Elsa Triolet (1896-1970) est une romancière française d'origine russe, compagne du poète Louis Aragon. Première femme à recevoir le prix Goncourt en 1945 pour son recueil 'Le premier accroc coûte deux cents francs', elle fut également une figure engagée de la Résistance et du mouvement communiste.
Elsa Triolet(1896 — 1970)
Elsa Triolet
France, Empire russe
9 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« La femme est l'avenir de l'homme.»
« Le premier accroc coûte deux cents francs.»
Faits marquants
- 1896 : Naissance à Moscou sous le nom d'Elsa Kagan
- 1928 : Rencontre Louis Aragon à Paris, début d'une vie commune et intellectuelle partagée
- 1938 : Obtient la nationalité française
- 1945 : Première femme lauréate du prix Goncourt pour 'Le premier accroc coûte deux cents francs'
- 1970 : Décès à Saint-Arnoult-en-Yvelines
Œuvres & réalisations
Premier roman écrit directement en français par Elsa Triolet. Il marque son intégration définitive dans la littérature française et lui permet de trouver sa propre voix dans une langue qui n'est pas sa langue maternelle.
Nouvelle de résistance publiée clandestinement sous le pseudonyme Laurent Daniel aux Éditions de Minuit. Elle raconte l'histoire d'une jeune femme qui transporte des faux papiers pour la Résistance, et constitue un témoignage littéraire direct de l'Occupation.
Recueil de nouvelles qui obtient le prix Goncourt en 1945, faisant d'Elsa Triolet la première femme lauréate de cette récompense. L'ouvrage rassemble plusieurs textes écrits pendant l'Occupation, dont 'Les Amants d'Avignon'.
Roman écrit sous l'Occupation, portant sur la destinée d'un médecin de province pris dans les tourments de l'histoire. L'œuvre illustre la capacité d'Elsa Triolet à maintenir une création littéraire exigeante même dans les conditions les plus difficiles.
Première œuvre de fiction d'Elsa Triolet, écrite en russe. Elle témoigne de ses origines et de ses premières expériences d'émigrée, avant qu'elle ne choisisse définitivement le français comme langue d'écriture.
Elsa Triolet traduit en français plusieurs textes de Vladimir Maïakovski et d'Anton Tchekhov, contribuant à faire connaître la littérature russe au public français et jouant un rôle de médiatrice culturelle entre les deux pays.
Anecdotes
En 1945, Elsa Triolet devient la première femme à remporter le prix Goncourt, pour son recueil 'Le premier accroc coûte deux cents francs'. Le jury, composé exclusivement d'hommes, avait longtemps ignoré les autrices : cette victoire marque un tournant symbolique dans la reconnaissance littéraire des femmes en France.
Durant l'Occupation, Elsa Triolet participe activement à la Résistance intellectuelle. Elle publie en 1943 'Les Amants d'Avignon' sous le pseudonyme 'Laurent Daniel' aux Éditions de Minuit clandestines, un réseau d'édition illégale fondé pour maintenir une culture française libre face à la censure nazie.
Née Ella Kagan à Moscou en 1896, Elsa Triolet est la sœur de Lili Brik, la compagne du poète russe Vladimir Maïakovski. Quand elle arrive à Paris dans les années 1920, elle baigne déjà dans les cercles d'avant-garde russes et côtoie les plus grands artistes de son époque avant même de rencontrer Aragon.
Elsa Triolet rencontre Louis Aragon en novembre 1928 lors d'une soirée à Paris. Cette rencontre bouleverse la vie des deux écrivains : ils ne se quitteront plus, se marient en 1939, et s'influencent mutuellement tout au long de leur vie. Aragon lui dédie son recueil 'Les Yeux d'Elsa' (1942), faisant d'elle une figure poétique immortelle.
Bien qu'elle écrive d'abord en russe, Elsa Triolet adopte le français comme langue littéraire à partir de 1938. Elle justifie ce choix par une formule restée célèbre : écrire en français, c'est choisir son pays, sa patrie intellectuelle et affective. Elle sera également traductrice de Tchekhov et de Maïakovski en français.
Sources primaires
Juliette était assise dans le train, une valise sur les genoux. Elle pensait à l'homme qu'elle allait rejoindre, à Avignon, à la mission qu'on lui avait confiée. Elle n'avait pas peur, ou plutôt elle avait appris à ne plus avoir peur.
J'ai écrit ce livre en français parce que je vis en France, parce que c'est en France que j'ai voulu vivre. La langue d'un pays, c'est son âme même, et je voulais conquérir cette âme.
Nous sommes ce que nous avons fait. Ces années terribles nous ont faits, toi et moi, ce que nous sommes. Je n'en regrette rien, même la peur, même le danger, parce que nous avons été du bon côté.
Ce prix, je le reçois au nom de toutes les femmes qui écrivent et que l'on n'a pas encore lues, de toutes celles qui écriront et que l'on ne lira peut-être pas assez.
Lieux clés
Ville natale d'Elsa Triolet, née Ella Kagan en 1896. Elle y grandit dans un milieu intellectuel juif bourgeois, en pleine effervescence artistique de la Russie pré-révolutionnaire.
Elsa Triolet s'installe durablement à Paris à la fin des années 1920. Elle fréquente les cafés littéraires, les cercles surréalistes puis communistes, et fait de Paris le centre de sa vie intellectuelle et affective aux côtés d'Aragon.
Durant l'Occupation, Elsa et Aragon se réfugient dans la zone non occupée. Avignon et la région provençale servent de cadre à son roman de Résistance 'Les Amants d'Avignon', écrit à partir de sa propre expérience de la clandestinité.
Résidence définitive d'Elsa Triolet et d'Aragon à partir des années 1960. C'est là qu'elle écrit ses dernières œuvres et qu'elle meurt le 16 juin 1970. Le moulin est aujourd'hui classé et ouvert au public comme lieu de mémoire.
En tant que militante communiste, Elsa Triolet effectue plusieurs voyages en URSS après-guerre, participant aux congrès des écrivains soviétiques et entretenant des liens avec l'intelligentsia soviétique.
Objets typiques

