Fille du duc Conrad de Bourgogne, Berthe fut d'abord comtesse de Blois par son mariage avec Eudes Ier. Devenue veuve, elle épousa le roi Robert II le Pieux vers 997, mais cette union, jugée incestueuse par l'Église en raison d'une parenté trop proche, fut condamnée par le pape et annulée vers 1001.
Berthe de Bourgogne(964 — 1010)
Berthe de Bourgogne
9 min de lecture
Questions fréquentes
Faits marquants
- Née vers 964, fille de Conrad de Bourgogne et de Mathilde de France
- Premier mariage vers 985 avec Eudes Ier de Blois, dont elle devient comtesse de Blois et de Chartres
- Après la mort d'Eudes Ier (996), elle épouse le roi Robert II le Pieux, son cousin au quatrième degré
- Le pape Grégoire V excommunie Robert II en 998 pour ce mariage consanguin et ordonne sa dissolution
- Le mariage est annulé vers 1001 sous pression pontificale ; Robert II épouse ensuite Constance d'Arles
Œuvres & réalisations
Son mariage avec Eudes Ier de Blois scella une alliance entre deux des puissances les plus importantes du nord de la France. Cette union permit temporairement d'équilibrer les forces entre le comté de Blois et la jeune monarchie capétienne en consolidant la paix entre seigneurs rivaux.
Son mariage avec Robert II renforçait symboliquement les liens entre la Bourgogne et la couronne de France. Cette alliance dynastique visait à consolider l'autorité capétienne sur les grands seigneurs du royaume, même si elle fut avortée par la condamnation pontificale.
Comme toute grande dame de son époque, Berthe contribua à des fondations religieuses et à des donations pieuses dans les terres de la couronne et de son ancien comté de Blois, pratique commune pour assurer le salut de son âme et affirmer son rang.
Anecdotes
Berthe de Bourgogne était la fille de Conrad Ier de Bourgogne, un des royaumes les plus puissants d'Europe à l'époque. Ce rang lui valut d'être un parti de premier choix, ce qui explique son premier mariage avec Eudes Ier, comte de Blois, l'un des vassaux les plus puissants et les plus turbulents du jeune royaume capétien. En épousant ce grand seigneur, Berthe incarnait l'alliance fragile entre deux puissances rivales du nord de la France.
Lorsqu'elle épousa le roi Robert II le Pieux vers 996-997, quelques mois à peine après la mort d'Eudes Ier, l'Église catholique déclencha une crise sans précédent : les deux époux étaient cousins au quatrième degré, ce qui était interdit par le droit canon de l'époque. Le pape Grégoire V réunit un synode à Pavie en 997 et menaça Robert II d'excommunication s'il refusait de répudier Berthe.
Malgré sa réputation de roi très pieux — Robert II assistait plusieurs fois par jour aux offices et chantait lui-même les psaumes —, il refusa pendant plusieurs années de se soumettre à l'injonction pontificale. Son attachement à Berthe lui valut l'excommunication, une sanction terrifiante pour un souverain chrétien : elle le privait des sacrements et pouvait délier ses sujets de leur serment de fidélité, menaçant l'ordre même du royaume.
La condamnation de ce mariage illustre le bras de fer permanent entre la papauté et les rois chrétiens au tournant de l'an mil. L'Église cherchait à contrôler les unions nobiliaires pour éviter la concentration des terres et du pouvoir, tandis que les souverains utilisaient le mariage comme outil diplomatique. Le cas de Berthe et Robert II devint un symbole fort de la réforme grégorienne naissante qui allait remodeler l'Europe médiévale.
Après l'annulation du mariage vers 1001, Berthe disparaît presque entièrement des chroniques médiévales. Elle mourut vers 1010, sans avoir retrouvé un rang équivalent à celui de reine de France. Sa trajectoire — de comtesse de Blois à reine de France puis répudiée — illustre à quel point le destin des femmes nobles dépendait entièrement des alliances politiques et des décisions de l'Église, sans que leur volonté propre soit jamais consultée.
Sources primaires
Le pape Grégoire V et les évêques réunis à Pavie condamnent l'union de Robert, roi des Francs, avec Berthe, au motif d'une parenté prohibée par le droit canon, et ordonnent la séparation des époux sous peine d'excommunication.
Robert, roi très chrétien, se trouvait lié à Berthe par les liens du sang selon la computation canonique, et l'Église exigea qu'il se séparât d'elle, ce qu'il fit à contrecœur après de longues années de résistance aux injonctions pontificales.
Le roi Robert prit pour femme Berthe, veuve du comte Eudes de Blois, mais les évêques et le pape lui ordonnèrent de la répudier à cause de la consanguinité, et il dut finalement obéir.
Nous enjoignons à Robert, roi des Francs, de se conformer aux décrets de nos prédécesseurs concernant son union illégitime, afin de ne pas attirer sur son royaume et sa personne la colère divine et les sanctions de l'Église.
Lieux clés
Région dont était issue Berthe, fille de Conrad Ier de Bourgogne. C'est dans ce contexte de haute noblesse bourguignonne qu'elle reçut l'éducation d'une princesse destinée à de grandes alliances dynastiques.
Capitale du comté de Blois où Berthe résida comme comtesse aux côtés d'Eudes Ier. Ce puissant comté qui disputait l'hégémonie aux Capétiens fut la première scène politique d'envergure de sa vie.
Résidence principale des rois capétiens où Berthe vécut en tant que reine de France. C'est là que se jouèrent les tensions entre la cour royale et les légats pontificaux venus exiger la séparation des époux.
Ville italienne où le pape Grégoire V convoqua en 997 le synode qui condamna officiellement le mariage de Berthe et Robert II. Cette décision conciliaire scella définitivement le destin de Berthe.
Ville royale capétienne et siège épiscopal important, résidence régulière de Robert II et Berthe. C'est dans ce contexte que les tensions avec les évêques du royaume se manifestèrent le plus concrètement.
Objets typiques

