André-Marie Ampère(1775 — 1836)

André-Marie Ampère

France

8 min de lecture

SciencesPhilosophieScientifiqueMathématicien(ne)XIXe siècleXIXe siècle, époque des Lumières tardives et du début de la révolution industrielle, marquée par un essor sans précédent des sciences expérimentales en Europe

Physicien et mathématicien français, Ampère est le fondateur de l'électrodynamique. Il établit les lois mathématiques régissant les interactions entre courants électriques et champs magnétiques. L'unité internationale du courant électrique, l'ampère, porte son nom.

Faits marquants

  • 1775 : naissance à Lyon le 20 janvier dans une famille bourgeoise cultivée
  • 1820 : formule les premières lois de l'électrodynamique en une semaine après la découverte d'Ørsted
  • 1826 : publie son 'Mémoire sur la théorie mathématique des phénomènes électrodynamiques'
  • Son nom est attribué à l'unité SI d'intensité du courant électrique (l'ampère, symbole A)
  • 1836 : mort à Marseille le 10 juin

Œuvres & réalisations

Mémoire sur l'action mutuelle de deux courans électriques (1820)

Premier grand texte fondateur de l'électrodynamique, présenté à l'Académie des sciences quinze jours après la découverte d'Ørsted. Il y établit que deux fils parcourus par des courants s'attirent ou se repoussent selon le sens de ces courants.

Recueil d'observations électro-dynamiques (1822)

Synthèse de ses expériences entre 1820 et 1822, incluant la description du solénoïde et des premières formulations mathématiques des forces entre courants. Cet ouvrage réunit les contributions de plusieurs correspondants européens.

Loi d'Ampère (formulation de la règle du bonhomme d'Ampère) (1820)

Règle mnémotechnique permettant de déterminer la direction du champ magnétique produit par un courant : si un homme imaginaire marche dans le sens du courant, l'aiguille aimantée dévie vers sa main gauche. Cette loi est encore enseignée aujourd'hui.

Mémoire sur la théorie mathématique des phénomènes électrodynamiques uniquement déduite de l'expérience (1827)

Chef-d'œuvre scientifique d'Ampère, souvent comparé aux Principia de Newton pour sa rigueur. Il y démontre que tous les phénomènes magnétiques connus peuvent s'expliquer par des courants électriques circulant à l'intérieur de la matière.

Essai sur la philosophie des sciences (1834)

Tentative de classification systématique de l'ensemble des connaissances humaines en deux grandes branches, elles-mêmes subdivisées en sous-sciences. Cet ouvrage témoigne de l'ambition encyclopédique d'Ampère, héritée des Lumières.

Anecdotes

En septembre 1820, Ampère apprend par un ami la découverte d'Ørsted : un courant électrique fait dévier une aiguille aimantée. En deux semaines seulement, il présente à l'Académie des sciences une théorie mathématique complète de ce phénomène. Ses collègues sont stupéfaits par la vitesse à laquelle son esprit a organisé et formalisé une découverte toute fraîche.

Ampère était célèbre pour son extraordinaire distraction. On raconte qu'un jour, cherchant une surface pour noter une équation qui lui traversait l'esprit, il se mit à écrire sur le panneau arrière d'un fiacre arrêté dans la rue. Lorsque la voiture démarra, il la suivit en courant, tentant désespérément de finir son calcul, avant de la voir disparaître au coin d'une rue.

La Révolution marqua profondément Ampère : son père, Jean-Jacques Ampère, fonctionnaire à Lyon, fut guillotiné en 1793 durant la Terreur. Le jeune André-Marie, alors âgé de dix-huit ans, tomba dans un état de prostration qui dura plus d'un an. Ce traumatisme orienta durablement ses réflexions philosophiques sur la nature de l'âme et le sens de la vie.

Enfant prodige, Ampère apprit le latin à l'âge de douze ans dans le seul but de lire dans le texte original les œuvres mathématiques d'Euler et de Bernoulli, que son père lui avait signalées. N'ayant jamais fréquenté d'école ordinaire, il fut entièrement instruit par son père selon les principes de Rousseau, apprenant par l'observation et la curiosité plutôt que par la récitation.

Ampère n'était pas seulement physicien : il s'intéressa toute sa vie à la philosophie, à la poésie et à la botanique. Il entretint une longue correspondance avec son fils Jean-Jacques, futur écrivain et historien, dans laquelle il réfléchissait autant à la classification des sciences qu'à la nature de Dieu. Cette curiosité universelle lui valut l'admiration de ses contemporains, qui le comparaient volontiers à Leibniz.

Sources primaires

Mémoire sur l'action mutuelle de deux courans électriques (1820)
Deux fils conducteurs parallèles, parcourus par des courans électriques de même sens, s'attirent mutuellement ; parcourus par des courans de sens contraires, ils se repoussent.
Recueil d'observations électro-dynamiques (1822)
J'ai cherché à réduire tous les phénomènes que j'ai observés à un seul fait, celui de l'action mutuelle de deux portions infiniment petites de courans électriques, action qui dépend de leur intensité, de leur direction et de leur distance.
Mémoire sur la théorie mathématique des phénomènes électrodynamiques uniquement déduite de l'expérience (1827)
La théorie que je présente ici est entièrement fondée sur l'expérience ; je n'en ai déduit aucune conséquence qui ne soit susceptible d'être vérifiée par l'observation directe.
Essai sur la philosophie des sciences (1834)
Les sciences peuvent être distribuées selon l'ordre dans lequel elles se déduisent les unes des autres, depuis les mathématiques pures jusqu'aux sciences qui ont pour objet l'étude de l'homme et des sociétés.
Lettre à son fils Jean-Jacques Ampère (1824)
Je ne connais pas de plus grand bonheur que celui de découvrir une vérité nouvelle, si petite soit-elle ; il me semble alors que le monde s'éclaircit un peu et que ma vie n'a pas été vaine.

Lieux clés

Poleymieux-au-Mont-d'Or

Village natal d'Ampère, situé dans les collines dominant Lyon. La maison familiale, où il reçut toute son éducation de son père, est aujourd'hui transformée en musée Ampère.

Lyon

Ville où Ampère passa son enfance et sa jeunesse, où son père fut exécuté en 1793 et où il enseigna les mathématiques avant de monter à Paris. Lyon est indissociable de sa formation intellectuelle et de ses premiers traumatismes.

École Polytechnique, Paris

Établissement où Ampère fut nommé répétiteur puis professeur d'analyse en 1804. C'est là qu'il forma des générations d'ingénieurs et de scientifiques, et qu'il développa les bases mathématiques de sa théorie électrodynamique.

Académie des sciences, Paris

Institution devant laquelle Ampère présenta ses découvertes en octobre 1820, quelques jours seulement après avoir appris la découverte d'Ørsted. Ses séances hebdomadaires étaient le cœur de la vie scientifique française.

Collège de France, Paris

Ampère y occupa la chaire de physique expérimentale à partir de 1824 jusqu'à sa mort. Il y donna des cours publics et gratuits, accessibles à tous, dans lesquels il exposait ses théories sur l'électromagnétisme.

Marseille

Ville où Ampère mourut le 10 juin 1836 lors d'une tournée d'inspection des lycées pour le compte de l'Université impériale. Il y fut victime d'une pneumonie foudroyante à l'âge de soixante et un ans.

Voir aussi