Elsa Triolet tapait elle-même ses manuscrits sur une machine à écrire portative qu'elle emportait dans ses déplacements, y compris durant les années d'Occupation où il fallait écrire vite et discrètement.
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Comme de nombreux émigrés russes apatrides après 1917, Elsa voyagea d'abord avec un passeport Nansen, document délivré par la Société des Nations aux réfugiés sans nationalité, avant d'obtenir la nationalité française.

Journal littéraire clandestin fondé en 1942, auquel Elsa Triolet collaborait. Ces feuilles ronéotypées, diffusées secrètement sous l'Occupation, représentent le symbole de la résistance culturelle.

Elsa Triolet travaillait ses textes avec une grande rigueur stylistique, couvrant ses tapuscrits de corrections manuscrites. Elle accordait une attention particulière au rythme de la phrase, influencée par la poésie russe.

Ses photographies d'enfance à Moscou et de sa sœur Lili Brik étaient précieusement conservées. Elles témoignent de ses racines russes qu'elle n'a jamais reniées malgré son adoption de la langue et de la culture françaises.

Elsa Triolet a traduit plusieurs œuvres du poète Vladimir Maïakovski — l'amour de sa sœur Lili — en français. Ces volumes bilingues symbolisent son rôle de passeur entre les cultures russe et française.
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Vie quotidienne
Matin
Elsa Triolet se levait tôt et consacrait la matinée à l'écriture, sa période de travail la plus productive. Elle s'installait à son bureau avec sa machine à écrire, souvent dès l'aube, avant que les visites et les engagements politiques ou mondains ne viennent interrompre sa concentration.
Après-midi
L'après-midi était davantage tourné vers les rencontres intellectuelles : visites d'amis écrivains, réunions au Parti communiste français ou dans les associations de solidarité, lectures dans les bibliothèques ou chez des libraires amis. Durant l'Occupation, ces activités prenaient une dimension clandestine, incluant parfois la transmission de documents ou de textes interdits.
Soir
Les soirées d'Elsa et d'Aragon étaient souvent animées : dîners avec des artistes, des écrivains ou des militants, lectures à voix haute de manuscrits en cours, discussions politiques et littéraires qui pouvaient durer tard dans la nuit. Le couple recevait beaucoup, surtout dans leur maison de Saint-Arnoult dans les dernières années.
Alimentation
Issue d'une famille bourgeoise russe, Elsa avait gardé le goût des plats mijotés et des repas partagés en convivialité. En France, elle adopta la cuisine française tout en gardant des habitudes alimentaires slaves, notamment le goût du thé bu à toute heure. Durant les années de guerre, comme tous les Français, elle subit les restrictions alimentaires et les tickets de rationnement.
Vêtements
Elsa Triolet était connue pour son élégance sobre et son sens du style. Elle s'habillait avec soin sans ostentation, privilégiant les vêtements pratiques qui permettaient la mobilité — indispensable durant les années de clandestinité — mais toujours avec une attention à l'apparence qui reflétait son milieu intellectuel bourgeois.
Habitat
Le couple Aragon-Triolet a connu des logements très variés selon les époques : appartements parisiens dans les années 1930, locations précaires en zone libre durant la guerre, jusqu'à l'installation définitive au Moulin de Villeneuve à Saint-Arnoult-en-Yvelines dans les années 1960. Ce moulin réaménagé en maison d'écrivain, avec sa bibliothèque et son jardin, représente l'aboutissement de leur vie commune.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Bonsoir Thérèse
1938
Les Amants d'Avignon
1943 (clandestin), 1945
Le premier accroc coûte deux cents francs
1945
Le Cheval blanc
1943
L'Âme (Zemliànika)
1927
Traductions de Maïakovski et Tchekhov
1940-1960






