Esclave née vers 1772 en Guadeloupe d'une mère africaine déportée, Solitude rejoignit les insurgés mulâtres lors de la résistance armée contre le rétablissement de l'esclavage décrété par Bonaparte en 1802. Enceinte, elle combattit jusqu'à sa capture et fut pendue le lendemain de son accouchement, le 29 novembre 1802. Son histoire, transmise par la tradition orale créole et antillaise, en fait une figure emblématique de la résistance à l'oppression coloniale.
Solitude(1772 — 1802)
Solitude
France
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Questions fréquentes
Faits marquants
- Née vers 1772 en Guadeloupe, fille d'une esclave africaine ; son père serait un Blanc selon la tradition orale
- L'abolition de l'esclavage par la Convention en 1794 lui accorda brièvement la liberté
- En 1802, Bonaparte rétablit l'esclavage dans les colonies françaises par la loi du 20 mai 1802
- Solitude rejoignit le camp des insurgés dirigés par Louis Delgrès et combattit à Baimbridge (Guadeloupe)
- Enceinte au moment de sa capture, elle fut exécutée par pendaison le 29 novembre 1802, au lendemain de l'accouchement de son enfant
Œuvres & réalisations
Acte de résistance collectif et politique majeur, auquel Solitude participa activement. Ce soulèvement représente l'un des premiers refus organisés du rétablissement de l'esclavage par Bonaparte dans les Antilles françaises.
Ce roman, nourri de la tradition orale créole et de recherches historiques, révéla l'histoire de Solitude au monde entier. Il contribua à inscrire son nom dans la mémoire collective internationale et valut à son auteur une reconnaissance littéraire mondiale.
Œuvre du sculpteur guadeloupéen Josué Dorel, inaugurée lors de la commémoration du 150e anniversaire de l'abolition définitive de l'esclavage. Elle représente Solitude enceinte, debout et fière, et est devenue un lieu de mémoire et de pèlerinage.
En 2021, lors des commémorations nationales, Solitude fut reconnue comme figure de la République française, et son hommage fut rendu lors de cérémonies officielles, illustrant la place croissante des résistants antillais dans la mémoire nationale.
Anecdotes
Solitude naquit vers 1772 d'une mère africaine violée à bord du négrier qui la transportait en Guadeloupe. Ce contexte de violence originel marqua profondément son identité : ni tout à fait africaine, ni reconnue par la société coloniale, elle grandit dans l'entre-deux du monde esclavagiste antillais.
Lorsque Bonaparte rétablit l'esclavage par la loi du 20 mai 1802, Solitude refusa de retourner en servitude. Elle rejoignit les insurgés regroupés autour de Louis Delgrès dans les hauteurs de la Basse-Terre, prenant les armes malgré sa grossesse avancée. Son courage frappa les témoins de l'époque.
Après la mort héroïque de Louis Delgrès à Matouba le 28 mai 1802, les derniers résistants continuèrent le combat dans les mornes de Guadeloupe. Solitude figura parmi ceux qui tinrent encore des mois, avant d'être capturés par les troupes du général Richepance chargé de pacifier l'île.
Faite prisonnière alors qu'elle était sur le point d'accoucher, les autorités coloniales attendirent la naissance de son enfant avant de l'exécuter, afin de ne pas perdre ce 'bien' — le nourrisson étant lui-même propriété du maître. Elle fut pendue le 29 novembre 1802, le lendemain de la naissance de son enfant.
L'histoire de Solitude, transmise de génération en génération par la tradition orale créole, fut révélée au grand public en 1972 par le roman de l'écrivain guadeloupéen André Schwarz-Bart. En 1999, une statue lui fut érigée à Pointe-à-Pitre, faisant d'elle une figure nationale et un symbole universel de la résistance à l'oppression.
Sources primaires
C'est dans les plus beaux jours d'un siècle à jamais célèbre par le triomphe des lumières et de la philosophie, qu'une classe d'hommes infortunés [...] voit briser le sceptre de fer sous lequel elle gémissait depuis deux siècles.
Les derniers rebelles ont été arrêtés dans les mornes. Les meneurs ont été jugés et exécutés conformément aux ordres du Premier Consul. L'ordre est rétabli sur toute l'étendue de la colonie.
On racontait qu'elle était enceinte et qu'elle portait son ventre comme un bouclier. Elle disait qu'un enfant qui naît libre vaut mieux qu'une vie entière dans les fers.
Dans les colonies rendues à la France en exécution du traité d'Amiens, l'esclavage sera maintenu conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789.
Lieux clés
Cœur de l'insurrection de 1802, la ville de Basse-Terre et ses environs furent le théâtre des combats entre les insurgés menés par Delgrès et Solitude et les troupes françaises du général Richepance.
Lieu du sacrifice ultime de Louis Delgrès et de 300 insurgés le 28 mai 1802 : plutôt que de se rendre, ils firent sauter la poudrière. Ce haut-lieu de la résistance est aujourd'hui un site mémoriel majeur.
Principale ville de la Guadeloupe, où Solitude fut exécutée le 29 novembre 1802. Une statue lui y est érigée depuis 1999, place de la Victoire, rendant hommage à son sacrifice.
Ces collines et forêts denses de l'intérieur de la Guadeloupe servirent de refuge aux esclaves marrons et aux insurgés de 1802. Solitude y mena sa résistance après la défaite de Matouba.
Objets typiques

