chiches), poissons séchés ou frais, fromages, olives, figues et raisins. Lors des banquets chez ses riches mécènes, il avait accès à des mets plus raffinés comme la viande de porc ou d'agneau. Le vin, toujours coupé d'eau, était la boisson principale.
Vêtements
Protagoras portait l'himation, grand manteau de laine drapé sur l'épaule gauche, par-dessus un chiton de lin. La qualité de ses vêtements, soignée et souvent teinte, reflétait sa réussite financière : les sophistes bien payés s'habillaient mieux que le commun des citoyens. Il portait des sandales de cuir, attribut des hommes de lettres et des citoyens aisés.
Habitat
À Athènes, Protagoras séjournait probablement chez de riches citoyens ou dans des maisons louées dans les quartiers commerçants proches de l'agora. La maison grecque typique se composait d'un andron (salle de réception des hommes) où se tenaient les discussions intellectuelles, d'une cour centrale et de pièces privées. Étant itinérant, il n'avait pas de résidence fixe et dépendait de l'hospitalité de ses mécènes.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Style céramique attique à figures rouges, lumière dorée méditerranéenne, architecture de marbre blanc — l'esthétique classique de l'Athènes de Périclès au Ve siècle av. J.-C.
Ambiance sonore
L'ambiance sonore d'Athènes au Ve siècle av. J.-C. : le bourdonnement de l'agora, les débats publics sous les portiques et le bruit des chantiers du Parthénon en arrière-plan.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Sur les dieux (Peri theôn)
v. 450 av. J.-C.
La Vérité ou Les Discours renversants (Alêtheia)
v. 445 av. J.-C.
Sur l'être (Peri tou ontos)
v. 440 av. J.-C.
Antilogies (Discours opposés)
v. 445 av. J.-C.
Sur la vertu (Peri aretês)
v. 440 av. J.-C.






