Dorothy Dandridge(1922 — 1965)

Dorothy Dandridge

États-Unis

10 min de lecture

SpectacleSociétéMusiqueXXe siècleAmérique du milieu du XXe siècle, entre l'âge d'or hollywoodien et le début du mouvement des droits civiques

Actrice, chanteuse et danseuse afro-américaine, Dorothy Dandridge fut en 1955 la première femme noire nommée aux Oscars dans la catégorie meilleure actrice pour Carmen Jones. Icône du Hollywood de l'âge d'or, elle brisa des barrières raciales dans une industrie profondément ségréguée.

Citations célèbres

« What I want is to be a person. »

Faits marquants

  • Née le 9 novembre 1922 à Cleveland, Ohio, dans une famille artistique
  • Première femme noire nommée aux Oscars pour Best Actress pour Carmen Jones (1954)
  • Première femme afro-américaine en couverture du magazine Life (1954)
  • Victime de la ségrégation : son hôtel vida la piscine après qu'elle y eut trempé les pieds
  • Décédée le 8 septembre 1965 à Los Angeles, à 42 ans

Œuvres & réalisations

Carmen Jones (film) (1954)

Adaptation par Otto Preminger de l'opéra Carmen de Bizet avec une distribution entièrement afro-américaine. Le rôle-titre, joué par Dandridge, lui valut une nomination aux Oscars et consacra son statut de première star noire d'Hollywood.

Porgy and Bess (film) (1959)

Adaptation du célèbre opéra de George Gershwin, avec Dandridge dans le rôle de Bess face à Sidney Poitier. Le film fut controversé dans la communauté afro-américaine pour son image jugée stéréotypée, mais témoigne du peu de grands rôles offerts aux acteurs noirs à Hollywood.

Island in the Sun (film) (1957)

Film osé pour l'époque car il mettait en scène une relation amoureuse interraciale, avec Dandridge et John Justin. Sa diffusion fut interdite dans plusieurs États du Sud des États-Unis, ce qui en fit un acte culturellement résistant.

Tamango (film franco-américain) (1958)

Film de John Berry tourné en France où Dandridge jouait une esclave métisse à bord d'un navire négrier se rebellant contre ses maîtres. Première production internationale majeure pour l'actrice, il lui permit d'échapper un temps aux contraintes d'Hollywood.

Spectacles de cabaret au Frontier Hotel, Las Vegas (1953–1960)

Dandridge fut l'une des premières artistes noires à se produire en vedette dans les grands hôtels du Strip de Las Vegas. Ses performances y étaient saluées par la critique et attiraient un public mixte, contribuant à fragiliser progressivement la ségrégation dans les salles de spectacle.

Everything and Nothing (autobiographie, posthume) (1970)

Mémoires de Dorothy Dandridge complétés par Earl Conrad et publiés après sa mort. Document historique majeur sur la vie d'une artiste noire naviguant entre gloire et discrimination dans le Hollywood des années 1950.

Anecdotes

En 1955, Dorothy Dandridge devint la première femme noire de l'histoire à être nommée aux Oscars dans la catégorie meilleure actrice, pour son rôle dans Carmen Jones. Cette nomination fit la une des journaux à travers le pays, mais Hollywood ne savait pas quoi faire de cette gloire : aucun grand studio ne lui proposa de rôle à la hauteur de son talent dans les années qui suivirent.

Malgré sa célébrité, Dorothy Dandridge se heurta à la ségrégation raciale même au sommet de sa carrière. Lorsqu'elle se produisait au Frontier Hotel de Las Vegas dans les années 1950, elle était contrainte d'entrer par la porte de service, interdite de séjourner dans l'établissement et n'avait pas le droit d'utiliser la piscine — celle-là même qu'elle avait contribué à remplir de clients.

Pour protester contre cette ségrégation absurde, Dandridge trempa ostensiblement le bout de son doigt dans la piscine d'un hôtel qui refusait de la laisser s'y baigner. Le directeur ordonna immédiatement de vider et de désinfecter tout le bassin — un geste humiliant que la presse relata et qui révéla au grand jour l'hypocrisie d'un système qui adulait ses performances sur scène tout en la traitant comme une citoyenne de seconde zone.

