Birgit Nilsson(1918 — 2005)
Birgit Nilsson
Suède
8 min de lecture
Soprano dramatique suédoise (1918-2005), considérée comme la plus grande interprète wagnérienne du XXe siècle. Sa voix d'une puissance et d'une clarté exceptionnelles lui valut des triomphes à Bayreuth, au Metropolitan Opera de New York et dans les plus grandes salles mondiales.
Citations célèbres
« Je mets toujours un manteau de fourrure pour chanter avec Karajan — il abaisse la température pour avoir une meilleure acoustique. »
Faits marquants
- Née le 17 mai 1918 à Västra Karup, en Suède
- Débuts à l'Opéra royal de Stockholm en 1946
- Triomphes à Bayreuth à partir de 1954, notamment dans Tristan und Isolde et Der Ring des Nibelungen
- Carrière internationale au Metropolitan Opera de New York de 1959 à 1984
- Décédée le 25 décembre 2005 ; la Fondation Birgit Nilsson perpétue son héritage via un prix doté d'un million d'euros
Œuvres & réalisations
Son rôle de prédilection, incarné dans la tétralogie wagnérienne (La Walkyrie, Siegfried, Le Crépuscule des dieux). Ses interprétations à Bayreuth et au Met sont unanimement considérées comme le sommet absolu de ce répertoire au XXe siècle.
L'un des rôles les plus exigeants du répertoire lyrique, nécessitant une voix capable de dominer un orchestre de cent musiciens pendant près de cinq heures. L'enregistrement Decca de 1963 avec Georg Solti est universellement reconnu comme la référence discographique mondiale.
Rôle d'une violence dramatique extrême que Nilsson aborda avec la même maîtrise que ses rôles wagnériens. L'enregistrement Decca de 1967 avec Georg Solti remporta le Grand Prix du disque et figura parmi les plus grands disques lyriques du siècle.
Au-delà du répertoire allemand, Nilsson s'illustra particulièrement dans ce rôle puccinien de princesse cruelle aux vocalises spectaculaires. Sa Turandot au Metropolitan Opera fut l'un des événements musicaux majeurs des années 1960.
Rôle dramatiquement et vocalement exigeant que Nilsson aborda avec une intensité particulière. Son interprétation du monologue final reste mémorable dans les annales lyriques de la deuxième moitié du XXe siècle.
Anecdotes
Birgit Nilsson était célèbre pour son humour caustique, notamment face au directeur du Metropolitan Opera Rudolf Bing. Lorsqu'il lui demanda pourquoi elle évitait le Met depuis plusieurs années, elle répondit qu'elle craignait le fisc américain. Bing lui proposa alors de réduire son cachet, qu'elle pourrait déclarer comme don charitable — elle accepta en riant.
Sa voix était d'une puissance si exceptionnelle que le chef Georg Solti, avec qui elle enregistra le cycle complet de L'Anneau du Nibelung pour Decca dans les années 1960, porta un jour des protège-oreilles lors d'une répétition. Nilsson, loin de s'en offenser, trouva la scène désopilante et en plaisanta toute sa carrière.
Nilsson grandit dans une ferme en Scanie et effectuait dès l'enfance de lourds travaux agricoles. Elle attribuait son endurance vocale extraordinaire à cette jeunesse paysanne : elle pouvait enchaîner les rôles de Brünnhilde dans les trois soirées du Ring à quelques jours d'intervalle sans montrer le moindre signe de fatigue vocale, prouesse que ses collègues qualifiaient de 'surhumaine'.
Au Festival de Bayreuth, Wieland Wagner, petit-fils du compositeur et directeur artistique du festival, demanda un jour à Nilsson d'atténuer sa puissance vocale pour mieux s'intégrer à l'ensemble orchestral. Elle lui répondit simplement : 'Wieland, si vous voulez moins de voix, engagez moins de soprano.' Cette réplique devint légendaire dans les milieux lyriques.
Lors de son retour triomphal au Metropolitan Opera en 1984, Nilsson interpréta Brünnhilde à 65 ans avec une voix restée intacte. Le public lui fit une ovation debout de plusieurs minutes. Elle déclara à la presse que le secret de sa longévité était simple : 'Je ne chante jamais quand je suis fatiguée, et je me couche tôt.'
Sources primaires
Ma voix a toujours été naturellement grande. Je n'ai jamais eu besoin de forcer — elle sortait simplement ainsi. Ce que j'ai dû apprendre, c'est comment la contrôler, comment moduler cette puissance au service de la musique et du drame.
Wagner n'est pas un compositeur que l'on peut aborder à moitié. Il exige la totalité de l'être — voix, corps, intelligence, âme. Chaque représentation est une nouvelle conquête, jamais acquise d'avance.
Bayreuth était pour moi comme une seconde patrie. Malgré les exigences de Wieland, malgré les nuits bavaroises, je savais que c'était là que la musique de Wagner vivait vraiment. Nulle part ailleurs l'orchestre ne sonnait ainsi.
Je suis avant tout une paysanne suédoise. C'est de la terre de Scanie que vient ma force. Même si le monde entier s'est mis à mes pieds, je n'oublierai jamais d'où je viens.
Lieux clés
Village natal de Birgit Nilsson, situé dans la région agricole du sud de la Suède. C'est dans cette ferme familiale qu'elle développa l'endurance physique extraordinaire qui lui permit d'affronter les rôles wagnériens les plus exigeants du répertoire.
Lieu de ses débuts professionnels en 1946 et de sa formation initiale. Cette scène fut le berceau de sa carrière et elle y maintint des liens réguliers, symbole de son attachement indéfectible à sa patrie suédoise.
Haut lieu du wagnérisme mondial, conçu par Wagner lui-même, où Nilsson régna de 1954 aux années 1970. L'acoustique unique de cette salle, avec sa fosse d'orchestre couverte, offrait le cadre idéal pour déployer la plénitude de sa voix.
Théâtre où Nilsson fit ses débuts américains triomphaux en 1959 dans Tristan und Isolde. Elle y accumula les succès pendant deux décennies, et la célèbre joute verbale avec le directeur Rudolf Bing est entrée dans la légende lyrique.
L'une des scènes les plus prestigieuses du monde lyrique, où Nilsson s'imposa comme référence absolue dans le répertoire allemand. Ses interprétations de Brünnhilde et d'Isolde sur la Ringstrasse viennoise restent dans les annales de l'institution.
