La soupe aux poireaux
De l'eau, des poireaux, du sel : une soupe d'une pauvreté absolue qui, lentement, devient douce et profonde. On peut la manger telle quelle, ou y casser un œuf, ou y verser un filet d'huile. C'est moins une recette qu'une présence dans la maison.
De l'eau, des poireaux, du sel : une soupe d'une pauvreté absolue qui, lentement, devient douce et profonde. On peut la manger telle quelle, ou y casser un œuf, ou y verser un filet d'huile. C'est moins une recette qu'une présence dans la maison.
La soupe aux poireaux, c'est presque rien. De l'eau, des poireaux, du gros sel. Tu la laisses sur le feu et elle t'attend, elle, pendant que toi tu écris ou que tu ne fais rien. C'est la soupe des femmes seules, je le sais, je l'ai écrit. On croit qu'elle nous enferme dans la cuisine et c'est elle, au fond, qui nous laisse libres.
- •Poireaux — une botte (base unique, parfum doux)
- •Eau — ce qu'il faut pour couvrir (bouillon)
- •Gros sel — une pincée (assaisonnement)
- •Beurre ou huile — une noix, au choix (rondeur, facultatif)
La soupe aux poireaux
De l'eau, des poireaux, du sel : une soupe d'une pauvreté absolue qui, lentement, devient douce et profonde. On peut la manger telle quelle, ou y casser un œuf, ou y verser un filet d'huile. C'est moins une recette qu'une présence dans la maison.
Why this dish? Duras a consacré à cette soupe un texte entier dans La Vie matérielle (1987) : elle y voit le plat de la femme seule, à la fois sa servitude (rester à la maison) et sa liberté. C'est le plat durassien par excellence, fait de presque rien.
La soupe aux poireaux, c'est presque rien. De l'eau, des poireaux, du gros sel. Tu la laisses sur le feu et elle t'attend, elle, pendant que toi tu écris ou que tu ne fais rien. C'est la soupe des femmes seules, je le sais, je l'ai écrit. On croit qu'elle nous enferme dans la cuisine et c'est elle, au fond, qui nous laisse libres.
Ingredients (period version)
- Poireaux — une botte (base unique, parfum doux)
- Eau — ce qu'il faut pour couvrir (bouillon)
- Gros sel — une pincée (assaisonnement)
- Beurre ou huile — une noix, au choix (rondeur, facultatif)
Ingredients
- Poireaux — 4 beaux poireaux (base unique)
- Eau — 1,2 litre (bouillon)
- Gros sel — 1 c. à café (assaisonnement)
- Beurre — 20 g (rondeur, facultatif)
- Poivre — 1 tour de moulin (relevé léger)
Method
- Fendre les poireaux en deux dans la longueur et les rincer soigneusement sous l'eau froide (la terre se loge entre les feuilles).
- Émincer le blanc et le vert tendre en tronçons d'environ 1 cm.
- Mettre les poireaux dans une casserole, couvrir d'eau froide, saler.
- Porter à frémissement et laisser cuire doucement 30 à 40 minutes : les poireaux doivent fondre.
- Hors du feu, ajouter une noix de beurre, poivrer, goûter. Servir tel quel, ou mixé pour un velouté.
How it was made : À l'époque de Duras, c'était le potage du pauvre par définition : un légume bon marché, de l'eau, du sel. On la laissait mijoter des heures et on y trempait du pain rassis pour la rendre nourrissante.
The contemporary twist : Pochez un œuf directement dans la soupe en fin de cuisson : le jaune coulant transforme ce plat de misère en réconfort de chef.
Sources : Marguerite Duras, La Vie matérielle, P.O.L, 1987 (texte « La soupe aux poireaux »)
Marguerite Duras · Charactorium