Biographie

Roi de Sardaigne puis premier roi d'Italie unifiée (1861), Victor-Emmanuel II fut le souverain qui, allié à Cavour et Garibaldi, mena à bien le Risorgimento. Il régna jusqu'à sa mort en 1878, incarnant l'unité nationale italienne.

Victor-Emmanuel II(1820 — 1878)

Victor-Emmanuel II

royaume d'Italie

8 min de lecture

PolitiqueMilitaireMonarqueXIXe siècleÉpoque des nationalismes et des révolutions libérales en Europe, marquée par le printemps des peuples (1848) et l'unification des États-nations italiens et allemands

Questions fréquentes

Victor-Emmanuel II, roi de Sardaigne puis premier roi d'Italie (1861-1878), fut le souverain qui, avec son ministre Cavour et le révolutionnaire Garibaldi, mena à bien le Risorgimento, le mouvement d'unification italienne. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il incarna l'unité nationale tout en maintenant une monarchie constitutionnelle libérale, le Statuto Albertino. Contrairement à d'autres souverains européens de l'époque, il choisit délibérément de s'allier à la fois avec la diplomatie (Cavour) et l'action populaire (Garibaldi) pour réaliser l'unité.

Citations célèbres

« L'Italie est faite, il ne reste plus qu'à faire les Italiens.»

Faits marquants

  • 1820 : naissance à Turin dans la maison de Savoie
  • 1849 : devient roi de Sardaigne après l'abdication de son père Charles-Albert
  • 1855-1856 : engage le Piémont dans la guerre de Crimée aux côtés de la France pour s'attirer des alliés
  • 1861 : proclamé premier roi d'Italie unifiée le 17 mars
  • 1878 : mort à Rome, capitale du royaume d'Italie

Œuvres & réalisations

Maintien du Statuto Albertino (1849)

En refusant d'abolir la constitution après la défaite de Novare, malgré les pressions autrichiennes, Victor-Emmanuel II préserva le modèle libéral piémontais qui servit ultérieurement de socle constitutionnel à l'Italie unifiée.

Alliance franco-piémontaise et campagne de 1859 (1858-1859)

L'accord secret de Plombières avec Napoléon III permit de déclencher la deuxième guerre d'indépendance, aboutissant à l'annexion de la Lombardie et des duchés du centre de l'Italie par plébiscite.

Proclamation du Royaume d'Italie (17 mars 1861)

Acte fondateur de l'Italie unifiée voté par le Parlement de Turin, qui fit de Victor-Emmanuel II le premier roi d'une Italie unifiée pour la première fois depuis l'Antiquité romaine.

Annexion de la Vénétie (1866)

Grâce à l'alliance avec la Prusse de Bismarck lors de la guerre austro-prussienne, l'Italie obtint la Vénétie malgré ses défaites militaires à Custoza et Lissa, agrandissant sensiblement le territoire national.

Prise de Rome et achèvement de l'unité italienne (20 septembre 1870)

La brèche de Porta Pia permit aux troupes italiennes d'entrer dans Rome, mettant fin au pouvoir temporel du pape et complétant l'unification. Rome devint la capitale du Royaume d'Italie en 1871.

Modernisation de l'armée et des institutions piémontaises (1849-1861)

Avec Cavour, Victor-Emmanuel II transforma le Piémont en un État moderne doté d'un réseau ferroviaire, d'une armée réformée et d'institutions libérales qui furent étendues à toute l'Italie après l'unification.

Anecdotes

En octobre 1860, Victor-Emmanuel II rencontra Garibaldi près du village de Téano, en Campanie. Le héros des Mille, qui venait de conquérir le royaume des Deux-Siciles, salua le roi d'un simple 'Je vous salue, premier roi d'Italie !' et lui remit les territoires conquis, refusant tout honneur personnel. Cette poignée de main entre le roi et le révolutionnaire symbolisa la réconciliation des deux forces qui avaient accompli l'unité italienne.

