Militante girondine normande, Charlotte Corday assassina Jean-Paul Marat dans sa baignoire le 13 juillet 1793. Convaincue de mettre fin à la Terreur, elle fut guillotinée quatre jours plus tard à l'âge de 24 ans.
Charlotte Corday(1768 — 1793)
Charlotte Corday
France
8 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« J'ai tué un homme pour en sauver cent mille.»
« Je savais que j'étais républicaine bien avant la Révolution.»
Faits marquants
- Née le 27 juillet 1768 à Saint-Saturnin-des-Ligneries (Normandie)
- Sympathisante girondine, opposée aux Montagnards et à la Terreur
- Assassine Jean-Paul Marat dans sa baignoire à Paris le 13 juillet 1793
- Jugée et condamnée à mort par le Tribunal révolutionnaire
- Guillotinée le 17 juillet 1793, à 24 ans, place de la Révolution
Œuvres & réalisations
Texte politique rédigé par Charlotte Corday avant son départ pour Paris, dans lequel elle justifie son geste à venir comme un acte civique pour sauver la République des excès de la Terreur. Retrouvé dans ses affaires lors de son arrestation, ce document est le principal témoignage de sa pensée politique.
Lettre bouleversante écrite depuis sa prison du 13 au 16 juillet, dans laquelle elle demande pardon à son père tout en affirmant la justesse de ses convictions. Ce document révèle sa lucidité et son sang-froid face à une mort qu'elle sait certaine.
Lors de son procès qui ne dura que quelques heures, Charlotte Corday défendit seule son acte, refusant toute complicité et revendiquant une pleine responsabilité individuelle. Ce témoignage oral, retranscrit dans les archives judiciaires, est d'une clarté et d'une cohérence qui frappèrent les contemporains.
Courrier adressé au député girondin pour lui demander une lettre d'introduction à Paris, premier geste concret de la mise en œuvre de son projet. Cette lettre atteste que son acte fut prémédité plusieurs semaines à l'avance.
Anecdotes
Le matin du 13 juillet 1793, Charlotte Corday acheta un couteau de cuisine ordinaire au marché du Palais-Royal à Paris pour deux francs. Elle n'était arrivée dans la capitale que deux jours auparavant depuis Caen, emportant avec elle une lettre d'introduction pour un député girondin. Personne ne se doutait de ses intentions.
Pour entrer chez Marat, Corday prétexta détenir des informations sur une liste de traîtres girondins cachés en Normandie. Marat, malade d'une grave affection cutanée, travaillait alors dans sa baignoire médicinale — une installation spéciale qui lui permettait de continuer à rédiger son journal révolutionnaire malgré la douleur. C'est dans cette position qu'elle le poignarda au cœur.
Lors de son procès devant le Tribunal révolutionnaire le 17 juillet 1793, Charlotte Corday garda un calme remarquable qui stupéfia l'assistance. Elle refusa tout complice, déclarant avec fierté avoir agi seule et en pleine conscience. Elle n'avait que 24 ans lorsqu'elle fut guillotinée le jour même.
Le peintre Jacques-Louis David, alors membre de la Convention, se rendit au chevet de Marat quelques heures après l'assassinat. De ce tragique spectacle naquit son chef-d'œuvre 'La Mort de Marat', peint en quelques semaines, qui transforma la victime en martyr de la Révolution. Charlotte Corday, l'assassine, disparaît du tableau — seule la lettre qu'elle lui avait remise reste visible.
Avant de quitter Caen pour Paris, Charlotte Corday rédigea une lettre d'adieu à son père, lui demandant pardon pour la douleur qu'elle allait lui causer. Elle écrivit aussi une déclaration politique intitulée 'Adresse aux Français amis des lois et de la paix' qu'elle comptait distribuer après l'acte, expliquant ses motifs girondins. Cette lettre fut retrouvée sur elle lors de son arrestation immédiate.
Sources primaires
Pardonnez-moi, mon cher papa, d'avoir disposé de mon existence sans votre permission. J'ai vengé bien d'innocentes victimes, j'ai prévenu bien d'autres désastres. Le peuple, un jour désabusé, se réjouira d'être délivré d'un tyran.
C'est moi seule qui ai conçu et exécuté ce projet. Je n'ai besoin de personne pour accomplir une résolution bien prise. Je savais que Marat était un scélérat ; j'ai tué un homme pour en sauver cent mille.
Que d'innocents périssent encore si vous ne vous levez pas ! Citoyens paisibles, si vous aimez la loi et la patrie, sachez qu'il est temps d'agir contre ceux qui veulent plonger la France dans la guerre civile et le despotisme.
Je vous remercie, citoyen, de la lettre que vous m'avez remise pour Duperret. Je pars pour Paris avec l'espoir de rendre à ma patrie un signalé service. Je compte sur votre discrétion.
Lieux clés
Lieu de naissance de Charlotte Corday le 27 juillet 1768, dans une famille noble normande modeste descendant du dramaturge Pierre Corneille. Elle grandit dans un milieu rural imprégné de valeurs aristocratiques et religieuses.
Charlotte Corday y fut pensionnaire de 1782 à 1791 environ, recevant une éducation religieuse et littéraire soignée. C'est dans la bibliothèque de l'abbaye qu'elle découvrit Plutarque, Rousseau et les grands auteurs des Lumières qui forgèrent ses convictions.
Ville où Charlotte Corday vivait en 1793 lors de l'insurrection fédéraliste girondine contre Paris. C'est en côtoyant les députés girondins réfugiés à Caen qu'elle mûrit sa décision d'agir contre Marat.
Adresse du domicile de Jean-Paul Marat où Charlotte Corday le poignarda le 13 juillet 1793. Elle dut insister à deux reprises avant d'être admise, prétextant détenir des informations sur des traîtres girondins en Normandie.
Lieu où fut dressée la guillotine pendant la Terreur et où Charlotte Corday fut exécutée le 17 juillet 1793 à l'âge de 24 ans, quatre jours seulement après l'assassinat de Marat. Des milliers de personnes assistaient à ces exécutions publiques.
Objets typiques