Dorothy Dandridge vécut une douleur personnelle immense : sa fille Lynn, née en 1951, souffrait de graves lésions cérébrales survenues à la naissance. Dandridge consacra une part considérable de ses revenus aux soins de Lynn, placée dans un établissement spécialisé, ce qui contribua à la fragiliser financièrement tout au long de sa vie.

Au moment de sa mort en 1965, à seulement 42 ans, Dorothy Dandridge était pratiquement ruinée. Une overdose accidentelle de médicaments mit fin à sa vie quelques semaines avant qu'elle ne puisse repartir de zéro. Sa disparition passa presque inaperçue dans la presse, éclipsée par les turbulences du mouvement des droits civiques — une ironie cruelle pour celle qui en avait été l'une des premières icônes malgré elle.

Sources primaires

Everything and Nothing: The Dorothy Dandridge Tragedy (autobiographie, complétée par Earl Conrad) (1970 (publication posthume))
Dorothy Dandridge y décrit son enfance dans une famille instable, ses débuts sur scène dès l'enfance avec sa sœur Vivian, et la tension permanente entre le rêve hollywoodien et la réalité de la discrimination raciale qu'elle subit tout au long de sa carrière.
Life Magazine — couverture et article suite à la nomination aux Oscars (Février 1955)
Le magazine titre sur « la première Noire nominée pour l'Oscar de la meilleure actrice » et décrit Dandridge comme une « révélation » de Carmen Jones, tout en soulignant les obstacles systémiques qu'elle doit surmonter dans un Hollywood encore profondément ségrégué.
Jet Magazine — interview de Dorothy Dandridge (1954)
Dandridge y confie : « Je suis une femme noire à Hollywood. Cela signifie que je dois être deux fois meilleure pour obtenir la moitié des opportunités. » Elle évoque les rôles qu'on lui refuse en raison de sa couleur de peau et son espoir que les choses changent pour les générations suivantes.
Procès-verbaux de la 27e cérémonie des Oscars — Academy of Motion Picture Arts and Sciences (30 mars 1955)
Les archives officielles enregistrent la nomination de Dorothy Dandridge pour le prix de la meilleure actrice pour son rôle dans Carmen Jones (Otto Preminger, 1954), première occurrence d'une femme afro-américaine dans cette catégorie depuis la création des récompenses.
New York Times — critique de Carmen Jones (3 novembre 1954)
Bosley Crowther écrit : « Miss Dandridge chante et joue avec une intensité et une sensualité qui font d'elle le centre magnétique du film. Sa performance est d'une force rare et mérite toute l'attention qu'elle recevra. »

Lieux clés

Cleveland, Ohio, États-Unis

Ville natale de Dorothy Dandridge, née le 9 novembre 1922. Son enfance difficile dans cet environnement industriel du Midwest forgea sa résilience et son désir de s'en sortir par le spectacle.

Cotton Club, Harlem, New York

Haut lieu de la culture afro-américaine et du jazz des années 1930-1940, le Cotton Club fut l'une des premières grandes scènes où Dandridge se produisit, lui permettant de se faire remarquer par l'industrie du spectacle.

Hollywood, Los Angeles, Californie

Cœur de l'industrie cinématographique américaine où Dandridge construisit sa carrière d'actrice. C'est là qu'elle tourna Carmen Jones, Porgy and Bess et ses autres films majeurs, dans un milieu glamour mais profondément ségrégué.

Las Vegas, Nevada

Dandridge fut l'une des premières artistes noires à se produire dans les grandes salles des hôtels-casinos du Strip (Frontier Hotel, Sands). Elle y connut un succès immense tout en subissant la ségrégation : interdite de séjourner dans les établissements où elle chantait.

Dorothy Chandler Pavilion, Los Angeles (site des Oscars 1955)

C'est lors de la cérémonie des Oscars de 1955 que Dandridge fut nommée meilleure actrice, entrant dans l'histoire du cinéma américain. Ce moment symbolique eut lieu dans le grand théâtre qui accueillait les cérémonies hollywoodiennes.

West Hollywood, Californie

Lieu où Dorothy Dandridge fut retrouvée morte le 8 septembre 1965, à l'âge de 42 ans, dans son appartement. Sa mort prématurée et dans l'oubli relatif contrasta tragiquement avec la gloire qu'elle avait connue une décennie plus tôt.

Voir aussi