Romancière italienne majeure du XXe siècle, Elsa Morante est connue pour ses œuvres puissantes mêlant réalisme et dimension mythique. Son roman La Storia (1974) dresse un portrait bouleversant de la Seconde Guerre mondiale à travers les yeux des humbles.
Elsa Morante(1912 — 1985)
Elsa Morante
Italie, royaume d'Italie
8 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« La Storia è una storia infame.»
Faits marquants
- Née le 18 août 1912 à Rome, morte le 25 novembre 1985
- Publication de La Storia en 1974, best-seller contesté et encensé
- Prix Viareggio en 1957 pour L'isola di Arturo
- Épouse du romancier Alberto Moravia de 1941 à 1962
- Figure majeure de la littérature italienne d'après-guerre
Œuvres & réalisations
Premier grand roman d'Elsa Morante, fresque familiale mêlant amour, mensonge et illusion sur fond de bourgeoisie méridionale italienne. Récompensé par le Prix Viareggio, il révèle d'emblée son style ample et sa maîtrise du récit épique.
Roman d'apprentissage narrant l'enfance solitaire d'Arturo sur l'île de Procida, entre idéalisation du père et découverte brutale de la réalité. Couronné par le Premio Strega, c'est l'un des chefs-d'œuvre de la littérature italienne du XXe siècle.
Œuvre hybride mêlant poésie, prose et chanson, dans laquelle Morante exprime son refus de la société de consommation et sa foi dans l'innocence des enfants face au monde adulte corrompu. Témoignage engagé de l'effervescence de l'année 1968.
Roman monument retraçant la Seconde Guerre mondiale à travers les yeux d'Ida Ramundo, institutrice romaine, et de son fils Useppe. Délibérément publié à bas prix pour toucher le plus grand nombre, il s'imposa comme l'un des grands livres du siècle.
Dernier roman d'Elsa Morante, récit sombre et introspectif d'un homme qui remonte vers la figure de sa mère disparue. Souvent lu comme le testament littéraire de Morante, épuisée et malade, il clôt une œuvre hantée par l'amour et la perte.
Anecdotes
Lors de la publication de La Storia en 1974, Elsa Morante prit une décision radicale : elle exigea qu'Einaudi vende le roman à un prix très bas dans une édition de poche, pour que les gens ordinaires dont elle narrait la vie puissent se l'offrir. Ce geste fit scandale dans le milieu littéraire, mais le livre se vendit à des centaines de milliers d'exemplaires dès les premières semaines.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Elsa Morante et son mari Alberto Moravia durent fuir Rome en 1943 pour échapper aux persécutions nazies — Moravia étant d'origine juive. Ils se réfugièrent pendant neuf mois dans les montagnes de la Ciociaria, vivant dans la pauvreté et le dénuement. Cette expérience traumatisante nourrit profondément La Storia, roman dans lequel elle met en scène la guerre à travers les yeux des plus démunis.
Elsa Morante entretenait une amitié profonde et intellectuelle avec le cinéaste et poète Pier Paolo Pasolini, avec lequel elle débattait de littérature, de politique et de société italienne. Lorsque Pasolini fut assassiné en novembre 1975, Morante fut dévastée par ce deuil, et sa santé mentale se dégrada progressivement au cours des années suivantes.
Elle commença à publier des nouvelles dès l'âge de 18 ans dans des revues littéraires romaines, tout en donnant des cours particuliers pour subvenir à ses besoins. Elle avait quitté le domicile familial pour vivre de façon autonome, ce qui était encore très rare pour une jeune femme italienne dans les années 1930.
Elsa Morante était connue pour sa passion extraordinaire pour les chats, qu'elle considérait comme des compagnons nobles et irréductibles. Elle en accueillit de nombreux tout au long de sa vie et leur attribua une place symbolique dans son œuvre, voyant en eux une forme de liberté face aux contraintes du monde humain.
Sources primaires
Elsa Morante dédie son roman 'A tutti' (À tous), refusant toute dédicace à une élite et affirmant que cette histoire appartient à chaque être humain, aux humbles et aux oubliés de l'Histoire.
Morante explique son choix de prix bas pour La Storia : 'Je veux que ce livre soit lu par les gens dont je parle, pas seulement par ceux qui peuvent se payer les livres chers.'
Morante y développe sa vision de la littérature comme seule forme de résistance au pouvoir destructeur de la modernité industrielle et militaire, déclarant que le poète et l'écrivain sont les derniers gardiens de l'humanité.
Elsa Morante confie son obsession pour la vérité intérieure des personnages et son refus du roman purement politique ou idéologique, qui selon elle trahit la littérature en la réduisant à un instrument.
Lieux clés
Née et morte à Rome, Morante grandit dans les quartiers populaires de Trastevere et Testaccio, dont l'atmosphère vivante imprègnera toute son œuvre. La ville, décor central de La Storia, est pour elle à la fois refuge et symbole de l'Histoire avec un grand H.
Entre 1943 et 1944, Elsa Morante et Alberto Moravia se réfugièrent dans cette région montagneuse au sud de Rome pour fuir les Nazis. Ces neuf mois de pauvreté et d'errance constituent l'une des expériences fondatrices de son regard sur la guerre et les humbles.
Cette île de pêcheurs du golfe de Naples, que Morante visita et aima profondément, inspira le décor de L'isola di Arturo, son roman couronné par le Premio Strega en 1957. Elle y trouva un univers insulaire clos, propice à l'exploration de l'enfance et du mythe.
Elsa Morante et Alberto Moravia habitèrent ensemble cet appartement romain qui devint un salon littéraire informel, fréquenté par Pasolini, Calvino et d'autres grands noms de la littérature italienne d'après-guerre.
Morante séjourna plusieurs fois à Capri, île chère aux artistes et intellectuels italiens, où elle travailla et se ressourça. Ces séjours alimentèrent sa réflexion sur la beauté, l'isolement et la condition humaine.
Objets typiques

