Compositrice britannique pionnière (1858-1944), Ethel Smyth fut la première femme à voir un opéra joué au Metropolitan Opera de New York. Militante suffragiste, elle composa la marche des suffragettes 'The March of the Women' (1911).
Ethel Smyth(1858 — 1944)
Ethel Smyth
Royaume-Uni
9 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« You have to believe in yourself, that's the secret.»
Faits marquants
- 1858 : naissance à Sidcup (Kent, Angleterre)
- 1906 : emprisonnement pour ses activités suffragistes aux côtés d'Emmeline Pankhurst
- 1911 : composition de 'The March of the Women', hymne du mouvement des suffragettes
- 1922 : première femme à recevoir un doctorat honoris causa en musique de l'université d'Oxford
- 1944 : décès à Woking (Surrey)
Œuvres & réalisations
Hymne composé pour le mouvement des suffragettes britanniques, sur un texte de Cicely Hamilton. Il devint l'anthem officiel du WSPU et reste le symbole musical le plus connu du combat pour le droit de vote des femmes au XXe siècle.
Opéra en trois actes créé à Leipzig, considéré comme le chef-d'œuvre de Smyth. L'œuvre dépeint une communauté de naufrageurs en Cornouailles ; longtemps négligée, elle est progressivement redécouverte par les scènes lyriques contemporaines.
Opéra en un acte créé à Berlin, puis joué au Covent Garden de Londres et au Metropolitan Opera de New York en 1903. Première œuvre d'une femme compositrice représentée au Met, une étape historique dans la reconnaissance des femmes dans le monde lyrique.
Grande œuvre chorale pour solistes, chœur et orchestre, créée au Royal Albert Hall de Londres sous la direction de l'auteure. Saluée par Brahms lui-même, elle valut à Smyth une reconnaissance internationale et reste l'une de ses compositions les plus ambitieuses.
Opéra-comique en deux parties adapté d'une nouvelle de W.W. Jacobs, qui met en scène une femme forte et autonome résistant aux avances d'un homme. L'œuvre reflète les convictions féministes de Smyth et son sens aigu de l'humour.
Autobiographie en deux volumes retraçant son enfance, ses études à Leipzig et ses débuts de compositrice. Témoignage vivant et mordant, c'est une source précieuse sur la condition des femmes artistes à la fin du XIXe siècle.
Anecdotes
En 1912, emprisonnée à la prison de Holloway pour avoir brisé des vitres de ministres britanniques opposés au vote des femmes, Ethel Smyth refusa de se laisser réduire au silence. Elle dirigeait 'The March of the Women' depuis sa fenêtre de cellule en agitant une brosse à dents, pendant que ses camarades suffragettes chantaient dans la cour. Le chef d'orchestre Thomas Beecham, venu lui rendre visite, assista stupéfait à ce concert improvisé derrière les barreaux.
Pour être admise au Conservatoire de Leipzig, Ethel livra une longue bataille contre son père, général de l'armée britannique qui s'opposait farouchement à une carrière musicale pour sa fille. Elle refusa de manger et de lui adresser la parole pendant des semaines, jusqu'à ce qu'il cède. À 19 ans, elle partait enfin pour l'Allemagne, où elle côtoya Johannes Brahms et Clara Schumann.
Quand son opéra 'Der Wald' fut créé au Metropolitan Opera de New York en 1903, Ethel Smyth devint la première femme compositrice à voir son œuvre programmée dans ce temple de l'opéra mondial. Cette consécration n'empêcha pas les milieux musicaux masculins de continuer à minimiser son talent, ce qui ne fit que renforcer son engagement féministe.
À l'âge de 71 ans, Ethel Smyth tomba éperdument amoureuse de Virginia Woolf, de 27 ans sa cadette. L'écrivaine, à la fois touchée et légèrement submergée par cet enthousiasme, lui consacra des pages admiratives dans son journal intime. Leur amitié intellectuelle dura jusqu'à la mort de Woolf en 1941, trois ans seulement avant celle de la compositrice.
Atteinte de surdité progressive à partir des années 1910, Ethel Smyth continua néanmoins à composer et à diriger ses propres œuvres, s'appuyant sur sa mémoire musicale intérieure. Elle déclara que parfois entendre la musique dans sa tête était plus beau que de l'entendre mal jouée. Sa ténacité face au handicap força l'admiration de ses contemporains et la fit comparer à Beethoven.
Sources primaires
I was possessed by music from my earliest childhood... The battles I had to fight to be taken seriously as a composer were battles every woman in any creative field would recognize as her own.
Women composers are told their music lacks virility. But what is virility in music if not intensity of feeling, power of conception, mastery of form? I have never understood why these qualities should be considered the monopoly of one sex.
Looking back on my career, I feel that the obstacles placed before me as a woman were as formidable as any artistic challenge. Yet it is precisely these struggles that sharpened both my will and my music.
La marche est prête. J'espère qu'elle donnera aux femmes le courage dont elles ont besoin pour continuer ce combat. La musique peut faire ce que les discours ne peuvent pas : entrer directement dans les cœurs.
Lieux clés
Lieu de naissance d'Ethel Smyth le 23 avril 1858, dans une famille de la haute bourgeoisie militaire. Son enfance dans la campagne du Kent forja son amour de la nature et sa personnalité résolument indépendante.
Ethel Smyth y étudia la composition à partir de 1877, dans le prestigieux établissement fondé par Felix Mendelssohn. Elle y côtoya des figures majeures de la musique européenne et y acquit une formation rigoureuse qui fonda sa carrière internationale.
Ethel Smyth y fut emprisonnée deux mois en 1912 pour son action suffragiste. C'est depuis une fenêtre de cette prison qu'elle dirigea 'The March of the Women' avec une brosse à dents, dans une scène devenue l'une des plus emblématiques du mouvement.
Maison de campagne où Ethel Smyth vécut une grande partie de sa vie adulte et où elle mourut le 8 mai 1944. Ce refuge lui offrait le calme nécessaire à la composition et l'espace pour ses promenades quotidiennes avec ses chiens.
En 1903, son opéra 'Der Wald' y fut représenté, faisant d'Ethel Smyth la première femme compositrice à avoir une œuvre jouée dans cette institution de référence mondiale — une première historique dans l'histoire de la musique lyrique.
Ethel Smyth y dirigea plusieurs de ses propres œuvres, dont la Messe en ré en 1893. Cette grande salle de concert londonienne symbolise la reconnaissance qu'elle finit par obtenir dans son propre pays, après des décennies de lutte.
Objets typiques

