Biographie

Actrice et chanteuse française (1898-1992), icône du cinéma français des années 1930-1940. Révélée par Marcel Carné, elle reste célèbre pour ses rôles dans Les Enfants du Paradis et Hôtel du Nord.

Arletty(1898 — 1992)

Arletty

France

7 min de lecture

SpectacleCultureXXe siècleFrance de l'entre-deux-guerres et de l'Occupation, âge d'or du cinéma français poétique

Questions fréquentes

Arletty, de son vrai nom Léonie Bathiat (1898-1992), est une actrice et chanteuse française qui a marqué l'âge d'or du cinéma poétique des années 1930-1940. Ce qui frappe ici, c'est qu'elle incarne à la fois l'élégance populaire et l'insolence parisienne, grâce à sa voix unique et son accent faubourien. Révélée par Marcel Carné, elle devient l'égérie du réalisme poétique, un courant qui met en scène des personnages issus des milieux ouvriers dans des décors urbains mélancoliques. Ce qu'il faut retenir, c'est que son jeu désinvolte et ses répliques cultes, comme « Atmosphère ! » dans Hôtel du Nord, en font une figure inoubliable du patrimoine cinématographique français.

Citations célèbres

« Atmosphère, atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?»

Faits marquants

  • 1898 : naissance à Courbevoie sous le nom de Léonie Bathiat
  • 1938 : rôle mémorable dans Hôtel du Nord de Marcel Carné
  • 1945 : tournage des Enfants du Paradis (1945), chef-d'œuvre du cinéma français
  • 1945 : arrêtée à la Libération pour collaboration sentimentale avec un officier allemand
  • 1992 : décès à Paris à l'âge de 94 ans

Œuvres & réalisations

Hôtel du Nord (1938)

Film de Marcel Carné, scénario d'Henri Jeanson. Arletty y incarne Raymonde et prononce la célèbre réplique « Atmosphère ! », immédiatement entrée dans la mémoire collective du cinéma français.

Le Jour se lève (1939)

Chef-d'œuvre du duo Carné-Prévert avec Jean Gabin. Arletty joue Clara, l'amante sincère d'un ouvrier traqué ; le film est considéré comme l'apogée du réalisme poétique français.

Les Visiteurs du soir (1942)

Film médiéval fantastique réalisé en pleine Occupation, dans lequel Arletty incarne Dominique, servante du diable. Il fut lu à l'époque comme une allégorie de la résistance spirituelle face au nazisme.

Les Enfants du Paradis (1945)

Chef-d'œuvre absolu du cinéma français, réalisé par Marcel Carné sur un scénario de Jacques Prévert. Arletty joue Garance, courtisane libre du Boulevard du Temple ; le film est régulièrement classé parmi les plus grands films de l'histoire du cinéma mondial.

Carrière au music-hall et au théâtre de boulevard (1919-1930)

Avant le cinéma, Arletty se forme dans les revues parisiennes et les music-halls, acquérant le sens du rythme, de la réplique et de la présence scénique qui distingueront son jeu à l'écran.

Anecdotes

Léonie Bathiat, née à Courbevoie dans un milieu ouvrier, choisit le pseudonyme « Arletty » en hommage à un personnage d'opérette qu'elle avait interprété sur scène au début des années 1920. Ce surnom improvisé devint une identité à part entière, au point qu'elle ne signait plus jamais autrement que de ce seul prénom.

Sur le tournage d'Hôtel du Nord (1938), le scénariste Henri Jeanson écrivit pour Arletty la réplique « Atmosphère ! Atmosphère !… Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ? », lancée avec une désinvolture qui figea la scène dans la légende. Cette tirade est aujourd'hui l'une des citations les plus célèbres du cinéma français, reprise dans des dizaines de publicités, pièces de théâtre et émissions.

Durant l'Occupation, Arletty entretint une liaison avec Hans Jürgen Soehring, officier de la Luftwaffe allemande. À la Libération de Paris en 1944, elle fut arrêtée pour « collaboration sentimentale » et placée en résidence surveillée au château de La Houssaye-en-Brie. Pour justifier sa conduite, elle aurait déclaré avec son ironie habituelle : « Mon cœur est français, mais mon cul est international. »

Le tournage des Enfants du Paradis (1943-1944) fut un défi extraordinaire : réalisé en pleine Occupation, le film employa en secret plusieurs résistants et des Juifs cachés parmi les figurants et techniciens. Arletty y joue Garance, personnage de courtisane libre, dans ce qui est souvent classé parmi les plus grands films de l'histoire du cinéma français.

À la fin de sa vie, Arletty perdit progressivement la vue à la suite de complications oculaires graves. Aveugle dans ses dernières années, elle continua d'accorder des interviews avec le même mordant et la même ironie qui l'avaient rendue célèbre. Elle mourut à Paris le 24 juillet 1992, à l'âge de 94 ans.

Sources primaires

Hôtel du Nord — scénario de Henri Jeanson (réplique de Raymonde) (1938)
Atmosphère ! Atmosphère !… Est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?
Les Enfants du Paradis — scénario de Jacques Prévert (réplique de Garance) (1945)
Je suis comme l'eau, je prends la forme du vase où l'on me met… mais je reste toujours l'eau.
Déclaration d'Arletty à la presse après son arrestation à la Libération (1944)
Mon cœur est français, mais mon cul est international.
Arletty — mémoires (entretiens publiés) (1971)
Je ne me suis jamais prise au sérieux. Ce qui m'intéressait, c'était la liberté. Liberté de ton, liberté d'allure, liberté tout court.

Lieux clés

Courbevoie (Hauts-de-Seine)

Ville ouvrière de la banlieue parisienne où Léonie Bathiat naît le 15 mai 1898. Ses origines populaires nourriront toute sa vie l'accent faubourien et le ton désinvolte qui font sa singularité.

Canal Saint-Martin, Paris (10e)

Décor emblématique du film Hôtel du Nord (1938), reconstitué en studio par le décorateur Alexandre Trauner. Ce lieu populaire de Paris symbolise le réalisme poétique du cinéma de Marcel Carné.

Studios de la Victorine, Nice

Grands studios de cinéma où une partie des Enfants du Paradis fut tournée en 1943-1944, loin de Paris occupé. Le gigantesque décor du Boulevard du Temple y fut entièrement reconstitué.

Château de La Houssaye-en-Brie (Seine-et-Marne)

Lieu de résidence surveillée où Arletty fut assignée à partir de 1944 après son arrestation à la Libération. Elle y demeura environ dix-huit mois, coupée de la vie artistique parisienne.

Paris

Ville où Arletty construisit toute sa carrière d'actrice et de chanteuse, et où elle mourut le 24 juillet 1992. Elle en incarna le parler populaire, l'ironie et l'élégance naturelle.

Voir aussi