Victor-Emmanuel II était surnommé 'il Re galantuomo', le 'roi galant homme', parce qu'il refusa de renier le Statuto Albertino après la défaite de Novare en 1849. L'Autriche pressait son père abdiquant et lui-même de supprimer les libertés constitutionnelles comme prix de la paix, mais le jeune roi tint bon, préservant ainsi les institutions libérales du Piémont et sa réputation auprès des patriotes italiens.

Le roi était si passionné de chasse que ses ministres peinaient à le joindre lorsqu'il s'éclipsait dans ses domaines de montagne. Cavour lui-même dut parfois envoyer des courriers urgents jusqu'aux forêts du Val d'Aoste pour obtenir la signature royale sur des traités diplomatiques d'importance capitale.

En juillet 1859, Napoléon III signa l'armistice de Villafranca avec l'Autriche sans prévenir Victor-Emmanuel II, abandonnant la Vénétie à mi-chemin de la campagne. Le roi, furieux de cette trahison, aurait déclaré que l'Italie ne pouvait décidément compter que sur elle-même. Cet épisode l'incita à poursuivre l'unification sans trop se fier aux promesses françaises.

Victor-Emmanuel II entretenait une liaison de longue date avec Rosa Vercellana, surnommée 'la Bella Rosina', fille d'un sous-officier piémontais. Après la mort de son épouse officielle en 1855, il l'épousa en mariage morganatique en 1869. Cette union, scandaleuse pour la cour, illustre le caractère peu cérémonieux du roi, qui se sentait plus à l'aise parmi les soldats et les chasseurs qu'à l'étiquette des palais.

Sources primaires

Statuto Albertino (4 mars 1848)
Abbiamo risoluto di accordare e di sanzionare il presente Statuto fondamentale della Monarchia [...] per essere una legge fondamentale perpetua ed irrevocabile della Monarchia.
Proclamation du Royaume d'Italie au Parlement de Turin (17 mars 1861)
Nous proclamons être pris le titre de Roi d'Italie [...] En proclamant à cette heure l'Italie constituée en État, nous accomplissons le vœu de vingt-cinq générations.
Traité de Turin — Cession de Nice et de la Savoie à la France (24 mars 1860)
Sa Majesté le Roi de Sardaigne consent à ce que les territoires de Savoie et de l'arrondissement de Nice soient réunis à la France, sous la condition expresse que les populations seront consultées.
Discours de la Couronne, ouverture du Parlement subalpin (1850)
Le Piémont, en maintenant ses institutions constitutionnelles, offre à l'Italie le modèle d'un gouvernement libre et régulier, respectueux des droits de tous et garant de l'ordre public.
Lettre de Victor-Emmanuel II adressée à Napoléon III après l'armistice de Villafranca (Juillet 1859)
Je dois à mes peuples et à moi-même de ne pas dissimuler combien cet armistice inattendu m'est douloureux ; la Vénétie demeure sous le joug autrichien et l'œuvre nationale reste inachevée.

Lieux clés

Turin — Palais Royal

Capitale du Piémont-Sardaigne et berceau du Risorgimento, Turin abrita le Parlement qui proclama l'unité italienne en 1861. Victor-Emmanuel II y résida jusqu'au déplacement de la capitale vers Florence puis Rome.

Rome — Palais du Quirinal

Après la prise de Rome en 1870, Victor-Emmanuel II s'installa au Quirinal, ancienne résidence des papes devenue palais royal. C'est là qu'il mourut en janvier 1878, au terme de l'unification accomplie.

Téano (Campanie) — Site de la rencontre historique

C'est près de ce village, le 26 octobre 1860, que Victor-Emmanuel II rencontra Garibaldi qui lui remit les territoires du Mezzogiorno qu'il venait de libérer. Cette scène symbolisa l'union des deux forces du Risorgimento.

Solferino (Lombardie)

Lieu de la bataille décisive du 24 juin 1859 contre l'Autriche, où Victor-Emmanuel II combattit en personne. L'horreur de ce champ de bataille inspira Henry Dunant et la création de la Croix-Rouge internationale.

Rome — Panthéon

L'antique monument romain devint le mausolée de la monarchie italienne. Victor-Emmanuel II y est inhumé et sa tombe demeure aujourd'hui encore un lieu de pèlerinage patriotique pour les monarchistes italiens.

Voir aussi