Domitien(51 — 96)
Domitien
Rome antique
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Domitien (51-96) fut le troisième et dernier empereur de la dynastie flavienne. Son règne autoritaire fut marqué par des persécutions des chrétiens et des sénateurs, mais aussi par une administration efficace des provinces.
Faits marquants
- Né le 24 octobre 51 à Rome, fils de l'empereur Vespasien
- Devient empereur en 81 après la mort de son frère Titus
- Mène plusieurs campagnes militaires en Germanie et en Dacie (85-89)
- Persécute les chrétiens et les philosophes stoïciens
- Assassiné le 18 septembre 96, mettant fin à la dynastie flavienne
Œuvres & réalisations
Palais impérial monumental sur le Palatin conçu par Rabirius, avec salle du trône, basilique de justice et triclinium de dimensions colossales. Il resta la résidence officielle des empereurs romains pendant trois siècles.
Forum consacré à Minerve, déesse protectrice de Domitien, commencé sous son règne et inauguré par Nerva en 97. Il reliait le forum d'Auguste au forum de la Paix.
Grand stade à la grecque de 275 mètres destiné aux Jeux Capitolins, dont l'empreinte ovale est parfaitement conservée dans le plan de la Piazza Navona actuelle à Rome.
Vaste programme de reconstruction après les incendies de 80, incluant la restauration du temple de Jupiter Capitolin recouvert de tuiles de bronze doré, symbole de la magnificence impériale.
Concours quinquennaux à la grecque fondés par Domitien en l'honneur de Jupiter Capitolin, mêlant athlétisme, course de chars, musique et poésie. Ils se perpétuèrent jusqu'au IVe siècle.
Construction systématique de forts, routes et palissades le long du Rhin après les campagnes contre les Chattes, posant les bases du Grand Limes romain classé au patrimoine UNESCO.
Augmentation significative de la teneur en argent du denier, revenant aux standards augustéens. La mesure dut être partiellement abandonnée face aux dépenses militaires, mais témoigne d'une gestion financière rigoureuse.
Anecdotes
Domitien exigeait d'être appelé 'dominus et deus' (seigneur et dieu), rompant avec la tradition républicaine qui considérait de tels titres comme une insulte inadmissible. Cette prétention à la divinité choqua profondément le Sénat et contribua à sa réputation de tyran. Après sa mort, le Sénat décréta la damnatio memoriae : son nom fut effacé des monuments officiels.
Suétone raconte que Domitien passait ses moments de loisir à attraper des mouches et à les percer avec un stylet pointu. Quand quelqu'un demanda si quelqu'un était avec l'empereur, Vibius Crispus répondit qu'il n'y avait 'pas même une mouche'. Cette anecdote illustre l'isolement et l'étrangeté de cet homme tout-puissant.
Domitien instaura les Jeux Capitolins (Capitolia), des concours quinquennaux en l'honneur de Jupiter, mêlant épreuves athlétiques, musique et déclamation poétique. Il présidait ces jeux vêtu d'une robe de soie dorée et coiffé d'une couronne représentant Jupiter, Junon et Minerve, les trois divinités du Capitole.
Le règne de Domitien fut marqué par des persécutions qui touchèrent les chrétiens et certains membres de la famille impériale soupçonnés de sympathies pour ce culte. Son cousin Flavius Clemens fut exécuté et sa femme Flavia Domitilla exilée pour 'athéisme' — terme que les Romains utilisaient pour désigner le refus de vénérer les dieux officiels. L'Apocalypse de Jean est parfois associée à cette période de persécution.
Domitien fut assassiné le 18 septembre 96 lors d'un complot impliquant sa propre femme Domitia Longina, des affranchis de la maison impériale et des officiers prétoriens. Selon Suétone, on lui avait prédit l'heure exacte de sa mort : il passa ses dernières heures à consulter les présages, cherchant vainement à conjurer son destin.
Sources primaires
Il n'exerçait d'autres occupations solitaires que d'attraper des mouches au début de son principat et de les percer avec un stylet pointu. Aussi quand quelqu'un demanda si quelqu'un était avec César, Vibius Crispus répondit spirituellement qu'il n'y avait pas même une mouche.
Nunc demum redit animus ; et quamquam primo statim beatissimi saeculi ortu Nerva Caesar res olim dissociabiles miscuerit, principatum ac libertatem — 'Maintenant enfin le courage revient ; et bien que dès l'aube du siècle le plus heureux Nerva ait uni des choses longtemps incompatibles, le principat et la liberté.'
Vidimus enim, vidimus ultimae servitutis exemplum, Senatum detestandum alii, aliis miserandum, in eadem curia et iubente uno et spectante laudare — 'Nous avons vu en effet le comble de la servitude : un Sénat contraint dans la même curie, sur l'ordre et sous le regard d'un seul, de louer.'
Temporis iste sui gemma, decusque fuit — 'Il fut le joyau et l'ornement de son époque.' Martial, qui avait chanté la gloire de Domitien de son vivant, se rétracta discrètement après sa mort.
Recordor quantum discrimini fuerim sub Domitiano — 'Je me souviens du danger que j'ai couru sous Domitien.' Pline évoque la peur constante qui régnait parmi les sénateurs durant ce règne.
Lieux clés
Gigantesque complexe palatial achevé vers 92 ap. J.-C. sur le mont Palatin, conçu par l'architecte Rabirius. Domitien y régna, y rendit la justice et y organisa des banquets fastueux, entouré de miroirs polis pour détecter les assassins dans son dos.
Grand stade à la grecque de 275 mètres de long pouvant accueillir 30 000 spectateurs, destiné aux Jeux Capitolins. Son plan ovale a directement déterminé la forme de l'actuelle Piazza Navona.
Colline sacrée abritant le temple de Jupiter Capitolin que Domitien fit reconstruire après l'incendie de 80, recouvert de tuiles de bronze doré. C'est là qu'il présidait en toge brodée d'or les Jeux Capitolins.
Résidence estivale de Domitien dans les collines des Castelli Romani, dotée d'un lac artificiel, d'un hippodrome privé et d'une salle de spectacle. C'est là qu'il aimait se retirer pour chasser, loin des intrigues de la capitale.
Ligne fortifiée de palissades, fossés et forts construite et renforcée sous Domitien après ses campagnes contre les Chattes. Cette infrastructure défensive préfigure le Grand Limes romain inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO.
