Alexandre Auguste Ledru-Rollin(1807 — 1874)
Alexandre-Auguste Ledru-Rollin
France
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Avocat et homme politique républicain français (1807-1874), il fut l'un des membres du gouvernement provisoire issu de la révolution de février 1848. Il est l'artisan principal du décret instaurant le suffrage universel masculin en France, portant le corps électoral de 200 000 à près de 9 millions de citoyens.
Faits marquants
- 1807 : Naissance à Paris ; formation juridique, devient avocat plaidant des causes républicaines
- 1841 : Élu député sous la Monarchie de Juillet, défenseur des libertés civiles et de la réforme électorale
- Février 1848 : Membre du gouvernement provisoire de la IIe République après la chute de Louis-Philippe
- 5 mars 1848 : Signe le décret instaurant le suffrage universel masculin, élargissant l'électorat de 200 000 à 9 millions de citoyens
- 1849 : Contraint à l'exil à Londres après l'échec de l'insurrection du 13 juin ; ne rentre en France qu'en 1870
Œuvres & réalisations
Texte fondateur signé par Ledru-Rollin en tant que ministre de l'Intérieur, étendant le droit de vote à tous les Français de 21 ans et plus sans condition de fortune. C'est l'acte politique majeur de sa vie, qui transforme durablement la démocratie française.
Journal républicain radical dont Ledru-Rollin est l'un des principaux animateurs. La Réforme joue un rôle décisif dans la diffusion des idées républicaines et dans la préparation idéologique de la révolution de 1848.
Ouvrage polémique rédigé pendant son exil londonien, dans lequel Ledru-Rollin critique le modèle libéral anglais et défend la supériorité des idéaux républicains français. L'ironie est totale : il vit dans le pays même qu'il pourfend.
Ensemble de textes officiels adressés aux représentants envoyés en province pour appliquer les décrets du gouvernement provisoire. Rédigés dans un style enflammé, ils instruisent les agents républicains sur la préparation des premières élections démocratiques.
Série d'interventions parlementaires dans lesquelles Ledru-Rollin plaide inlassablement pour l'extension du droit de vote sous la monarchie de Juillet. Ces discours font de lui le principal champion parlementaire du suffrage universel avant 1848.
Anecdotes
Le 5 mars 1848, en tant que ministre de l'Intérieur du gouvernement provisoire, Ledru-Rollin signe le décret instaurant le suffrage universel masculin en France. D'un trait de plume, le corps électoral passe de 200 000 à près de 9 millions de citoyens. C'est l'une des réformes les plus radicales de l'histoire électorale française, accomplie en moins de deux semaines après la révolution de Février.
En décembre 1848, Ledru-Rollin se présente à l'élection présidentielle — la première au suffrage universel masculin, qu'il avait lui-même institué. Il n'obtient que 370 000 voix, loin derrière Louis-Napoléon Bonaparte qui en recueille plus de 5 millions. L'ironie de l'histoire : le suffrage universel qu'il avait créé pour renforcer la République servit à élire celui qui allait l'abattre.
On lui attribue la célèbre boutade : « Je suis leur chef, il faut bien que je les suive. » Prononcée lors des journées d'agitation populaire de 1848, cette formule illustre parfaitement les tensions entre un dirigeant républicain et une foule révolutionnaire dont il peine à contrôler l'élan. La phrase, devenue proverbiale, résume à elle seule les contradictions du printemps 1848.
Après l'échec de l'insurrection républicaine du 13 juin 1849, Ledru-Rollin doit fuir précipitamment Paris pour éviter l'arrestation. Il passe en Angleterre et s'établit à Londres pour plus de vingt ans. En 1850, il y publie un ouvrage intitulé « De la décadence de l'Angleterre » — un pamphlet cinglant contre le modèle libéral britannique, rédigé dans le pays même qui lui offrait pourtant refuge.
À son retour en France après la chute de Napoléon III en 1870, Ledru-Rollin, âgé de plus de soixante ans, est accueilli comme un vétéran de la République. Il est élu député en 1871. Ce retour illustre la durée extraordinaire de son engagement : il avait consacré toute sa vie à des idéaux pour lesquels il avait tout sacrifié — fortune, carrière et patrie.
Sources primaires
Le gouvernement provisoire de la République, considérant qu'il appartient à tous les Français de concourir au gouvernement de leur pays, décrète que tous les Français majeurs jouiront sans restriction du droit de suffrage.
Citoyens commissaires, vous êtes investis d'un pouvoir discrétionnaire. Pour sauver la République, vous n'avez besoin de rien attendre de nous. Agissez en notre nom, agissez hardiment.
Le peuple français est appelé à nommer ses représentants. Pour la première fois depuis l'existence des sociétés, un grand peuple exerce sans restriction le droit de suffrage universel.
L'Angleterre touche au terme de sa grandeur ; elle porte en elle-même le germe de sa dissolution. Son aristocratie, qui a gouverné sans partage, voit s'approcher l'heure de sa chute.
Je demande que le suffrage soit rendu à tous les citoyens sans distinction de fortune ni de naissance, car la République ne peut être fondée que sur l'égalité politique.
Lieux clés
Né à Paris le 2 février 1807, Ledru-Rollin y fait ses études de droit, exerce comme avocat et mène l'essentiel de sa carrière politique. C'est à Paris qu'il prononce ses grands discours républicains et signe les décrets fondateurs de la IIe République en 1848.
Siège du gouvernement provisoire de la République en 1848, c'est là que Ledru-Rollin exerce ses fonctions de ministre de l'Intérieur et que sont signées les grandes réformes républicaines, dont le décret instaurant le suffrage universel masculin.
Circonscription qui élit Ledru-Rollin comme député à partir de 1841. Ce lien avec la province lui confère une légitimité nationale qui renforce son autorité républicaine face aux élites parisiennes à la Chambre des députés.
Après l'échec du 13 juin 1849, Ledru-Rollin s'établit à Londres où il vit plus de vingt ans en exil. Il y fréquente les milieux républicains européens, côtoie d'autres exilés français comme Louis Blanc, et y rédige ses écrits politiques.
Commune où Ledru-Rollin s'installe après son retour d'exil en 1870 et où il meurt le 31 décembre 1874, ayant vu la République qu'il avait défendue toute sa vie s'enraciner enfin de manière durable.
