Anna Magnani(1908 — 1973)
Anna Magnani
Italie, royaume d'Italie
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Actrice italienne (1908-1973), figure emblématique du néoréalisme italien. Connue pour son jeu intense et passionné, elle remporte l'Oscar de la meilleure actrice en 1956 pour La Rose tatouée.
Citations célèbres
« Je ne peux jouer que ce que je suis. »
« La beauté ? Je préfère l'expression. »
Faits marquants
- Née le 7 mars 1908 à Rome
- Tourne Rome, ville ouverte (1945) avec Roberto Rossellini, film fondateur du néoréalisme
- Remporte l'Oscar de la meilleure actrice en 1956 pour La Rose tatouée de Daniel Mann
- Collabore avec les plus grands réalisateurs italiens : Visconti, Pasolini, De Sica
- Décède le 26 septembre 1973 à Rome
Œuvres & réalisations
Chef-d'œuvre du néoréalisme de Roberto Rossellini, tourné en partie pendant l'occupation nazie de Rome. Le rôle de Pina, abattue dans la rue, est l'une des performances les plus bouleversantes de l'histoire du cinéma.
Diptyque de Roberto Rossellini dans lequel Magnani interprète deux rôles très contrastés : une femme trompée par un séducteur et une paysanne persuadée d'avoir été visitée par un archange. Film expérimental et audacieux.
Film de Luchino Visconti dans lequel Magnani joue une mère du peuple romaine obsédée par le désir de faire entrer sa fille dans le monde du cinéma. Portrait acéré de l'ambition populaire dans l'Italie d'après-guerre.
Adaptation du drame de Tennessee Williams, tourné aux États-Unis. Magnani incarne Serafina, une veuve sicilienne passionnée. Ce rôle lui vaut l'Oscar de la meilleure actrice en 1956, une première pour une Italienne.
Film de Pier Paolo Pasolini où Magnani joue une ancienne prostituée qui tente de reconstruire sa vie et celle de son fils dans les banlieues populaires de Rome. Une œuvre sociale d'une intensité rare, aujourd'hui classique.
Anecdotes
Dans Rome, ville ouverte (1945) de Roberto Rossellini, Anna Magnani tourne l'une des scènes les plus bouleversantes de l'histoire du cinéma : son personnage Pina court désespérément derrière le camion qui emporte son fiancé arrêté par les nazis, avant d'être abattue dans la rue sous les yeux de son jeune fils. La scène fut tournée en décors réels, avec une équipe réduite, dans une Rome encore sous le choc de l'occupation.
Tennessee Williams, le grand dramaturge américain, avait écrit la pièce La Rose tatouée en pensant spécialement à Anna Magnani. Lorsqu'il s'agit d'adapter l'œuvre au cinéma en 1955, la comédienne hésita longuement, intimidée par l'idée de tourner en anglais. Elle surmonta l'obstacle et son interprétation lui valut l'Oscar de la meilleure actrice en 1956 — première victoire d'une comédienne italienne dans cette catégorie.
Anna Magnani entretenait une relation passionnée avec le réalisateur Roberto Rossellini, qui l'abandonna brutalement en 1949 pour rejoindre Ingrid Bergman. Le scandale éclata dans toute l'Europe. Blessée mais fière, Magnani répondit par le travail acharné, enchaînant les grands rôles et prouvant que son talent n'avait besoin d'aucune protection.
En 1962, Pier Paolo Pasolini choisit Anna Magnani pour incarner le personnage-titre de Mamma Roma, une mère ex-prostituée qui tente de reconstruire une vie digne dans les banlieues populaires de Rome. Magnani avait 54 ans et accepta un rôle sans concession, confirmant son image de femme du peuple romaine, authentique et indomptable.
Un jour, alors qu'un maquilleur cherchait à dissimuler les rides de son visage avant un tournage, Magnani l'arrêta et lui aurait déclaré : 'Laissez-les ! Il m'a fallu toute une vie pour les avoir.' Cette anecdote, maintes fois citée, résume parfaitement son rapport à l'authenticité et au naturel, qui caractérisait autant son jeu que sa personnalité.
Sources primaires
Williams lui écrit qu'il a composé le rôle de Serafina en pensant à elle, évoquant 'une femme de feu, terrestre, absolument vraie', et qu'aucune autre actrice ne pourrait incarner ce personnage avec la même vérité.
Interrogée sur son style de jeu, Magnani déclare : 'Je ne joue pas des personnages. Je les vis. Si je dois pleurer, je pleure vraiment. Si je dois souffrir, je souffre vraiment. Le public le sent.'
Anna Magnani, très émue, déclare en anglais approximatif : 'I don't know how to thank you... this is impossible for me to explain what I feel...' avant de fondre en larmes devant le public hollywoodien.
Pasolini décrit Magnani comme 'le dernier visage populaire du cinéma italien, un visage dans lequel on lit deux mille ans d'histoire romaine, de souffrance et de vitalité mêlées'.
Lieux clés
Ville natale d'Anna Magnani, où elle grandit dans un quartier populaire et où elle mourut en 1973. Rome est au cœur de son identité artistique et de ses plus grands films.
École nationale de cinéma italienne où Magnani se forma comme actrice dans les années 1930, acquérant les bases techniques qui allaient nourrir son jeu d'une grande vérité.
Les rues du Pigneto et du Prenestino, quartiers ouvriers de Rome, servirent de décor au tournage clandestin de Rome, ville ouverte en 1944-1945, conférant au film son authenticité bouleversante.
Magnani s'y rendit pour tourner La Rose tatouée en 1955, expérience difficile en raison de la barrière linguistique, mais qui lui valut son Oscar et une reconnaissance mondiale.
Grand complexe de studios cinématographiques à Rome, surnommé 'Hollywood sur le Tibre', où Magnani tourna plusieurs de ses films italiens et qui symbolisait la renaissance du cinéma italien après la guerre.
