Susan Sontag (1933-2004) est une intellectuelle américaine majeure du XXe siècle, essayiste, romancière et militante. Connue pour ses réflexions sur la photographie, la maladie et la guerre, elle a profondément influencé la pensée critique contemporaine.
Susan Sontag(1933 — 2004)
Susan Sontag
États-Unis
8 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« La photographie est essentiellement un acte de non-intervention.»
« Être éduqué, c'est apprendre à lire lentement.»
Faits marquants
- Née en 1933 à New York, elle publie en 1964 l'essai 'Notes on Camp' qui la rend célèbre
- En 1977, elle publie 'Sur la photographie', ouvrage de référence sur l'image
- En 1978, 'La maladie comme métaphore' analyse les représentations sociales du cancer et de la tuberculose
- Elle a dirigé des pièces de théâtre à Sarajevo pendant le siège en 1993, acte fort d'engagement
- Décédée en 2004 d'une leucémie, elle reste une figure incontournable de la pensée critique américaine
Œuvres & réalisations
Essai fondateur paru dans la Partisan Review qui théorise l'esthétique du camp — goût pour l'artifice, l'exagération et le kitsch. Ce texte fit de Sontag une intellectuelle incontournable dès ses débuts.
Recueil d'essais critiques dans lequel Sontag défend une approche sensorielle de l'art contre le réductionnisme interprétatif. L'ouvrage reste une référence dans les études culturelles et la critique littéraire.
Ouvrage majeur qui examine le rapport de nos sociétés à l'image photographique : son pouvoir, ses limites et ses effets sur notre perception du réel. Il influence encore profondément les études visuelles.
Essai issu de son expérience du cancer dans lequel Sontag déconstruit les représentations culturelles des maladies (tuberculose, cancer, puis sida). Texte de référence en études médicales et sociales.
Prolongement de son essai précédent, appliqué à l'épidémie de sida. Sontag y combat les stigmatisations morales et sociales attachées à cette maladie à un moment de crise majeure.
Roman historique récompensé par le National Book Award, inspiré de la vie de l'actrice polonaise Helena Modrzejewska. Il illustre le goût de Sontag pour la fiction comme outil d'exploration intellectuelle.
Essai dans lequel elle revient sur 'Sur la photographie' et interroge l'impact moral des images de guerre sur les spectateurs. Ouvrage publié en pleine guerre d'Irak, d'une actualité brûlante.
Anecdotes
À l'âge de seize ans, Susan Sontag entre à l'université de Chicago grâce à son intelligence précoce exceptionnelle. Elle y découvre la philosophie et la littérature européenne, forgeant une curiosité intellectuelle qui ne la quittera jamais.
En 1968, Sontag se rend à Hanoï en pleine guerre du Vietnam pour témoigner des bombardements américains. Son reportage, publié sous le titre 'Trip to Hanoi', constitue un acte d'engagement politique courageux à une époque où critiquer la politique étrangère américaine exposait à de vives hostilités.
Lors du siège de Sarajevo en 1993, Sontag se rend dans la ville assiégée et met en scène 'En attendant Godot' de Beckett avec des acteurs locaux, jouant à la bougie en raison des coupures d'électricité. Ce geste symbolique fort fut une démonstration de solidarité face à la barbarie.
Diagnostiquée d'un cancer du sein en 1975, Sontag survécut contre toute attente et tira de cette expérience son essai 'La maladie comme métaphore', dans lequel elle démonte les préjugés culturels entourant certaines maladies. Elle souffrit d'un nouveau cancer en 1998 avant de succomber à une leucémie en 2004.
Son essai 'Sur la photographie' (1977), compilé à partir d'articles publiés dans le New York Review of Books, fut un choc intellectuel mondial. Il fut le premier ouvrage théorique majeur à interroger le pouvoir et les limites de l'image photographique dans la société contemporaine.
Sources primaires
Camp is a certain mode of aestheticism. It is one way of seeing the world as an aesthetic phenomenon. That way, the way of Camp, is not in terms of beauty, but in terms of the degree of artifice, of stylization.
Photographier, c'est s'approprier la chose photographiée. Cela signifie se mettre dans un certain rapport au monde qui ressemble à la connaissance, et donc au pouvoir.
La maladie n'est pas une métaphore, et la façon la plus saine d'être malade — et la façon la plus saine de penser à la maladie — c'est de résister à la pensée métaphorique, de la purger.
La question de savoir si les photographies de personnes tuées et mutilées doivent être montrées — et dans quelle mesure — reste une vraie question morale.
L'écrivain est celui ou celle qui prête attention au monde. Être un écrivain, c'est pratiquer, avec une attention particulière et un dévouement particulier, l'art de lire le monde.
Lieux clés
Sontag vécut la majeure partie de sa vie adulte à New York, notamment dans le West Village et Chelsea. La ville fut le centre de sa vie intellectuelle et de ses engagements artistiques.
Elle y entra à 16 ans et y reçut une formation philosophique rigoureuse qui façonna durablement sa pensée critique et son goût pour les grandes synthèses intellectuelles.
Sontag y séjourna longuement dans les années 1950, fréquentant les cafés de Saint-Germain-des-Prés et s'imprégnant de la philosophie française (Sartre, Beauvoir, Barthes, Lévi-Strauss).
En 1993, en plein siège de la ville, elle y mit en scène 'En attendant Godot'. Ce geste symbolique fit le tour du monde et illustra son engagement pour la culture comme forme de résistance.
Elle s'y rendit en 1968 pendant la guerre du Vietnam, sous les bombardements américains, pour témoigner de la réalité du conflit et publier un récit de voyage engagé.
Objets typiques

