Thucydide

Thucydide

460 av. J.-C. — 394 av. J.-C.

Athènes

LettresHistorien(ne)Avant J.-C.Grèce classique, Ve siècle av. J.-C.

Historien et stratège athénien du Ve siècle av. J.-C., Thucydide est l'auteur de la Guerre du Péloponnèse, récit de la guerre entre Athènes et Sparte. Considéré comme le fondateur de l'historiographie scientifique, il cherchait à établir les faits avec rigueur et impartialité.

Citations célèbres

« La guerre du Péloponnèse fut le plus grand ébranlement qui ait jamais secoué les Grecs. »
« Les forts font ce qu'ils peuvent, les faibles subissent ce qu'ils doivent. »

Faits marquants

  • Né vers 460 av. J.-C. à Athènes, mort vers 394 av. J.-C.
  • Élu stratège en 424 av. J.-C., il est exilé après la chute d'Amphipolis face à Brasidas
  • Rédige pendant son exil La Guerre du Péloponnèse, récit inachevé couvrant 431-411 av. J.-C.
  • Témoin direct de la Peste d'Athènes (430 av. J.-C.) et de l'épidémie qui décima la population
  • Introduit la méthode critique dans l'histoire : vérification des sources, refus du merveilleux

Œuvres & réalisations

La Guerre du Péloponnèse (Historia tou Peloponnesiakou Polemou) (vers 431–400 av. J.-C.)

Œuvre majeure et unique de Thucydide, en huit livres, retraçant la guerre entre Athènes et Sparte de 431 à 411 av. J.-C. Inachevée, elle fonde la méthode historique occidentale par sa rigueur factuelle et son analyse des causes politiques des conflits.

Le Discours funèbre de Périclès (Livre II) (430 av. J.-C. (discours) / vers 400 av. J.-C. (rédaction))

Reconstitution du discours de Périclès en l'honneur des soldats athéniens morts en 431 av. J.-C. Considéré comme le texte fondateur de l'idéal démocratique athénien, il est l'un des passages les plus cités de l'Antiquité.

Description de la peste d'Athènes (Livre II, 47-55) (vers 400 av. J.-C.)

Passage d'une précision clinique exceptionnelle décrivant l'épidémie de 430 av. J.-C. Thucydide, lui-même survivant de la maladie, en donne une description symptomatologique qui reste étudiée par les épidémiologistes modernes.

Le Dialogue des Méliens (Livre V, 84-116) (vers 400 av. J.-C.)

Reconstitution du dialogue entre les ambassadeurs athéniens et les habitants de l'île de Mélos en 416 av. J.-C. Ce passage illustre la logique impitoyable de la puissance politique : 'les forts font ce qu'ils peuvent, les faibles subissent ce qu'ils doivent'.

Le Débat de Mytilène (Livre III, 36-50) (vers 400 av. J.-C.)

Reconstitution des discours opposés de Cléon et Diodotos sur le châtiment à infliger aux Mytiléniens révoltés. Ce débat démontre la méthode thucydidéenne : construire des discours antithétiques pour révéler la logique des décisions politiques.

Anecdotes

Thucydide fut lui-même stratège athénien durant la guerre du Péloponnèse. En 424 av. J.-C., il ne parvint pas à défendre la ville d'Amphipolis contre le général spartiate Brasidas, arrivant trop tard avec sa flotte. Condamné à l'exil pour cet échec, il passa vingt ans loin d'Athènes, ce qui lui permit paradoxalement d'observer les deux camps du conflit.

Contrairement à son prédécesseur Hérodote, Thucydide refusait d'inclure dans son œuvre des mythes ou des récits de miracles. Il affirmait vouloir écrire une histoire utile pour l'avenir, persuadé que les conflits humains se reproduisent selon des logiques immuables. Cette approche rigoureuse lui vaut d'être considéré comme le père de l'historiographie scientifique.

Thucydide fut atteint par la grande peste d'Athènes en 430 av. J.-C. et en réchappa. Il en laissa une description médicale d'une précision remarquable, notant les symptômes jour par jour, qui reste une source précieuse pour les historiens et les médecins contemporains cherchant à identifier cette maladie.

Son œuvre, la Guerre du Péloponnèse, s'interrompt brusquement en 411 av. J.-C., au milieu d'une phrase, sans raison expliquée. On suppose que Thucydide mourut avant d'avoir pu la terminer. Les événements postérieurs furent relatés par Xénophon dans ses Helléniques, comme une sorte de continuation non sollicitée.

Dans son récit du débat de Mytilène (427 av. J.-C.), Thucydide met en scène deux discours opposés sur le sort à réserver aux habitants rebelles. Cette construction rhétorique en miroir illustre sa méthode : il reconstitue les discours pour en dégager la logique politique, avertissant lui-même le lecteur qu'il ne les reproduit pas mot pour mot mais selon l'esprit qu'ils devaient avoir.

Sources primaires

La Guerre du Péloponnèse, Livre I — Proème (vers 400 av. J.-C.)
Thucydide d'Athènes a écrit la guerre des Péloponnésiens et des Athéniens, comment ils se battirent les uns contre les autres ; il commença à écrire dès le début, prévoyant que cette guerre serait grande et plus mémorable que toutes celles qui l'avaient précédée.
La Guerre du Péloponnèse, Livre II — La Peste d'Athènes (vers 400 av. J.-C.)
Les médecins ne pouvaient d'abord y faire face, ignorant la maladie et soignant sans connaissance ; ils mouraient eux-mêmes en plus grand nombre, au contact des malades. Aucun art humain n'y pouvait rien.
La Guerre du Péloponnèse, Livre II — Discours funèbre de Périclès (vers 400 av. J.-C.)
Notre régime politique ne prend pas pour modèle les lois d'autrui ; nous sommes nous-mêmes l'exemple des autres plutôt que leurs imitateurs. Notre régime s'appelle démocratie parce que le gouvernement appartient au plus grand nombre et non à une minorité.
La Guerre du Péloponnèse, Livre V — Dialogue des Méliens (vers 400 av. J.-C.)
Les forts font ce qu'ils peuvent, les faibles subissent ce qu'ils doivent.
La Guerre du Péloponnèse, Livre I — La Méthode historique (vers 400 av. J.-C.)
Quant aux faits de la guerre, je ne me suis pas laissé aller à les tenir de la première source venue ni à m'en remettre à ma propre impression ; j'ai rapporté des événements auxquels j'avais assisté ou que j'avais appris d'autres témoins, après les avoir vérifiés avec toute l'exactitude possible.

Lieux clés

Athènes

Ville natale de Thucydide et cœur de son récit historique. Il y vécut, y exerça comme stratège, y contracta la peste, et y revint à la fin de sa vie après son exil.

Amphipolis (Macédoine)

Cité stratégique de Thrace que Thucydide ne put défendre contre Brasidas en 424 av. J.-C. Cet échec lui valut sa condamnation à l'exil de vingt ans.

Thasos

Île proche de la côte thrace où Thucydide possédait des mines d'or, héritage de sa famille maternelle. Ces ressources lui assurèrent une influence politique dans la région.

Sparte

Cité rivale d'Athènes et puissance terrestre dominant la Ligue du Péloponnèse. L'exil de Thucydide lui permit de fréquenter des cercles proches de Sparte, enrichissant son analyse du conflit.

Syracuse (Sicile)

Théâtre de la catastrophique expédition athénienne de 415-413 av. J.-C. Thucydide consacre deux livres entiers à cet épisode qu'il considère comme le tournant fatal de la guerre.

Voir aussi