Ravi Shankar(1920 — 2012)

Ravi Shankar

Raj britannique, Inde

8 min de lecture

MusiqueMusicien(ne)XXe siècleMaître du sitar, pont entre musiques indienne et occidentale

sitariste et compositeur indien

Questions fréquentes

Ravi Shankar était un sitariste et compositeur indien né à Bénarès en 1920, considéré comme le maître incontesté du sitar au XXe siècle. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a été le pont vivant entre la musique classique hindoustanie et l'Occident, en collaborant avec des artistes comme Yehudi Menuhin et George Harrison. Moins un simple interprète qu'un véritable ambassadeur culturel, il a fait découvrir à des millions d'auditeurs la richesse des ragas et la spiritualité de la musique indienne, jusqu'à sa mort en 2012.

Faits marquants

  • Ravi Shankar (1920-2012) est considéré comme le plus grand maître du sitar, instrument à cordes pincées de la musique classique indienne.
  • Il a été l'élève du musicien Allauddin Khan pendant sept ans (années 1930-1940), recevant une formation rigoureuse à la musique hindoustanie.
  • Dans les années 1960, il devient mondialement célèbre en initiant George Harrison des Beatles au sitar, contribuant à faire découvrir la musique indienne en Occident.
  • Il a participé au concert de Woodstock (1969) et au Concert for Bangladesh (1971), premier grand concert humanitaire de l'histoire du rock.
  • Il a collaboré avec le violoniste Yehudi Menuhin et le chef d'orchestre Zubin Mehta, créant des œuvres mêlant musique indienne et musique classique occidentale.

Œuvres & réalisations

Raga Jog (années 1950)

L'un des ragas les plus célèbres interprétés par Shankar, il illustre parfaitement la richesse ornementale et improvisatoire de la musique hindoustanie. Ses enregistrements de ce raga sont considérés comme des références absolues du genre.

Concerto pour sitar n°1 (avec l'Orchestre symphonique de Londres) (1971)

Œuvre pionnière réunissant sitar et orchestre occidental, qui cherche à créer un véritable dialogue entre les deux traditions musicales sans les réduire l'une à l'autre. Elle a ouvert la voie à de nombreuses collaborations intercultureles.

Raga (film documentaire, réalisé par Howard Worth) (1971)

Documentaire retraçant la vie et la philosophie musicale de Ravi Shankar, produit avec le soutien de George Harrison. Ce film a permis à des millions de spectateurs occidentaux de comprendre les fondements spirituels de la musique classique indienne.

West Meets East (album avec Yehudi Menuhin) (1967)

Collaboration historique entre le violoniste Yehudi Menuhin et Ravi Shankar, récompensée par un Grammy Award. L'album symbolise le dialogue respectueux entre deux grandes traditions musicales mondiales.

Chants of India (1997)

Album produit par George Harrison rassemblant des hymnes et des mantras vediques mis en musique par Ravi Shankar. Œuvre de spiritualité musicale, il exprime la dimension sacrée au cœur de toute sa démarche artistique.

The Living Room Sessions Part 1 (2012)

Dernier album enregistré par Ravi Shankar quelques mois avant sa mort, en configuration intime. Il constitue son testament musical, jouant des ragas dans leur forme la plus pure et la plus dépouillée.

Anecdotes

En 1966, Ravi Shankar rencontre George Harrison des Beatles lors d'un concert à Londres. Harrison, fasciné par le son du sitar qu'il avait déjà utilisé sur 'Norwegian Wood', demande à Shankar de lui enseigner l'instrument. Cette rencontre contribue à déclencher une véritable mode de la musique indienne en Occident.

Au festival de Monterey Pop en 1967, Ravi Shankar est l'un des rares artistes à recevoir une ovation debout du public américain. Il est stupéfait de voir des spectateurs allumer des briquets et se lever, une coutume rock qu'il découvre alors pour la première fois et qui le touche profondément.

En 1971, Ravi Shankar organise avec George Harrison le Concert for Bangladesh, l'un des premiers grands concerts humanitaires de l'histoire du rock. Devant 40 000 personnes au Madison Square Garden de New York, il ouvre le spectacle par un raga, exigeant le silence absolu du public — et l'obtenant.

Ravi Shankar a été nommé membre du Parlement indien (Rajya Sabha) en 1986, reconnaissance exceptionnelle pour un musicien. Il considérait la musique comme un acte spirituel autant qu'artistique, affirmant que jouer du sitar était pour lui une forme de prière quotidienne adressée à Dieu.

Sa fille Norah Jones, née en 1979 de sa relation avec la pianiste américaine Sue Jones, ignore pendant longtemps l'identité de son père. Elle ne le rencontre vraiment qu'à l'adolescence. Elle deviendra une chanteuse de jazz mondialement reconnue, illustrant ainsi la transmission interculturelle de l'art musical.

Sources primaires

My Music, My Life (autobiographie) (1968)
Since my earliest childhood, music has been my life. It is my religion, my love, my breath. The sitar is not just an instrument to me — it is the voice of my soul.
Raga Mala (mémoires) (1997)
Je suis né à Bénarès, la ville sainte, et c'est là que j'ai compris que la musique était indissociable du sacré. Chaque raga correspond à une heure du jour, à une saison, à une émotion de l'âme humaine.
Discours de remise du Prix Bharat Ratna (plus haute distinction civile indienne) (1999)
La musique indienne classique est un héritage de plusieurs millénaires. Mon seul désir est d'en être le messager fidèle auprès de toutes les nations du monde.
Interview au journal Le Monde (2002)
L'Occident a découvert notre musique comme une curiosité exotique dans les années 1960, mais aujourd'hui il y a un véritable dialogue. C'est ce que j'ai cherché toute ma vie : non pas une fusion superficielle, mais un échange profond et respectueux.

Lieux clés

Varanasi (Bénarès), Inde

Ville natale de Ravi Shankar, l'une des plus anciennes cités du monde et haut lieu de la spiritualité hindoue. Cette ville sainte sur les rives du Gange a profondément marqué sa vision de la musique comme pratique spirituelle.

Maihar, Madhya Pradesh, Inde

Ville où Ravi Shankar a effectué son apprentissage intensif de sept ans auprès du maître Allauddin Khan. C'est ici qu'il a forgé sa technique et sa sensibilité musicale, entre 1938 et 1944.

All India Radio, New Delhi, Inde

Institution où Ravi Shankar fut directeur musical de 1949 à 1956, lui permettant de diffuser la musique classique indienne à l'ensemble du pays et de composer pour de nombreuses productions nationales.

Madison Square Garden, New York, États-Unis

Lieu du Concert for Bangladesh en août 1971, organisé par Ravi Shankar et George Harrison pour lever des fonds pour les réfugiés du Bangladesh. Ce fut l'un des concerts humanitaires les plus importants de l'histoire.

Ravi Shankar Centre, New Delhi, Inde

Centre culturel fondé par Ravi Shankar en 2002 pour promouvoir les arts classiques indiens, organiser des concerts, des formations et des échanges interculturels. Il reste un lieu vivant de transmission de son héritage.

Voir aussi