Élisabeth Jacquet de La Guerre(1665 — 1729)

Élisabeth Jacquet de La Guerre

Royaume de France

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MusiqueTemps modernesFrance du Grand Siècle sous Louis XIV et Louis XV

Claveciniste et compositrice française (1665-1729), prodige remarquée dès l'enfance par Louis XIV. Elle fut l'une des rares femmes de son époque à publier et faire représenter ses œuvres musicales.

Faits marquants

  • Née en 1665 à Paris dans une famille de facteurs de clavecin et organistes
  • Remarquée à l'âge de 5 ans par Louis XIV qui l'encourage et la protège
  • Publie ses Pièces de clavecin en 1687, dédiées au Roi-Soleil
  • Compose Céphale et Procris (1694), l'un des rares opéras écrits par une femme au XVIIe siècle
  • Décède en 1729, laissant une œuvre pionnière incluant sonates, cantates et musique sacrée

Œuvres & réalisations

Pièces de clavecin (1687)

Premier recueil publié, dédié à Louis XIV. L'une des premières publications musicales d'une femme en France, il témoigne d'un style élégant et d'une maîtrise technique remarquable dès sa première jeunesse.

Céphale et Procris — opéra en un prologue et cinq actes (1694)

Seul opéra connu d'Élisabeth, représenté à l'Académie royale de musique. Rarissime pour une femme compositrice sous Louis XIV, il marque un sommet dans sa reconnaissance publique.

Pièces de clavessin qui peuvent se jouer sur le viollon (1707)

Recueil innovant mêlant suites pour clavecin et pièces adaptées au violon, témoignant de sa volonté de fusionner les styles français et italien dans la tradition musicale nationale.

Sonates pour le violon et pour le clavecin (1707)

Parmi les premières sonates de style italien publiées en France par un compositeur français. Elles contribuèrent à acclimater en France ce genre instrumental alors très en vogue en Europe.

Cantates françoises sur des sujets tirez de l'Écriture — Livre I (1708)

Premier livre de cantates religieuses composées sur des textes bibliques, genre en plein essor en France. Elles témoignent de sa double maîtrise de la musique sacrée et de la musique vocale.

Cantates françoises — Livre II (sujets profanes et mythologiques) (1711)

Second recueil de cantates sur des sujets tirés de la mythologie antique, illustrant sa versatilité et sa parfaite maîtrise des formes vocales en vogue dans la France du début du XVIIIe siècle.

Anecdotes

Vers l'âge de cinq ans, la petite Élisabeth fut présentée à Louis XIV à Versailles. Le roi, stupéfait par sa maîtrise du clavecin, la surnomma sa « petite merveille » et la plaça sous la protection de Madame de Montespan, sa favorite. Élisabeth se produisit régulièrement à la cour, impressionnant toute l'aristocratie par sa virtuosité et sa mémoire musicale prodigieuse.

En mars 1694, son opéra Céphale et Procris fut représenté à l'Académie royale de musique de Paris — la scène lyrique officielle fondée par Lully. C'était un événement exceptionnel : pratiquement aucune femme compositrice n'avait jusqu'alors réussi à faire jouer une œuvre dramatique sur cette scène dominée par les hommes.

À la mort de son mari l'organiste Marin de La Guerre en 1704, puis de leur fils unique peu de temps après, Élisabeth traversa de lourds deuils. Pourtant, loin de s'arrêter, elle continua à composer et à publier, faisant paraître ses Sonates et ses Cantates entre 1707 et 1711. Son courage artistique face à l'adversité suscita l'admiration de ses contemporains.

Élisabeth fut l'une des premières compositrices françaises à adopter et publier la sonate de style italien, genre alors tout nouveau en France. En 1707, elle fit paraître des sonates pour violon et clavecin, contribuant à l'introduction de cette forme musicale venue d'Italie dans le répertoire français — une véritable audace artistique et éditoriale pour une femme de son époque.

Le mécène et écrivain Évrard Titon du Tillet la cita dans son célèbre Parnasse François (1732), aux côtés des plus grands musiciens du règne de Louis XIV. Il soulignait qu'elle avait su, malgré les obstacles imposés aux femmes, publier ses œuvres et se faire jouer sur les plus grandes scènes, ce qui était extrêmement rare pour une compositrice.

Sources primaires

Pièces de clavecin — Dédicace à Louis XIV (1687)
« Je consacre ces premières prémices de mon travail à Votre Majesté, dont les bontés m'ont toujours encouragée dans la carrière des arts, et qui a bien voulu daigner les agréer. »
Le Parnasse François — Évrard Titon du Tillet (1732)
« Madame de La Guerre, née Jacquet, a fait paraître un génie et des talents pour la musique qui ont été admirés de tout ce qu'il y a de plus distingué en France ; le feu Roi l'honoroit souvent de sa présence dans les concerts qu'elle donnoit. »
Pièces de clavessin qui peuvent se jouer sur le viollon — Avertissement (1707)
« J'ay tasché de faire des pièces qui pussent convenir aux deux instrumens, en suivant les règles qui leur sont propres, et en meslant quelque chose du goust italien avec celuy qui est particulier à nostre nation. »
Cantates françoises sur des sujets tirez de l'Écriture — Épître dédicatoire (1708)
« Ces cantates sont le fruit de mes veilles ; j'espère qu'elles trouveront grâce auprès des amateurs de la bonne musique et des personnes de piété qui voudront bien en agréer l'offrande. »

Voir aussi