Érasme(1466 — 1536)

Érasme

Dix-sept Provinces

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PhilosophiePhilosopheReligieux/seÉcrivain(e)RenaissanceRenaissance (XVe-XVIe siècle)

Humaniste et théologien néerlandais (1466-1536), Érasme est l'une des figures majeures de la Renaissance. Promoteur de l'étude critique des textes anciens et de la tolérance religieuse, il incarne l'idéal humaniste d'une formation basée sur la raison et la sagesse.

Questions fréquentes

Pour comprendre l'importance d'Érasme (1466-1536), il faut imaginer un monde où l'imprimerie bouleverse la diffusion des idées. Ce qui le distingue des autres humanistes, c'est qu'il incarne l'idéal d'une formation fondée sur la raison et la sagesse, tout en restant critique envers les abus religieux. Promoteur de l'étude des textes anciens et de la tolérance, il est considéré comme le « prince des humanistes ». Ce qu'il faut retenir, c'est qu'Érasme n'a pas seulement écrit des livres : il a bâti un réseau intellectuel européen par sa correspondance, préfigurant la République des Lettres.

Citations célèbres

« Ignorance is the root of all evil. »
« The desire to quarrel is the only way in which even the most timid creature can display courage. »

Faits marquants

  • Publication de l'Éloge de la folie en 1511, satire humaniste des travers de la société
  • Édition critique du Nouveau Testament en grec (1516), révolutionnant l'étude des textes bibliques
  • Défense de la libre critique face aux dogmes, tout en restant fidèle à l'Église catholique
  • Correspondance influente avec les grands penseurs européens du XVIe siècle
  • Fondation intellectuelle de l'humanisme chrétien (1466-1536)

Œuvres & réalisations

Adages (Adagia) (1500 (éd. augmentées jusqu'en 1536))

Recueil de plus de 4 000 proverbes grecs et latins commentés. Cet ouvrage monumental fit d'Érasme le prince des humanistes et un best-seller de l'imprimerie naissante.

Éloge de la Folie (Moriae Encomium) (1511)

Satire dans laquelle la Folie personnifiée fait son propre éloge, critiquant avec ironie les travers de la société, du clergé et des princes. L'œuvre la plus célèbre d'Érasme.

Novum Instrumentum omne (1516)

Première édition imprimée critique du Nouveau Testament en grec, accompagnée d'une nouvelle traduction latine. Ce travail philologique influença profondément la Réforme et l'exégèse moderne.

Colloques (Colloquia familiaria) (1518-1533)

Dialogues vivants et satiriques mettant en scène des situations de la vie quotidienne. D'abord conçus comme exercices de latin, ils devinrent un outil de critique sociale et religieuse.

De libero arbitrio (Du libre arbitre) (1524)

Traité théologique défendant le libre arbitre contre le déterminisme de Luther. Cette œuvre marque la rupture définitive entre Érasme et la Réforme protestante.

L'Éducation du prince chrétien (Institutio principis christiani) (1516)

Traité politique dédié au jeune Charles de Habsbourg (futur Charles Quint), prônant un gouvernement fondé sur la sagesse, la paix et le bien commun.

Anecdotes

Érasme était un enfant illégitime, né d'un prêtre et d'une fille de médecin. Cette naissance hors mariage le marqua toute sa vie et nécessita une dispense papale pour qu'il puisse poursuivre sa carrière ecclésiastique.

Lors de son séjour en Angleterre en 1509, Érasme rédigea son œuvre la plus célèbre, l'Éloge de la Folie, en seulement une semaine environ, chez son ami Thomas More. Le titre latin, Moriae Encomium, est d'ailleurs un jeu de mots sur le nom de More.

Érasme entretenait une correspondance monumentale : on conserve plus de 3 000 lettres échangées avec les plus grands esprits de son temps, de Thomas More au pape Léon X en passant par Martin Luther. Il était considéré comme le centre d'un véritable réseau intellectuel européen.

Érasme avait une santé fragile et se plaignait fréquemment du froid, de la nourriture et des auberges lors de ses nombreux voyages à travers l'Europe. Il détestait particulièrement le poisson, ce qui était problématique pour un moine astreint au jeûne, et obtint une dispense pour manger de la viande.

Martin Luther tenta à plusieurs reprises de rallier Érasme à la Réforme protestante, mais celui-ci refusa toujours de quitter l'Église catholique. Cette position de modéré lui valut d'être critiqué par les deux camps : trop réformateur pour Rome, trop tiède pour les protestants.

Sources primaires

Éloge de la Folie (Moriae Encomium) (1511)
La Folie parle : « Sans moi, aucune société, aucune union ne saurait être ni agréable ni durable : un peuple ne supporterait pas longtemps son prince, ni un maître son serviteur, si mutuellement ils ne se trompaient. »
Colloques (Colloquia familiaria) (1518-1533)
« Toute la religion chrétienne se résume à la paix et à la concorde ; or cela ne peut se maintenir qu'à condition de définir le moins de choses possible et de laisser à chacun la liberté de son jugement sur beaucoup de questions. »
Adages (Adagia) (1500-1536)
« Dulce bellum inexpertis — La guerre est douce pour ceux qui ne l'ont pas connue. » Érasme développe cet adage en un véritable essai pacifiste contre les conflits armés entre princes chrétiens.
De libero arbitrio (Du libre arbitre) (1524)
« Je préfère l'opinion de ceux qui attribuent quelque chose au libre arbitre, mais le plus possible à la grâce. » Érasme défend ici la liberté humaine face au déterminisme absolu prôné par Luther.

Lieux clés

Rotterdam

Ville natale d'Érasme aux Pays-Bas. Bien qu'il l'ait quittée jeune, il y resta toujours attaché, signant « Desiderius Erasmus Roterodamus ».

Bâle

Ville où Érasme vécut ses dernières années et mourut en 1536. Il y travaillait avec l'imprimeur Johann Froben et y publia ses œuvres majeures.

Louvain

Érasme séjourna à plusieurs reprises à Louvain, où se trouvait une importante université. Il y fonda le Collège des Trois Langues (latin, grec, hébreu) en 1517.

Venise (imprimerie d'Alde Manuce)

Érasme séjourna chez le célèbre imprimeur Alde Manuce en 1508, y préparant l'édition augmentée de ses Adages dans un environnement intellectuel stimulant.

Londres et Cambridge

Érasme fit plusieurs séjours en Angleterre entre 1499 et 1514, enseignant le grec à Cambridge et nouant une amitié décisive avec Thomas More.

Voir aussi