Les grandes dames de la noblesse utilisaient un sceau personnel pour authentifier leurs actes et donations. En tant que comtesse de Blois puis reine de France, Berthe disposait d'un sceau à son effigie pour valider officiellement ses chartes et décisions.
📷 CC0 · Wikimedia Commons ↗
Livre de psaumes richement décoré de miniatures et d'ornements dorés, le psautier était l'objet de dévotion par excellence des souverains capétiens. Robert II le Pieux était réputé pour sa piété intense, et Berthe partageait certainement cette pratique religieuse quotidienne à la chapelle royale.

En tant que reine de France, Berthe portait une couronne lors des cérémonies officielles, symbole de sa légitimité royale. Un voile couvrait ses cheveux lors des offices religieux, marquant à la fois son rang séculier et sa dévotion chrétienne.

Les grandes dames nobles offraient fréquemment des terres ou des revenus à des monastères pour le salut de leur âme et celui de leurs proches défunts. Berthe, comtesse puis reine, aurait validé de tels actes de bienfaisance envers des abbayes de Blois ou de Touraine.

Vêtement long et ajusté, le bliaut était la tenue aristocratique féminine de l'époque, confectionné en soie importée de Byzance pour les grandes occasions. En tant que reine de France, Berthe en portait certainement des versions ornées de broderies d'or et de pierreries lors des fêtes de cour.

Les souverains capétiens collectionnaient précieusement des reliques de saints comme gages de protection divine. Dans l'entourage du très dévot Robert II le Pieux, Berthe aurait eu accès à des reliquaires précieux, objets sacrés autant que symboles du prestige royal.
📷 CC BY 3.0 · Wikimedia Commons ↗Programmes scolaires
Vocabulaire & tags
Vocabulaire clé
Vie quotidienne
Matin
Berthe se levait à l'aube pour assister aux matines, l'office religieux du matin, aux côtés de Robert II le Pieux, réputé pour sa dévotion extrême qui le conduisait à prier plusieurs heures par jour. Elle participait aux prières dans la chapelle royale avant de recevoir ses dames de compagnie pour la toilette et l'habillement, rituel solennel qui pouvait durer une heure et nécessitait l'aide de plusieurs servantes.
Après-midi
Les après-midis étaient consacrés aux audiences, aux réceptions de vassaux et d'émissaires, ou à la supervision des ateliers de broderie qui fonctionnaient dans l'enceinte du palais. Berthe gérait également les affaires courantes de ses terres, en lien avec ses intendants, notamment les revenus hérités de son veuvage du comté de Blois et les donations aux monastères placés sous sa protection.
Soir
Le soir, après vêpres et complies, la cour se réunissait pour le repas principal, servi avec protocole et accompagné de musique ou de récits de jongleurs. Berthe, en tant que reine, coprésidait avec Robert II ces dîners où se nouaient les alliances politiques et se discutaient les affaires du royaume sous les tentures et à la lueur des torches et des cierges.
Alimentation
La table royale capétienne offrait venaison, poissons d'eau douce, volailles rôties et pains blancs de froment, produits de luxe réservés à la noblesse. Les jours de jeûne — nombreux dans l'entourage du très pieux Robert II — la viande était remplacée par des poissons et des légumes, selon des règles monastiques strictes que le roi s'imposait et imposait à son entourage.
Vêtements
En tant que reine de France, Berthe portait des tuniques longues en soie importée de Byzance ou d'Orient, recouvertes d'un manteau de laine fine bordé de fourrure précieuse pour les cérémonies officielles. Sa coiffure était couverte d'un voile ou d'un bandeau richement brodé d'or et de fils de couleur, signe visible de son rang royal et de sa respectabilité chrétienne.
Habitat
Berthe résidait dans les palais royaux capétiens, dont le principal occupait l'Île de la Cité à Paris avec ses tours, ses grandes salles et sa chapelle. Ces demeures de pierre, encore peu différenciées des grandes demeures aristocratiques, manquaient de chauffage efficace : on se réchauffait aux cheminées centrales des grandes salles et l'on dormait dans des lits couverts de fourrures épaisses, entourés de tentures pour protéger du froid.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Alliance politique Blois-Capétiens (premier mariage)
vers 985
Union royale franco-bourguignonne (mariage avec Robert II)
996-997
Actes de donation pieuse en Touraine et Blésois
vers 996-1001