Comme beaucoup d'écrivains italiens de sa génération, Morante rédigeait ses manuscrits sur une machine à écrire Olivetti, symbole de la modernité littéraire italienne d'après-guerre. Elle y tapait ses textes après de longues phases de préparation manuscrite.

Morante remplissait de nombreux cahiers de brouillons, de plans narratifs et de portraits psychologiques de ses personnages avant de commencer la rédaction définitive. Ces carnets témoignent de son processus créatif minutieux et de son exigence.

Grande lectrice, Morante possédait une bibliothèque dense où voisinaient les grands auteurs russes (Tolstoï, Dostoïevski), la Bible, Shakespeare et les poètes italiens. Ces lectures nourrissaient la dimension épique et morale de ses romans.

Pour écrire La Storia, Morante s'entoura de documents photographiques sur la Rome occupée et bombardée, cherchant à restituer avec précision l'atmosphère de terreur et de misère vécue par les populations civiles.

Elsa Morante était grande fumeuse, comme beaucoup d'intellectuels de son époque, et la cigarette faisait partie intégrante de ses longues sessions de travail nocturnes dans son appartement romain.

Les chats tenaient une place centrale dans la vie quotidienne de Morante, qui les aimait profondément. Leur présence silencieuse et indépendante lui était indispensable pour écrire, et ils apparaissent symboliquement dans plusieurs de ses textes.
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Vie quotidienne
Matin
Elsa Morante se levait tard, vers 10 ou 11 heures, selon ses proches. Elle commençait sa matinée par un café fort et la lecture des journaux, guettant les nouvelles politiques avec une attention passionnée. La matinée était rarement consacrée à l'écriture, qu'elle réservait aux heures tardives de la journée.
Après-midi
L'après-midi, Morante sortait souvent se promener dans Rome, observant les passants, les marchés, les enfants dans les rues des quartiers populaires — autant de matière vivante pour ses romans. Elle pouvait aussi recevoir des amis ou des collègues écrivains, avec lesquels elle débattait de littérature et de politique avec une vigueur parfois intimidante.
Soir
C'est le soir et la nuit qu'Elsa Morante travaillait le mieux. Elle s'installait à sa machine à écrire après le dîner et pouvait écrire jusqu'au petit matin, entourée de ses chats. Ces longues nuits solitaires étaient sa manière de s'isoler du monde pour entrer pleinement dans l'univers de ses personnages.
Alimentation
Morante appréciait la cuisine romaine simple et populaire — pâtes, légumes, plats en sauce — sans ostentation. Pendant la guerre, elle avait connu la faim dans les montagnes de la Ciociaria, une expérience qui marqua durablement son rapport aux plaisirs matériels et à la nourriture.
Vêtements
Elsa Morante ne se souciait guère de la mode et s'habillait sobrement, en femme indépendante peu soucieuse des conventions bourgeoises. Elle préférait des tenues confortables et pratiques, adaptées à ses longues promenades romaines et à ses sessions de travail nocturnes.
Habitat
Pendant de nombreuses années, Morante vécut avec Alberto Moravia dans un appartement du centre de Rome, via dell'Oca, devenu un salon littéraire informel. Après leur séparation dans les années 1960, elle occupa son propre appartement romain, simplement meublé, avec des livres partout et ses chats pour toute compagnie.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Menzogna e sortilegio (Mensonge et sortilège)
1948
L'isola di Arturo (L'île d'Arturo)
1957
Il mondo salvato dai ragazzini (Le monde sauvé par les enfants)
1968
La Storia (L'Histoire)
1974
Aracoeli
1982





