Thoutmôsis III
Thoutmôsis III
1480 av. J.-C. — 1424 av. J.-C.
Égypte antique
Pharaon de la XVIIIe dynastie égyptienne (v. 1479-1425 av. J.-C.), Thoutmôsis III est considéré comme le plus grand conquérant de l'Égypte antique. Il mena dix-sept campagnes militaires et porta l'empire égyptien à son apogée territoriale.
Faits marquants
- v. 1479 av. J.-C. : accession au trône, d'abord sous la co-régence d'Hatshepsout
- v. 1457 av. J.-C. : victoire à la bataille de Megiddo, première bataille détaillée de l'Histoire
- Mène 17 campagnes militaires au Levant, en Nubie et en Syrie
- Étend l'empire égyptien de l'Euphrate au nord jusqu'à la quatrième cataracte au sud
- v. 1425 av. J.-C. : mort après un règne de plus de cinquante ans
Œuvres & réalisations
Salle des fêtes construite à Karnak pour célébrer le jubilé royal (fête Sed). Elle abrite la salle dite 'jardin botanique', ornée de bas-reliefs représentant des plantes et animaux exotiques rapportés de Syrie — document naturaliste unique dans l'art égyptien.
Textes gravés sur les murs du temple de Karnak par le scribe royal Thjaneni, décrivant les dix-sept campagnes militaires du pharaon. Première chronique militaire détaillée de l'histoire, ils sont une source de premier ordre pour l'égyptologie.
Thoutmôsis III érigea au moins sept obélisques, plus que tout autre pharaon. Plusieurs ont été déplacés dans l'Antiquité : l'un se trouve à Rome (Latran), un à Istanbul, deux aux États-Unis et en Grande-Bretagne, témoignant du rayonnement mondial de son règne.
Stèle commémorative érigée en Nubie, retraçant les conquêtes de Thoutmôsis III depuis l'Euphrate jusqu'au cœur de l'Afrique. Elle délimite les frontières de l'empire à son apogée et proclame la souveraineté universelle du pharaon.
Sépulture remarquable par son plan architectural innovant et ses parois couvertes de l'intégralité de l'Amdouat en style linéaire unique, comme un gigantesque papyrus déroulé sur la pierre — modèle pour les tombes royales ultérieures.
Thoutmôsis III fit construire un temple en surplomb de celui d'Hatchepsout à Deir el-Bahari, intégrant ce sanctuaire dans un ensemble architectural plus vaste dédié à Amon et à la mémoire royale.
Anecdotes
Lors de sa première grande campagne en 1457 av. J.-C., Thoutmôsis III fut confronté à un dilemme stratégique devant Megiddo : emprunter un large défilé sûr ou franchir le col de l'Arrouna, étroit et risqué, pour surprendre l'ennemi. Ses généraux lui déconseillèrent vivement le passage dangereux, mais le pharaon passa lui-même en tête de ses troupes. Sa victoire fut totale, et Megiddo capitula après sept mois de siège.
Après ses campagnes au Levant, Thoutmôsis III rapportait en Égypte non seulement des prisonniers et du butin, mais aussi des plantes et des animaux exotiques. Il fit graver dans la salle dite 'jardin botanique' du temple de Karnak les représentations précises de ces espèces : ibis, gazelles, lotus syriens. C'est l'un des premiers herbiers illustrés de l'histoire.
Thoutmôsis III fut d'abord co-régent sous l'autorité de sa belle-mère Hatchepsout, qui prit les titres pharaoniques et le relégua au second plan pendant plus de vingt ans. À la mort d'Hatchepsout, il n'effaça ses cartouches et ses monuments que tardivement — un acte politique calculé plutôt qu'une vengeance personnelle, selon les égyptologues modernes.
Au cours de sa huitième campagne, Thoutmôsis III atteignit l'Euphrate, repoussant les frontières de l'empire plus loin que tout autre pharaon avant lui. Cette expédition inclurait une chasse à l'éléphant près de Niya, en Syrie, au cours de laquelle son officier Amenemhab le sauva d'un pachyderme chargeant — exploit consigné dans l'autobiographie du soldat, gravée dans sa propre tombe.
Thoutmôsis III est le premier souverain de l'histoire dont les campagnes militaires sont consignées sous forme d'annales officielles détaillées, rédigées par son scribe Thjaneni. Ces textes, gravés sur les murs du temple de Karnak, constituent le plus ancien document de stratégie militaire du monde antique et permettent de reconstituer avec précision dix-sept campagnes sur vingt ans.
Sources primaires
« Sa Majesté passa par le col de l'Arrouna. [...] Sa Majesté chevaucha sur son char d'électrum, parée de ses armes de guerre, comme Horus armé du bras puissant, seigneur de l'action. »
« Je combattis à Megiddo [...] Je saisis une main coupée. On la remit au scribe royal pour l'inscrire au compte de la bravoure. »
« Les peuples étrangers venaient à lui avec leurs tributs sur le dos, leurs enfants en avant, suppliant que leur soit accordé le souffle de vie. »
« Je suis venu pour te faire écraser les chefs d'Asie, je les ai précipités sous tes sandales. »
La stèle mentionne les premières expéditions militaires de Thoutmôsis III et célèbre ses victoires contre les chefs d'Asie. Elle confirme les données chronologiques des Annales de Karnak pour les premières campagnes.
Lieux clés
Site de la première grande victoire de Thoutmôsis III en 1457 av. J.-C. contre la coalition syro-cananéenne. La bataille est la première action militaire de l'histoire documentée avec des détails tactiques précis.
Grand sanctuaire d'Amon où Thoutmôsis III fit graver ses annales militaires et construisit l'Akh-menu. C'est le lieu principal de commémoration de son règne et de ses conquêtes.
Sépulture de Thoutmôsis III, découverte en 1898 par Victor Loret. Ses parois sont couvertes de l'intégralité de l'Amdouat peint en style linéaire unique, comme un gigantesque papyrus déroulé sur les murs.
Frontière méridionale de l'empire de Thoutmôsis III, là où il érigea une stèle commémorative. Cette région, considérée comme le trône d'Amon, deviendra plus tard le cœur du royaume de Koush.
Ville stratégique du Levant prise par Thoutmôsis III lors de ses campagnes en Syrie. Kadesh restera un enjeu géopolitique majeur pour les pharaons suivants, notamment Ramsès II qui y livrera une célèbre bataille contre les Hittites.
Cité sacrée du dieu Rê où Thoutmôsis III érigea plusieurs obélisques célébrant ses victoires. Deux d'entre eux, connus sous le nom d'Aiguilles de Cléopâtre, se trouvent aujourd'hui à Londres et New York.
