Térence

Térence

184 av. J.-C. — 158 av. J.-C.

Rome antique

LettresDramaturgeAvant J.-C.République romaine, IIe siècle av. J.-C.

Térence est un dramaturge comique romain d'origine africaine, affranchi par son maître. Il est l'auteur de six comédies inspirées de la comédie grecque nouvelle, reconnues pour leur latinité élégante et leur finesse psychologique.

Citations célèbres

« Homo sum, humani nihil a me alienum puto. (Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger.) »

Faits marquants

  • Né vers 184 av. J.-C. à Carthage, il est amené à Rome comme esclave puis affranchi
  • Il rédige six comédies entre 166 et 160 av. J.-C., dont L'Andrienne et Les Adelphes
  • Il s'inspire directement des œuvres du comique grec Ménandre (comédie nouvelle)
  • Mort vers 158 av. J.-C., probablement lors d'un voyage en Grèce
  • Son œuvre influence profondément la littérature européenne jusqu'à la Renaissance

Œuvres & réalisations

Andrienne (Andria) (166 av. J.-C.)

Première comédie de Térence, adaptée de Ménandre. Elle met en scène un jeune homme amoureux d'une étrangère pauvre contre la volonté de son père, inaugurant les thèmes de l'amour contrarié et du conflit de générations.

L'Hécyre (Hecyra — La Belle-mère) (165 puis 160 av. J.-C.)

Comédie à l'histoire agitée, représentée trois fois avant d'être entendue. Elle se distingue par sa psychologie subtile et son portrait inhabituellement bienveillant de la belle-mère, figure habituellement moquée.

L'Héautontimorouménos (Se punissant lui-même) (163 av. J.-C.)

Adaptée de Ménandre, cette pièce contient la célèbre formule « Homo sum, humani nihil a me alienum puto », devenue l'une des maximes les plus citées de la littérature latine sur l'humanisme universel.

L'Eunuque (Eunuchus) (161 av. J.-C.)

La plus populaire des pièces de Térence de son vivant, elle fut la seule à être rejouée le jour même de sa première. Elle remporta le prix et un cachet exceptionnel, témoignant du succès public de l'auteur.

Phormion (Phormio) (161 av. J.-C.)

Comédie d'intrigues mettant en scène un parasite rusé qui manipule deux vieillards. Elle inspira Molière pour ses Fourberies de Scapin, illustrant l'influence durable de Térence sur le théâtre occidental.

Les Adelphes (Adelphoe — Les Frères) (160 av. J.-C.)

Chef-d'œuvre de Térence sur deux méthodes d'éducation opposées — l'autorité sévère contre la bienveillance libérale. Jouée aux funérailles de Paul-Émile, elle posa des questions sur la pédagogie qui restent actuelles.

Anecdotes

Térence était originaire de Carthage, en Afrique du Nord. Arrivé à Rome comme esclave du sénateur Térentius Lucanus, il fut affranchi après que son maître eut reconnu ses talents exceptionnels. Son surnom « Afer » (l'Africain) rappelle ses origines, ce qui en fait l'un des rares auteurs antiques dont l'origine non romaine est clairement attestée.

Ses comédies furent d'abord soumises à l'approbation de l'édile Lucius Ambivius Turpio avant d'être jouées. Selon Suétone, Térence bénéficia du soutien actif du cercle de Scipion Émilien, un groupe d'aristocrates cultivés amateurs de culture grecque. Certains jaloux prétendirent même que ses pièces étaient en réalité écrites par ces nobles, accusation qu'il réfuta avec ironie dans ses propres prologues.

La première représentation de L'Hécyre (La Belle-mère) fut un fiasco retentissant : le public abandonna la salle pour assister à des spectacles de gladiateurs et d'acrobates qui se tenaient non loin. Térence dut la rejouer deux fois avant qu'elle soit enfin entendue. Cette anecdote illustre la rude concurrence que subissaient les auteurs de théâtre dans la Rome républicaine.

Térence mourut mystérieusement lors d'un voyage en Grèce, vers 158 av. J.-C., à seulement 26 ans. Selon certaines sources, il aurait péri en mer avec les manuscrits de nouvelles traductions qu'il rapportait d'Athènes. Sa mort prématurée priva Rome d'un talent au sommet de son art, et il ne nous reste que ses six comédies, toutes intégralement conservées.

Sources primaires

Andrienne (Andria) — Prologue (166 av. J.-C.)
« Je le confesse, j'ai transporté dans l'Andrienne et dans la Périnchienne, qui sont deux pièces de Ménandre, ce qui m'a paru convenir. »
L'Héautontimorouménos — Prologue (163 av. J.-C.)
« Homo sum, humani nihil a me alienum puto. » (Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger.)
L'Hécyre (Hecyra) — Prologue de la troisième représentation (160 av. J.-C.)
« La première fois que j'ai voulu représenter cette pièce, la renommée des pugilistes, et l'espoir d'un danseur de corde, le bruit des partisans qui s'attroupaient, ont forcé de la quitter. »
Suétone, De poetis — Vie de Térence (IIe siècle apr. J.-C.)
« Il était de taille médiocre, de teint brun, de corps élancé. Il mourut selon Vulcatius pendant son retour de Grèce, à Leucade, ou selon d'autres à Stymphale, ville d'Arcadie. »

Lieux clés

Carthage, Afrique du Nord

Ville natale présumée de Térence, grande cité méditerranéenne rivale de Rome. Sa naissance dans cette métropole africaine fait de lui l'un des rares auteurs latins d'origine non italienne.

Rome — Colline du Palatin

Térence vécut sur le Palatin comme affranchi du sénateur Térentius Lucanus, dans un quartier aristocratique de Rome. C'est là qu'il fréquenta le cercle cultivé de Scipion Émilien.

Ludi Romani — Forum Boarium (lieu des représentations)

Les comédies de Térence furent jouées lors des Ludi Romani et des Ludi Megalenses, sur des scènes temporaires dressées dans les espaces publics de Rome. Ces fêtes religieuses et civiques rassemblaient tout le peuple romain.

Athènes — Agora

Térence se rendit en Grèce pour étudier directement les originaux de Ménandre et des comiques grecs. Athènes, berceau de la comédie nouvelle, représentait pour lui une source intellectuelle inépuisable.

Leucade ou Stymphale (lieu de sa mort présumée)

Selon les sources antiques, Térence mourut lors de son retour de Grèce, soit en mer près de Leucade, soit à Stymphale en Arcadie. L'incertitude même de sa mort témoigne de la rapidité avec laquelle il disparut.

Voir aussi