Devenue objet légendaire depuis la scène de la prison de Holloway en 1912, où Smyth s'en servit comme baguette pour diriger 'The March of the Women' depuis sa fenêtre de cellule. Cet épisode symbolise son refus absolu de toute capitulation face à l'oppression.

Ethel Smyth était l'une des rares femmes de son époque à diriger ses propres œuvres en public. Sa baguette était à la fois outil professionnel et symbole de sa revendication à occuper une place centrale dans un monde musical dominé par les hommes.

Ses cahiers de composition, couverts de corrections et d'annotations, témoignent de son exigence artistique. La partition de 'The March of the Women' est conservée dans plusieurs archives britanniques et constitue un document historique autant que musical.

Connue pour son style vestimentaire volontairement peu féminin, Smyth affectionnait les tenues de tweed robustes et les chapeaux de sport, qui tranchaient avec les corsets et robes à traîne attendus des femmes de la bonne société victorienne.

Ses chiens étaient les compagnons constants de ses longues promenades matinales à la campagne. Ils apparaissent dans de nombreux témoignages de ses proches comme une part indissociable de son quotidien et de son caractère affectueux.

Grande amatrice de chasse à courre dans sa jeunesse, Smyth pratiquait ce sport traditionnellement réservé aux hommes et à l'aristocratie, ce qui reflète son tempérament rebelle aux conventions de genre bien avant son engagement suffragiste.
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Vie quotidienne
Matin
Ethel Smyth se levait tôt et consacrait les premières heures de la journée à la composition, considérant le matin comme son temps de travail le plus fécond. Elle partait ensuite pour de longues promenades à la campagne avec ses fox-terriers, une habitude qu'elle maintint toute sa vie, même en ville.
Après-midi
Les après-midis étaient consacrés aux répétitions, à la correspondance abondante qu'elle entretenait avec Virginia Woolf, Emmeline Pankhurst et d'autres figures intellectuelles, et aux réunions militantes lors de ses années d'engagement suffragiste. Elle pouvait aussi relire ses partitions ou travailler à ses nombreux écrits autobiographiques.
Soir
Le soir, Smyth fréquentait salons littéraires et concerts, ou recevait chez elle des amis artistes et intellectuels. Grande discuteuse aux opinions tranchées, elle animait les conversations sur la musique, la politique et les droits des femmes, souvent jusqu'à une heure avancée.
Alimentation
Smyth avait une alimentation simple et robuste, typique de la gentry britannique : viandes rôties, légumes du jardin, pain et fromages. Grande amatrice de plein air et d'exercice physique, elle accordait peu d'importance aux raffinements gastronomiques, préférant la frugalité à la sophistication.
Vêtements
Elle arborait des tenues pratiques et délibérément peu conformes aux canons féminins de l'époque : costumes de tweed, chaussures de marche résistantes, chapeaux à large bord. Son style vestimentaire volontairement masculin était une forme de manifeste quotidien contre les contraintes imposées aux femmes.
Habitat
Ethel Smyth vécut principalement dans des maisons de campagne en Angleterre, notamment à Coign, près de Woking (Surrey). Son intérieur reflétait ses priorités : un piano à queue trônant dans le salon, une bibliothèque bien fournie, et un jardin suffisamment grand pour ses promenades avec ses chiens.






