Victor-Emmanuel II(1820 — 1878)
Victor-Emmanuel II
royaume d'Italie
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Premier roi de l'Italie unifiée (1861-1878), Victor-Emmanuel II incarna le Risorgimento. Son règne coïncide avec l'âge d'or de l'opéra italien : Verdi mit sa musique au service du nationalisme dont le roi fut le symbole.
Faits marquants
- 1820 : Naissance à Turin, dans la maison de Savoie
- 1849 : Devient roi de Sardaigne après l'abdication de Charles-Albert
- 1861 : Proclamé premier roi d'Italie unifiée à Turin
- 1870 : Rome conquise sur le pape, érigée en capitale du royaume
- 1878 : Mort à Rome ; surnommé le 'Père de la Patrie'
Œuvres & réalisations
En refusant d'abolir la constitution après la défaite de Novare, malgré les pressions autrichiennes, Victor-Emmanuel II préserva le modèle libéral piémontais qui servit ultérieurement de socle constitutionnel à l'Italie unifiée.
L'accord secret de Plombières avec Napoléon III permit de déclencher la deuxième guerre d'indépendance, aboutissant à l'annexion de la Lombardie et des duchés du centre de l'Italie par plébiscite.
Acte fondateur de l'Italie unifiée voté par le Parlement de Turin, qui fit de Victor-Emmanuel II le premier roi d'une Italie unifiée pour la première fois depuis l'Antiquité romaine.
Grâce à l'alliance avec la Prusse de Bismarck lors de la guerre austro-prussienne, l'Italie obtint la Vénétie malgré ses défaites militaires à Custoza et Lissa, agrandissant sensiblement le territoire national.
La brèche de Porta Pia permit aux troupes italiennes d'entrer dans Rome, mettant fin au pouvoir temporel du pape et complétant l'unification. Rome devint la capitale du Royaume d'Italie en 1871.
Avec Cavour, Victor-Emmanuel II transforma le Piémont en un État moderne doté d'un réseau ferroviaire, d'une armée réformée et d'institutions libérales qui furent étendues à toute l'Italie après l'unification.
Anecdotes
En octobre 1860, Victor-Emmanuel II rencontra Garibaldi près du village de Téano, en Campanie. Le héros des Mille, qui venait de conquérir le royaume des Deux-Siciles, salua le roi d'un simple 'Je vous salue, premier roi d'Italie !' et lui remit les territoires conquis, refusant tout honneur personnel. Cette poignée de main entre le roi et le révolutionnaire symbolisa la réconciliation des deux forces qui avaient accompli l'unité italienne.
Victor-Emmanuel II était surnommé 'il Re galantuomo', le 'roi galant homme', parce qu'il refusa de renier le Statuto Albertino après la défaite de Novare en 1849. L'Autriche pressait son père abdiquant et lui-même de supprimer les libertés constitutionnelles comme prix de la paix, mais le jeune roi tint bon, préservant ainsi les institutions libérales du Piémont et sa réputation auprès des patriotes italiens.
Le roi était si passionné de chasse que ses ministres peinaient à le joindre lorsqu'il s'éclipsait dans ses domaines de montagne. Cavour lui-même dut parfois envoyer des courriers urgents jusqu'aux forêts du Val d'Aoste pour obtenir la signature royale sur des traités diplomatiques d'importance capitale.
En juillet 1859, Napoléon III signa l'armistice de Villafranca avec l'Autriche sans prévenir Victor-Emmanuel II, abandonnant la Vénétie à mi-chemin de la campagne. Le roi, furieux de cette trahison, aurait déclaré que l'Italie ne pouvait décidément compter que sur elle-même. Cet épisode l'incita à poursuivre l'unification sans trop se fier aux promesses françaises.
Victor-Emmanuel II entretenait une liaison de longue date avec Rosa Vercellana, surnommée 'la Bella Rosina', fille d'un sous-officier piémontais. Après la mort de son épouse officielle en 1855, il l'épousa en mariage morganatique en 1869. Cette union, scandaleuse pour la cour, illustre le caractère peu cérémonieux du roi, qui se sentait plus à l'aise parmi les soldats et les chasseurs qu'à l'étiquette des palais.
Sources primaires
Abbiamo risoluto di accordare e di sanzionare il presente Statuto fondamentale della Monarchia [...] per essere una legge fondamentale perpetua ed irrevocabile della Monarchia.
Nous proclamons être pris le titre de Roi d'Italie [...] En proclamant à cette heure l'Italie constituée en État, nous accomplissons le vœu de vingt-cinq générations.
Sa Majesté le Roi de Sardaigne consent à ce que les territoires de Savoie et de l'arrondissement de Nice soient réunis à la France, sous la condition expresse que les populations seront consultées.
Le Piémont, en maintenant ses institutions constitutionnelles, offre à l'Italie le modèle d'un gouvernement libre et régulier, respectueux des droits de tous et garant de l'ordre public.
Je dois à mes peuples et à moi-même de ne pas dissimuler combien cet armistice inattendu m'est douloureux ; la Vénétie demeure sous le joug autrichien et l'œuvre nationale reste inachevée.
Lieux clés
Capitale du Piémont-Sardaigne et première capitale du Royaume d'Italie de 1861 à 1865, Turin fut le berceau du Risorgimento. C'est depuis son palais royal que Victor-Emmanuel II et Cavour orchestrèrent la politique d'unification.
Choisie pour sa symbolique historique impériale, Rome ne fut intégrée à l'Italie qu'en 1870 après la brèche de la Porta Pia. Victor-Emmanuel II s'installa au Quirinal, ancien palais pontifical transformé en résidence royale.
Ville annexée après la guerre de 1859, Milan abritait La Scala où les opéras de Verdi résonnaient comme des hymnes patriotiques. Le célèbre « Va, pensiero » du Nabucco y fut bissé des dizaines de fois comme un chant de liberté nationale.
La victoire franco-sarde du 24 juin 1859 contre l'Autriche permit l'annexion de la Lombardie. Les souffrances des blessés sur ce champ de bataille inspirèrent au Genevois Henri Dunant la fondation de la Croix-Rouge internationale.
Ancienne capitale du royaume des Deux-Siciles, Naples fut conquise par Garibaldi en 1860. Victor-Emmanuel II y fit une entrée triomphale, scellant symboliquement l'union du Nord et du Mezzogiorno dans la jeune nation italienne.