Outil omniprésent dans les plantations sucrières, la machette servait à couper la canne à sucre. Dans les mains des insurgés comme Solitude, elle devint aussi une arme de résistance lors des combats dans les mornes.

Symboles de la servitude imposée aux esclaves, les chaînes et entraves en fer forgé étaient le quotidien des captifs. Le refus de les remettre définit toute la trajectoire de Solitude.

Instrument de percussion africain au cœur de la culture créole guadeloupéenne, le ka servait à la fois de communication entre les communautés et d'outil de résistance culturelle. Son rythme accompagnait les cérémonies et les rassemblements d'insurgés.

Les esclaves des plantations travaillaient du lever au coucher du soleil avec des houes et des outils rudimentaires. Solitude, comme toutes les femmes esclaves, connaissait intimement ce labeur épuisant.

Dans les forêts et mornes guadeloupéens, les marrons utilisaient les plantes locales pour se soigner loin des plantations. Cette connaissance des plantes médicinales créoles était essentielle à la survie des résistants.

Transmis dans la tradition orale, cet objet symbolique évoque les serments pris par les insurgés de résister jusqu'à la mort plutôt que de retourner en esclavage.
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Vie quotidienne
Matin
Dans la plantation, la journée commençait avant l'aube au son de la cloche ou du fouet du commandeur. Les femmes esclaves rejoignaient les champs de canne dès 5 heures du matin, houe ou coutelas en main, sous la surveillance des contremaîtres. Les mères devaient souvent laisser leurs nourrissons dans les cases.
Après-midi
Le travail de la canne était épuisant sous le soleil tropical : couper, débroussailler, porter les tiges lourdes jusqu'au moulin. Une courte pause était accordée à midi pour avaler quelques racines de manioc ou un peu de banane verte, seule nourriture laissée aux esclaves. Pendant l'insurrection, l'après-midi était consacré au déplacement dans les mornes, aux guets et aux préparatifs militaires.
Soir
Le soir dans les cases en bois et paille, les esclaves se retrouvaient brièvement entre eux, transmettant leur culture par les chants, les contes (veillées) et les rythmes du ka. Pendant la résistance armée de 1802, les soirées étaient consacrées aux réunions clandestines dans la forêt, à l'entretien des armes rudimentaires et aux discussions stratégiques.
Alimentation
L'alimentation des esclaves était volontairement insuffisante : manioc, igname, banane plantain, quelques légumes du jardin créole et, occasionnellement, du poisson séché. Les insurgés dans les mornes se nourrissaient de fruits sauvages, de racines, de gibier et des vivres volés aux plantations ou apportés par des sympathisants.
Vêtements
Les esclaves recevaient chaque année deux tenues de travail en toile grossière de coton blanc ou de bure. Les femmes portaient un jupon long, une chemise, et un tignon — foulard de madras noué sur la tête, qui devint un symbole identitaire fort pour les femmes afro-créoles. Pendant la résistance, les vêtements étaient déchirés, tachés de boue et de sang.
Habitat
Les esclaves vivaient dans des cases en bois, bambou et feuilles de canne, serrées dans les « quartiers » des plantations, sans intimité. Ces habitats précaires n'offraient aucun confort contre l'humidité tropicale. Dans les mornes, les insurgés construisaient des abris provisoires dans la forêt, toujours prêts à se déplacer pour échapper aux troupes coloniales.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Illustration historique évoquant la Guadeloupe coloniale de 1800 : une femme métisse d'une dignité farouche, dans un cadre tropical luxuriant mêlant violence de l'oppression et beauté sauvage des mornes.
Ambiance sonore
Paysage sonore de la Guadeloupe tropicale de 1802 : la forêt dense des mornes, les tambours ka africains, les rumeurs de résistance et le fracas lointain des combats de l'insurrection.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Résistance armée contre le rétablissement de l'esclavage en Guadeloupe
1802
La Mulâtresse Solitude (roman d'André Schwarz-Bart)
1972
Statue de Solitude, Place de la Victoire, Pointe-à-Pitre
1999
Entrée au Panthéon (Panthéonisation symbolique et commémoration nationale)
2021






