Armand de Caulaincourt(1773 — 1827)
Armand Augustin Louis de Caulaincourt
France
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Général et diplomate français, duc de Vicence, il fut l'ambassadeur de Napoléon en Russie (1807-1811) et un témoin privilégié de la campagne de Russie de 1812. Ministre des Affaires étrangères lors des Cent-Jours, il laissa des Mémoires essentiels sur l'épopée napoléonienne.
Citations célèbres
« La guerre est le dernier argument des rois, mais il ne devrait jamais être le premier. »
Faits marquants
- 1773 : Naissance à Saint-Quentin dans une famille noble militaire
- 1807-1811 : Ambassadeur de France en Russie, artisan de l'alliance franco-russe de Tilsit
- 1812 : Témoin de la retraite de Russie, il accompagne Napoléon dans sa fuite en traîneau
- 1813-1814 : Négocie en vain la paix pour Napoléon lors des congrès de Châtillon et de Prague
- 1815 : Ministre des Affaires étrangères durant les Cent-Jours
Œuvres & réalisations
Récit intime et minutieux de la campagne de Russie et des dernières années de l'Empire, notamment les conversations avec Napoléon lors du retour en traîneau. Considéré comme l'une des sources primaires les plus précieuses sur Napoléon, l'ouvrage attendit plus d'un siècle avant d'être publié.
Pendant quatre ans, Caulaincourt maintint l'alliance de Tilsit entre la France et la Russie, gérant les tensions liées au Blocus continental. Sa diplomatie habile retarda de plusieurs années le conflit fatal de 1812.
Plénipotentiaire de Napoléon face aux représentants de la coalition européenne, Caulaincourt tenta d'obtenir une paix honorable en échange de concessions territoriales, témoignant d'un sens aigu de la diplomatie dans une situation quasi désespérée.
Caulaincourt participa aux négociations de l'abdication de Napoléon et des conditions de son exil à l'île d'Elbe, cherchant jusqu'au bout à obtenir les meilleures conditions possibles pour l'Empereur déchu.
Anecdotes
En décembre 1812, alors que la Grande Armée se désintègre dans le froid russe, Napoléon décide de rentrer précipitamment à Paris. Il s'enferme pendant treize jours dans un traîneau avec Caulaincourt, de Smolensk jusqu'à la capitale, lui confiant ses pensées les plus intimes sur le désastre de la campagne. Caulaincourt notera scrupuleusement ces confidences, nous transmettant un témoignage unique sur l'état d'esprit de l'Empereur après la plus grande catastrophe militaire de son règne.
Avant la campagne de Russie, Caulaincourt avait passé quatre ans comme ambassadeur à Saint-Pétersbourg et connaissait le pays mieux que quiconque à la cour impériale. Il supplia Napoléon de renoncer à la guerre, expliquant que la Russie préférerait brûler ses propres villes plutôt que de capituler. Napoléon, agacé, lui répondit qu'il avait été 'russifié' et ignora ses avertissements — des avertissements qui s'avérèrent cruellement exacts.
À la bataille de Borodino, le 7 septembre 1812, le frère cadet d'Armand, le général Auguste de Caulaincourt, dirigea une charge héroïque de cavalerie contre la Grande Redoute russe. Il s'empara de la position mais fut tué dans l'élan. Armand apprit la mort de son frère au cours de cette même journée de bataille, transformant pour lui cette victoire à la Pyrrhus en deuil personnel.
En 1804, Napoléon envoya Caulaincourt arrêter le duc d'Enghien, prince de sang royal, sur le territoire neutre du Bade. Caulaincourt obéit aux ordres sans savoir que le duc serait fusillé peu après. Cette affaire, perçue comme un assassinat politique, pesa sur sa conscience toute sa vie et il s'en expliqua longuement dans ses Mémoires, cherchant à se disculper.
En 1814, Caulaincourt négocia désespérément à Châtillon pour sauver le trône de Napoléon, prêt à céder des territoires en échange de la paix. Mais chaque fois qu'il était sur le point d'aboutir, Napoléon remportait une petite victoire et retirait ses concessions ; quand la chance militaire se retournait, il était trop tard pour reprendre les négociations. Caulaincourt, impuissant, vit ainsi s'évanouir la dernière chance d'éviter la chute de l'Empire.
Sources primaires
Napoléon me dit : 'La Russie est gouvernée par le hasard et les circonstances. Alexandre est bon, mais faible ; il se laisse mener par ses conseillers.' Je remarquai que l'Empereur semblait vouloir se convaincre lui-même que la campagne serait courte.
J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté que l'Empereur Alexandre demeure attaché aux termes de l'alliance de Tilsit, mais que l'opinion publique russe supporte mal le Blocus continental, dont les effets sur le commerce sont désastreux.
Je vous ai nommé ambassadeur à Saint-Pétersbourg parce que vous jouissez de la confiance de l'Empereur Alexandre. Votre mission est de maintenir l'alliance et de surveiller les dispositions de la cour russe à l'égard du Blocus continental.
M. le duc de Vicence, plénipotentiaire de Sa Majesté l'Empereur des Français, a déclaré être prêt à accepter les frontières naturelles de la France comme base de négociation, sous réserve de l'approbation formelle de son souverain.
Caulaincourt, disait l'Empereur, était un homme d'honneur et de talent, mais il était devenu trop russe. Il aimait sincèrement Alexandre et ne pouvait se résoudre à croire que l'alliance dût jamais se briser.
Lieux clés
Village de Picardie où est né Armand de Caulaincourt en 1773. La famille y possédait un château seigneurial qui lui donna son nom et son titre de noblesse.
Capitale de l'Empire russe où Caulaincourt servit comme ambassadeur de France de 1807 à 1811, y développant des relations étroites avec le tsar Alexandre Ier et acquérant une connaissance intime de la Russie.
Caulaincourt y exerça comme ministre des Affaires étrangères en 1814 et lors des Cent-Jours. Il y mourut en 1827 et y rédigea ses Mémoires dans ses dernières années.
Lieu de la grande bataille du 7 septembre 1812 où le frère de Caulaincourt, Auguste, fut tué en s'emparant héroïquement de la Grande Redoute russe. Cette journée fut l'une des plus meurtrières de toutes les guerres napoléoniennes.
Ville où se tint le congrès de la coalition alliée début 1814. Caulaincourt y négocia en vain pour sauver l'Empire napoléonien, acceptant des concessions territoriales que Napoléon ne ratifiait jamais à temps.