Le 13 juillet 1793, Charlotte Corday acheta ce couteau ordinaire au marché du Palais-Royal pour deux francs. C'est l'arme qu'elle utilisa pour poignarder Marat : sa simplicité contraste avec la portée politique de l'acte.

Le député girondin Barbaroux lui remit cette lettre pour le député Duperret à Paris, lui permettant d'avoir un contact dans la capitale. Ce document de recommandation lui ouvrit les portes du monde révolutionnaire parisien.

Corday était une femme cultivée, nourrie des idéaux des Lumières et notamment de l'œuvre de Plutarque sur les grands hommes. Elle rédigea plusieurs lettres avant et après son acte, dont une adresse politique et sa lettre d'adieu à son père.

Charlotte Corday portait le jour de l'assassinat une robe rayée verte et brune, tenue sobre de jeune provinciale bourgeoise. Ce vêtement fut décrit avec précision dans les procès-verbaux d'arrestation.

Marat souffrait d'une grave maladie de peau (probablement un eczéma ou un psoriasis) qui le contraignait à travailler plongé dans une baignoire remplie d'eau médicinale. C'est cet objet du quotidien que Jacques-Louis David rendit célèbre dans son tableau, symbole d'un martyr révolutionnaire dans son intimité.

Ce journal révolutionnaire extrêmement populaire, rédigé par Marat lui-même, appelait régulièrement à la mort des ennemis de la Révolution. Charlotte Corday le lisait et le considérait comme l'instrument principal de la Terreur qu'elle voulait arrêter.
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Vie quotidienne
Matin
En 1793 à Caen, Charlotte Corday se levait tôt comme la plupart des femmes bourgeoises de province. Elle assistait souvent à la messe du matin — sa formation à l'abbaye avait ancré en elle une piété sincère — puis consacrait la matinée à la lecture, notamment des œuvres de Plutarque et des philosophes des Lumières qui nourrirent ses convictions républicaines.
Après-midi
L'après-midi, elle pouvait se rendre dans les cafés et salons caennais où débattaient les réfugiés girondins chassés de Paris. C'est lors de ces discussions animées qu'elle entendit les récits des violences de Marat et des Montagnards, renforçant sa résolution d'agir. Elle se promenait aussi dans les rues de Caen, ville encore relativement paisible comparée à Paris.
Soir
Les soirées se passaient en famille ou chez des proches, à lire, correspondre ou écouter les nouvelles politiques lues à haute voix. Les journaux révolutionnaires comme L'Ami du peuple de Marat circulaient même en province : c'est en les lisant que Corday mesurait l'ampleur de la Terreur.
Alimentation
Comme la majorité des Français de condition modeste en 1793, Charlotte Corday vivait principalement de pain, de légumes et de lait. La guerre et les réquisitions révolutionnaires créaient des pénuries alimentaires fréquentes, et la viande restait un aliment occasionnel pour les classes moyennes normandes.
Vêtements
En tant que jeune femme de petite noblesse appauvrie, Corday portait des robes simples en toile ou en laine de couleurs sobres — rayées ou à carreaux — sans les ornements des grandes aristocrates. Son costume le jour de l'assassinat, une robe verte et brune à rayures avec un chapeau à brides, est décrit avec précision dans les archives judiciaires.
Habitat
Après la fermeture de l'abbaye (les couvents furent dissous par la Révolution), Charlotte Corday vécut chez une amie, Madame le Bretteur, dans une pension bourgeoise de Caen. Sa chambre, simplement meublée d'un lit, d'une table et de quelques livres, reflétait la condition économique modeste de sa famille noble désargentée.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Adresse aux Français amis des lois et de la paix
Juillet 1793
Lettre d'adieu à son père (Charles-Alexis de Corday d'Armont)
13 juillet 1793
Déclaration devant le Tribunal révolutionnaire
17 juillet 1793
Lettre au conventionnel Barbaroux
Juin 1793