Sontag rédigeait ses essais et romans sur une machine à écrire, refusant longtemps l'ordinateur. La frappe mécanique rythmait ses longues nuits de travail dans son appartement new-yorkais.
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Elle tenait des journaux intimes depuis l'adolescence, accumulant des carnets noirs remplis de lectures, pensées et auto-analyses. Ces journaux furent publiés posthumément sous le titre 'Reborn'.

Bien que théoricienne de la photographie plutôt que photographe professionnelle, Sontag emportait toujours un appareil lors de ses voyages pour documenter le monde, nourissant ainsi sa réflexion sur l'image.
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Son appartement de Manhattan était envahi de milliers de livres empilés partout. Elle lisait dans plusieurs langues et considérait la lecture comme un acte fondamentalement politique et éthique.

Fumeuse invétérée pendant une grande partie de sa vie, la cigarette faisait partie de l'image de l'intellectuelle engagée qu'elle incarnait, symbole d'une génération de penseurs des années 1960-1970.
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Grande voyageuse, Sontag se rendit en Chine, au Vietnam, en Bosnie, en Israël et dans toute l'Europe. Ses voyages étaient toujours liés à un engagement intellectuel ou politique concret.
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Vie quotidienne
Matin
Sontag se levait tard, souvent après une nuit de lecture ou d'écriture qui s'était prolongée jusqu'à l'aube. Elle prenait un café noir fort avant de parcourir plusieurs journaux — le New York Times, le Village Voice, des revues européennes. Elle consultait son courrier abondant, provenant d'intellectuels du monde entier.
Après-midi
L'après-midi était consacré à l'écriture dans son appartement surchargé de livres, ou à des rendez-vous avec des éditeurs, des artistes et des cinéastes. Elle fréquentait assidûment les galeries d'art de Soho et les cinémas d'art et essai de Manhattan. Elle enseignait également dans diverses universités et donnait des conférences.
Soir
Les soirées étaient mondaines et intellectuellement intenses : dîners avec des artistes, des écrivains ou des réalisateurs (elle était proche de Andy Warhol, Jasper Johns, Joseph Brodsky). Elle assistait à des premières de cinéma, des concerts ou des pièces de théâtre avant de rentrer écrire ou lire jusqu'à très tard.
Alimentation
Sontag avait une alimentation simple et fonctionnelle, peu préoccupée par la gastronomie. Elle aimait les restaurants grecs et italiens de Greenwich Village. Après son cancer, elle fut plus attentive à son alimentation mais resta une femme de l'esprit peu portée sur les plaisirs de la table.
Vêtements
Elle arborait un style caractéristique : col roulé noir, pantalon sombre, veste sobre. Elle refusait les codes féminins conventionnels et privilégiait une allure androgyne et intellectuelle. Sa mèche blanche naturelle dans ses cheveux noirs était devenue son signe distinctif reconnu internationalement.
Habitat
Sontag vécut dans plusieurs appartements de Manhattan, notamment dans le West Village. Tous étaient caractérisés par des bibliothèques débordant de livres empilés jusqu'au plafond, des bureaux couverts de manuscrits et de notes, et une collection de disques vinyles. L'espace de vie était entièrement subordonné au travail intellectuel.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Style visuel
Un style visuel en noir et blanc contrasté, évoquant la photographie documentaire new-yorkaise des années 1960-70, avec une esthétique urbaine intellectuelle et engagée.
Ambiance sonore
Une atmosphère nocturne d'appartement new-yorkais studieux, mêlant le bruit de la machine à écrire, les disques vinyles de musique classique et le murmure lointain de la ville.
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Notes on 'Camp'
1964
Contre l'interprétation
1966
Sur la photographie
1977
La maladie comme métaphore
1978
Le Sida et ses métaphores
1988
En Amérique
1999
Devant la douleur des autres
2003






